Société

Développement rural: Comment les éleveuses de chèvres prospèrent à Tamassinte

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5384 Le 01/11/2018 | Partager
Un projet d’élevage qui a évolué vers une fromagerie à grand potentiel de croissance
L’accompagnement de proximité des bénéficiaires, clef de la réussite
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L’erreur est de donner la chèvre et de laisser l’éleveuse faire ce qu’elle a l’habitude de faire. L’association Rosa s’est attelée dès le départ à offrir un accompagnement de proximité afin d’assurer la formation et l’encadrement des femmes éleveuses et le suivi avant et après le don. Sur le terrain, les femmes sont constamment formées par l’équipe de l’association aux bonnes pratiques de l’élevage, l’entretien et l’hygiène pendant l’opération de traite (Ph. association Rosa)

Quelle est la différence entre une activité génératrice de revenu (AGR) qui prospère et une activité génératrice de revenu dépendante? La réponse réside dans le type d’accompagnement dédié au projet et aux bénéficiaires. L’exemple du projet d’élevage de chèvres alpines de Tamassinte en est le parfait exemple.

Démarré en 2005 avec la création de l’association Rosa, ce projet consistait en l’introduction de l’élevage de chèvres auprès de la femme rurale du village de Tamassinte. Trois années après, le projet s’est attaqué à la valorisation du produit (le lait) à travers la création de la coopérative Corosa spécialisée dans la production de fromage de chèvre. Aujourd’hui la fromagerie a un grand potentiel de développement, avec l’ambition de fournir tout le territoire de la région Draa Tafilalet.

Pour arriver à ce résultat, le projet a adopté dès le départ une stratégie d’accompagnement de proximité et dans la durée. «L’erreur est de donner la chèvre et de laisser l’éleveuse faire ce qu’elle a l’habitude de faire. Notre stratégie est d’assurer la formation et l’encadrement et le suivi avant et après le don.

Sur le terrain, les femmes sont constamment formées par l’équipe de l’association aux bonnes pratiques de l’élevage, l’entretien et l’hygiène pendant l’opération de traite», insiste Hassania Kanoubi, fondatrice de l’association Rosa et de la coopérative Corosa.

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En effet, le problème principal des AGR est l’accompagnement durant le projet. Lorsque l’organisme accompagnateur se retire, le projet est généralement voué à l’arrêt puisque les bénéficiaires n’acquièrent pas l’autonomie et les compétences nécessaires pour continuer seuls.

Pour le cas du projet de Tamassinte, l’association a eu pour rôle la mise à disposition des chèvres, l’accompagnement et la formation des éleveuses, tandis que la coopérative, elle, a pour mission la valorisation du lait et la commercialisation du fromage. Pour réaliser ce projet, le choix s’est porté sur la race de chèvre alpine, issue des Alpes françaises, et connue par sa production de lait importante (jusqu’à trois litres par jour) comparée à la race locale de la chèvre Draa dite D’man.

L’éleveuse de Tamassinte vend son lait au prix du marché (3,50 DH), alors que la coopérative le lui achète à 5,50 DH. Elle arrive ainsi à assurer un revenu mensuel de 1200 jusqu’à 2000 DH. De plus, la vente d’une chèvre peut lui procurer de 2000 jusqu’à 3000 DH, une opération qu’elle peut faire jusqu’à deux fois par an avec l’assistance de l’association Rosa qui organise les opérations de vente. Très important à mentionner aussi, l’introduction du lait dans l’alimentation des familles des éleveuses et surtout des enfants, contribue à lutter contre la malnutrition.

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Après le développement du projet d’élevage de chèvres alpines par les femmes villageoises de Tamassinte, l’évolution naturelle vers une coopérative spécialisée dans la production du fromage de chèvre a donné des résultats probants. En dix ans, le projet a réalisé des performances exceptionnelles et a pour ambition de monter en production pour se développer sur tout le territoire de la région Draa Tafilalet (Ph. SB)

Ainsi, en parallèle à l’objectif d’améliorer la vie et d’assurer un revenu financier aux femmes bénéficiaires, l’idée était de miser sur le potentiel de développement de l’AGR pour évoluer de la production de lait vers la production de fromage. Cette phase s’est faite progressivement, avec les moyens de bord, jusqu’à la maîtrise totale du processus et du volume de production de fromage.

L’implémentation de l’unité moderne de fabrication de fromage de Tamassinte, avec l’appui financier de l’INDH, l’accompagnement de l’Office régional de mise en valeur agricole de Ouarzazate et d’autres partenaires internationaux, a permis à la coopérative de moderniser le processus de fabrication du fromage et d’avoir un produit de qualité supérieure.

Aujourd’hui, la coopérative a la capacité de collecter 150 litres de lait et réalise une moyenne de production de 130 pièces de fromage quotidiennement. Le fromage fabriqué est de type frais nature, frais aux herbes et ail, fromage au thym et fromage dur aux produits de terroir, en plus du yaourt et du Gouda. La clientèle est composée du supermarché de Ouarzazate ainsi que les maisons d’hôtes, les établissements hôteliers, les restaurants et les particuliers au niveau de la ville de Ouarzazate.

Néanmoins, seuls 30% des produits sont commercialisés sur place, puisque 70% des fromages de Corosa sont acquis par une entreprise privée pour être commercialisés sur l’ensemble du territoire national avec sa propre marque. Aujourd’hui, avec le potentiel d’augmenter la production de fromage, l’ambition de la coopérative Corosa est de disposer de sa propre marque et de véhicules pour pouvoir se déployer sur tout le territoire de la région de Draa Tafilalet.

Qui reçoit, donne!

«Le passage du don» est le principe appliqué dans ce projet unique en son genre au Maroc. Il consiste à inciter la femme qui reçoit le don de chèvre, de passer la première portée femelle des chèvres qu’elle a reçues, à la femme de son douar qui est sur la liste d’attente. Et ainsi de suite. C’est un microcrédit, mais en nature.
Ce principe développe l’esprit de solidarité entre les familles dans le milieu rural, encourage l’activité d’élevage dans la région, et prépare les familles à accueillir une activité génératrice de revenu. Au total, 230 chèvres alpines ont été envoyées de France et distribuées au profit des villageoises sélectionnées et issues de cinq douars pilotes. La contribution de l’éleveuse se fait à travers la construction de l’étable pour la chèvre, avec les normes exigées par l’association (aération, ensoleillement, dimension..etc), et à travers le fourrage qui doit être préparé à l’avance par l’éleveuse qui reçoit des graines à cultiver à l’avance.

Sabrina BELHOUARI

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