Culture

Festival de Fès de la culture soufie: Une clôture aux couleurs des oiseaux de Attar

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5381 Le 29/10/2018 | Partager
Un réseau international pour promouvoir les idées de Fès
Hajji, Keeler, derviches tourneurs…enchantent le public
Un recueil des articles de L’Economiste pour bientôt
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Au quotidien, L’Economiste a livré une couverture d’exception du 11e Festival de Fès de la culture soufie (FFCS). Faouzi Skali, président de l’événement, a tenu en clôture à féliciter publiquement le groupe Eco-Médias pour son accompagnement et sa couverture «pertinente». Un recueil des articles de L’Economiste sera réalisé par les organisateurs du FFCS (Ph.YSA)

Le rideau est tombé, samedi dernier, sur le 11e festival de Fès de la culture soufie (FFCS). L’événement qui a habité la médersa Bouanania, le jardin Jnan Sbil et Bab El Makina a passionné les festivaliers pendant 8 jours. Ce 27 octobre, le spectacle de clôture se tenait dans la grande salle de la mairie de Fès, au lieu de la place Moulay El Hassan.

Ceci, en raison des pluies torrentielles qui se sont abattues sur la capitale spirituelle. Au menu de cette dernière soirée, l’on pouvait découvrir les chants spirituels du Châm (Taybah) et les derviches tourneurs. Ce spectacle s’est produit devant un public venu nombreux (2.000 personnes environ).

Dans les premiers rangs, l’on pouvait remarquer la présence de Salaheddine Mezouar, le président de la CGEM, François-Xavier Tilliette, Consul général de France à Fès, Abdou Hafidi, journaliste de France 2, Faouzi Skali, président du festival et sage de la HACA, ou encore Chrif Moulay Abdallah Ouazzani, grand érudit de la tariqa Ouazzania.

La veille, le jeune ambassadeur des chants spirituels, Marouane Hajji, a enchanté aux côtés de Ali Keeler et l’ensemble Al Firdaus de Grenade (Espagne). Les deux artistes ont chanté l’invocation de Dieu sur des rythmes andalous. La soirée a duré près de 3 heures au grand bonheur des mélomanes qui ont voyagé dans le temps et l’espace. Les participants aux conférences de cette 11e édition affichent également une grande satisfaction. Pendant 7 jours, les conférenciers les ont transportés sur «la présence du soufisme». «On arrive au 7e jour de ce forum comme les oiseaux de Attar. Nous nous sommes enrichis les uns des idées des autres et répondu aux assoiffés du savoir», estime Faouzi Skali, président du FFCS.

Ce dernier a vivement remercié L’Economiste pour son accompagnement, et envisage l’édition d’un recueil des articles publiés. En tout cas, dans ce forum, les idées circulent dans le bon sens permettant l’approfondissement de la pensée. Sur la voie de vivre d’Ibn Arabi, Jalal-Eddine Rûmi, Rabiâ Al Aâdaouiya, et autres personnages du soufisme, les participants butinent les réflexions positives. Dans leur voyage, on découvre le partage d’inspiration divine, raisonnante, accomplissement de soi et parfois émotion personnelle.

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La soirée de clôture a invité aux chants spirituels du Châm (Taybah) et les derviches tourneurs. Que du bonheur pour un public venu en masse pour cette finale. Dans les premiers rangs, l’on pouvait distinguer le couple Mezouar. La veille, Marouane Hajji et Ali Keeler ont enchanté au siège de la mairie de Fès (Ph. YSA)

Tenu sous les thématiques: «Le soufisme: un paradigme de civilisation», « le soufisme au féminin», «El Andalous: un creuset de rencontres mystiques», «Les mausolées de Tombouctou», «Penser le spirituel»…, ces rencontres se sont fixées comme but de conter la quête des maîtres soufis «immortels par leur pensée». A travers les échanges, avec les autres traditions, les festivaliers ont découvert l’universalité, l’ouverture, et la tolérance prônées par le divin. «J’ai senti un état de bien être qui n’a pas de prix. Vous avez donné goût à la religion…», témoigne une participante au forum.

«Y-a-t-il une possibilité d’intégrer des cours de spiritualité, la vraie comme celle développée lors de ce forum, dans l’enseignement public?», s’interroge une autre. En somme, il y a un réel besoin d’une pédagogie sur la sagesse et la méditation. En ce sens, de nombreux intervenants dont Touria Iqbal, Souad El Hakim, Eric Geoffroy, Moulay Abdallah Chrif Ouazzani, Carol Ameer et Abdou Hafidi ont appelé à la mise en valeur de l’être humain et la vulgarisation des valeurs universelles avec des principes qui renvoient à la sagesse.

Face à un public en admiration, ces experts ont annoncé l’organisation d’une édition de ce festival à Cordoue, outre la création d’un réseau international pour la promotion du soufisme. «Cette plateforme constituera un socle de raisonnement. Elle montrera que l’Islam n’est pas à modérer, mais plutôt ce sont les musulmans qui sont à tempérer», souligne Abdou Hafidi.

«La foi est une. Toutefois, nous devons rénover notre héritage», poursuit-il. D’autres panélistes ont tracé et synthétisé «le chemin de la foi en Dieu que propose la religion, celui de la méditation, la tolérance et l’amour divin… loin de la division et des extrémismes». «C’est tout ceci l’âme de Fès et son vivre-ensemble», conclut Faouzi Skali, président du festival.

Vaincre la peur

Pour Souad El Hakim, experte libanaise en soufisme, «en ces temps troublés, il faut vaincre la peur de soi, de l’autre, et de la religion. Ceci, en recréant la confiance qui nous conduira à bon port». Au FFCS, cette «peur exprimée est accompagnée d’espoir ». La confiance en l’événement a transformé la Bouanania en un espace de créativité sans fin. Lequel permet de s’enrichir (d’idées) en permanence. Surpris par l’interaction et l’entrechoc suscités par le cheminement vers la vérité, le sens et Dieu, les panélistes ont poussé leur réflexion vers le summum. Ainsi, Khalid Metoualli Abdou, expert d’Ibn Arabi venu d’Egypte, a noté que les jeunes sont attirés par le soufisme, mais cela ne devrait pas faire peur. Bien au contraire, ceci encourage l’accomplissement de soi et la créativité. A ce titre, l’œuvre «Soufi mon amour» interprétée théâtralement lors de ce festival a connu un franc succès. Et au final, la religion ne doit pas se confiner à ce qui est licite et illicite. Il faut voir ce que cette spiritualité peut apporter à la société. «Dans le Saint Coran, Dieu a laissé un temps d’adaptation pour accompagner, encadrer, aider et faire jaillir la lumière même dans des espaces obscurs», rappelle Chrif Ouazzani.

 

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