Economie

PLF 2019: L’opposition monte au créneau

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5381 Le 29/10/2018 | Partager
L’Istiqlal critique les luttes intestines de la majorité
Nouveau duel PJD/ RNI sur le Plan Maroc vert
La répartition régionale des investissements ne fait pas l’unanimité

Mohamed Benchaâboun a dû cligner des yeux lorsqu’il a entendu Noureddine Médiane affirmer que «le gouvernement vit une guerre civile, qui s’est transposée au Parlement. Comment peut-il résoudre les problèmes de la société alors qu’il n’a pas réussi à régler les désaccords politiques au niveau de la majorité», s’est interrogé le chef du groupe parlementaire de l’Istiqlal.

Selon lui, le projet de loi de finances manque de vision politique et ne reflète aucunement le programme gouvernemental. S’il a invité les députés à remercier l’administration des Finances qui a confectionné la mouture du projet de budget, il a critiqué les partis de la majorité qui sont happés par la préparation d’un autre agenda, celui de 2021, année des élections législatives.

S’exprimant devant la Commission des finances lors des discussions générales sur le projet de budget de 2019, démarrées jeudi dernier, Noureddine Médiane a donné l’exemple de l’élection de la présidence de la Chambre des conseillers où la majorité a voté en faveur du candidat de l’opposition. «Cette séquence, qui n’existe nulle part ailleurs, a désarçonné les citoyens», a-t-il dit. Pour le député d’Al Hoceima, toutes ces manœuvres visent à affaiblir les partis politiques et alimenter le pessimisme. Noureddine Médiane est également revenu sur le projet de loi-cadre relatif à l’enseignement dont le sort sera similaire aux autres réformes qui n’ont pas abouti.

«Toute réforme qui n’implique pas directement les citoyens sera un échec», a-t-il martelé, avant de relever l’absence de budget pour la mise à niveau du monde rural alors que des enveloppes consistances sont consacrées à l’aménagement des villes. Pour sauver la face, il conseille de mettre à niveau les villages situés aux alentours des villes.

Pour Driss Azami, le projet de loi de finances constitue le premier pas vers le nouveau modèle de développement puisqu’il s’attaque aux disparités sociales. Le chef du groupe parlementaire du PJD a critiqué Mohamed Benchaâboun qui a présenté «la hausse de la masse salariale comme une contrainte alors qu’elle n’en est pas une». Il lui a également reproché d’avoir omis de parler de l’endettement.

Approche sélective

Cette prise de distance sera suivie par un réquisitoire contre ceux qui mettent sur le crédit de l’Etat les réalisations et imputent la responsabilité des échecs au gouvernement. Selon lui, certaines collectivités territoriales ont une approche sélective dans la répartition des 50 milliards de DH du programme de la réduction des disparités sociales. Après avoir mis en avant l’absence de vision stratégique de la CDG, l’ancien ministre du budget a appelé au nécessaire «toilettage des établissements et entreprises publics». La répartition régionale des investissements en a pris pour son grade.

«Nous sommes fatigués par les inaugurations du ministre de l’Industrie et du commerce à Tanger. Je ne défends aucune ville mais il faut un plan de rattrapage et une répartition équitable des investissements», a indiqué le maire de Fès. Une manière de lancer des piques au RNI et au PAM alors que le maire de Tanger appartient à son parti, le PJD.

Par ailleurs, le président du conseil national du PJD s’en est pris au Plan Maroc vert (PMV), qui «souffre de problèmes de commercialisation des produits des petits agriculteurs». Pour lui, «une évaluation objective et extérieure du Plan est impérative».

Cette attaque frontale contre le ministre de l’Agriculture et président du RNI a mis le feu aux poudres. Kamil Taoufik, chef du groupe parlementaire du RNI, n’a pas laissé passer cette occasion sans prendre la défense de son président Aziz Akhannouch. Surtout qu’il devait intervenir au cours de l’après-midi, selon la répartition des interventions des partis en fonction de leur poids numérique dans la Chambre des représentants. Donc, il avait le temps de consulter et de préparer la riposte au PJD.

Ainsi, «nous sommes surpris par le changement d’avis de certains de nos partenaires de la majorité qui ont défendu le Plan Maroc vert depuis son lancement en 2007. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir les motivations et les objectifs qui ont poussé nos alliés à exprimer ces positions contradictoires. S’ils ont des objectifs politiques ou autres, nous les appelons à les exprimer avec courage», a souligné Kamil Taoufik.

Il a «mis en garde, une nouvelle fois, contre les doubles discours au sein de la majorité, qui instaure le doute et réduit le niveau de confiance. C’est l’un des obstacles à la dynamique de l’investissement privé», a-t-il ajouté.

Le PAM pointe l’absence de vision stratégique

Salah Aboulghali, qui a parlé au nom du PAM, a pointé l’absence de vision stratégique du projet de loi de finances de 2019. En outre, «la libéralisation des prix des hydrocarbures a été faite dans la précipitation, sans prendre les mesures d’accompagnement».
Après avoir critiqué les prévisions du projet de loi de finances, Salah Aboulghali s’en est pris à la répartition régionale des investissements des établissements publics, considérée comme inéquitable. Le plus gros des montants sont canalisés vers la région de Casablanca-Settat qui caracole en tête, suivie de Rabat-Salé-Kénitra. Le député du PAM n’a pas été tendre avec les accords de libre échange signés avec plusieurs pays. Si certains sont considérés comme stratégiques à l’instar de celui passé avec l’Union européenne ou les USA (même si Rabat n’en tire pas assez de bénéfices), d’autres en revanche devront passer à la trappe. C’est le cas de celui passé «avec la Turquie qui ne profite pas au Maroc». Idem pour celui mis en place par l’accord d’Agadir et comprenant la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie et le Maroc.

 

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