Société

Crise cardiaque: Photographie marocaine de la pathologie

Par Joséphine ADAM | Edition N°:5379 Le 25/10/2018 | Partager
Une première enquête nationale lancée par la Société marocaine de cardiologie
70% des malades sont victimes des délais extrêmes et inadaptés
Symptômes et facteurs risques, encore peu connus par la population
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Douleur dans le thorax, fatigue, sueurs, vertiges, palpitations, nausées, vomissements…sont la preuve d’une artère coronaire obstruée par un caillot. Sans traitement adéquat rapide, elle peut aboutir au décès ou provoquer des paralysies à vie (Ph. Pixabay)

Chaque minute compte après une crise cardiaque. Sans traitement adéquat rapide, elle peut aboutir au décès ou provoquer des paralysies à vie. Alors il est indispensable de faire connaître les signes d’alerte d’un infarctus du myocarde pour une prise en charge thérapeutique optimale.

Douleur dans le thorax, fatigue, sueurs, vertiges, palpitations, nausées, vomissements…sont la preuve d’une artère coronaire obstruée par un caillot. «La seule solution est de la déboucher le plus rapidement possible après le début des symptômes, pour rétablir le passage du sang» explique le  Pr Samir Ztot, médecin spécialiste en cardiologie interventionnelle et président du 23e congrès national de cardiologie, qui vient de se clôturer à Marrakech.

Si en France, le nombre d’infarctus du myocarde est de 120.000 par an avec environ 10% des victimes qui décèdent dans l’heure qui suit et un taux de mortalité à un an de 15%, au Maroc, les premières statistiques nationales ne seront disponibles qu’à la fin de l’année 2019, une fois les données recueillies dans le registre national de l‘infarctus du myocarde.

En attendant, la Société marocaine de cardiologie (SMC) a lancé cette année une vaste étude à travers toutes les villes du Royaume afin de collecter des données scientifiques épidémiologiques sur ce sujet. Premier constat, si la moitié des malades arrive avant les 12h qui suivent la première alerte, pour l’autre moitié, dont certains mettent plusieurs jours avant d’être pris en charge, c’est trop tard. «Plus le délai est long, plus le muscle cardiaque souffre» ajoute le médecin.

Le premier grain de sable étant l’absence d’une chaîne d’urgence efficace (10% seulement des patients marocains arrivent dans un établissement hospitalier par ambulance ou via le SMUR). Le produit injecté pour déboucher l’artère n’est quant à lui pas assez disponible ou pas du tout dans de nombreuses villes.

Même défaut quand il s’agit de soigner mécaniquement la pathologie par chirurgie, alors même que les salles de cathétérisme n’existent que dans les grandes villes. «Il en faut partout au Maroc, du nord au sud, et il faut qu’elles soient opérationnelles 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24» appuie Ztot. Autre frein, celui d’une population trop peu sensibilisée sur ce sujet. 

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Ce sont les hommes qui sont le plus victimes de crise cardiaque. L’âge moyen étant de 62 ans, une tranche d’âge assez jeune par rapport aux autres pays. Tous sexes confondus, 42% des patients étaient âgés de moins de 60 ans. Une pathologie qui concerne en grande majorité les citadins

Lors de ce congrès national, qui a pour principaux partenaires scientifiques les sociétés française et européenne de cardiologie, les participants ont pu s’informer sur les actualités diagnostiques et thérapeutiques sur des pathologies très fréquentes comme la revascularisation du cœur après infarctus, l’hypertension artérielle, les syncopes liées à des problèmes cardiaques ainsi que l’exercice sportif, le tout à travers différents ateliers pratiques.

L’espoir est là quand, en France, le pronostic de la crise cardiaque s’est bien amélioré au cours des 15 dernières années, grâce aux progrès thérapeutiques, à la vitesse d’intervention des équipes médicales d’urgence et à la disponibilité d’unités de cardiologie interventionnelles, opérationnelles 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Attention aux signes

Une douleur aiguë et persistante en plein milieu du thorax (derrière le sternum), qui produit une sensation angoissante de serrement «comme dans un étau», d’oppression qui dure, doit alerter. Elle peut irradier dans le bras gauche, le dos et la mâchoire. Le patient peut ressentir une fatigue intense, des sueurs, des palpitations, des vertiges, des nausées et des vomissements.

Néanmoins, certains infarctus peuvent être totalement «silencieux» et découverts a posteriori, lors de la survenue d’une complication. D’après l’enquête de la SMC, 14% des personnes touchées ne ressentent aucun symptôme. «C’est souvent le cas des diabétiques qui ressentent moins la douleur» confie Ztot. Quant aux facteurs risques, les personnes les plus exposées sont celles atteintes d’hypertension, d’obésité ou de diabète, et bien sûr les fumeurs.

 

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