Economie

Finances publiques: Alerte sur l’endettement

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5379 Le 25/10/2018 | Partager
A 65,1% la dette du Trésor frôle le seuil de soutenabilité
Les entreprises publiques concentrent plus de la moitié des engagements exterieurs
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L’encours de la dette du Trésor s’est établi à 692 milliards de DH même si une amélioration du déficit budgétaire a été enregistrée ainsi que la stabilité du remboursement en principal de la dette

Nouveau warning de la Cour des comptes sur l’endettement. L’institution relève une maîtrise insuffisante, ce qui pourrait remettre en cause l’objectif fixé par le gouvernement de ramener l’endettement du Trésor à 60% du PIB  en 2021. Un objectif qui nécessite une croissance d’au moins 5% et un déficit budgétaire inférieur à 3%. Pour l’instant, on est loin du compte. Sur les cinq dernières années, l’économie a progressé en moyenne de 3,5% par an!

L’année dernière, le Trésor a recouru aux financements intérieurs pour 35,3 milliards de DH, soit plus de dix fois les levées à l’international (3,34 milliards DH). Ces opérations ont entraîné une augmentation de 5,3% de l’encours de la dette du Trésor, lequel s’est établi à 692 milliards de DH.

Hausse de 41 milliards de DH par an

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La dette en devise des établissements publics est concentrée sur un nombre limité d’entités, en l’occurrence OCP, ONEE, ADM, ONCF, ONDA, MASEN, RAM

Composée essentiellement de bonds du Trésor émis sur le marché des adjudications (74% de la dette négociable), la dette du Trésor a du mal à se stabiliser voire à baisser. Elle atteint 65,1% du PIB en 2017 contre 64,9 points une année auparavant frôlant ainsi le seuil de la soutenabilité, comme l’avait indiqué Bank Al-Maghrib dans son rapport annuel.

En moins de dix ans (2008-2017), la dette du Trésor a augmenté de 366 milliards de DH, soit 41 milliards de DH en moyenne par an. Ce qui signifie aussi que les marges de manœuvre s’amenuisent. Dans sa réponse, le ministère des Finances estime que «le niveau d’endettement est d’autant plus acceptable qu’il est destiné exclusivement au financement de l’investissement, règle d’or consacrée au niveau de la loi organique des finances et traduite au niveau des lois de finances depuis 2015». Il ajoute que «le Maroc se compare très favorablement aux normes internationales et à plusieurs pays développés ou émergents. Ainsi, notre niveau d’endettement reste en deçà du seuil de 70% fixé par le FMI pour les pays émergents».

Pour stabiliser le poids de la dette, le solde primaire (différence entre les recettes et les dépenses hors charges d’intérêts de la dette)  devrait s’améliorer. Selon les magistrats de la Cour des comptes, le solde primaire réalisé est resté inférieur au solde primaire stabilisant se traduisant ainsi par un poids continu du poids de la dette par rapport au PIB. En 2017, l’écart était de 1,29 point et le solde supplémentaire nécessaire s’est établi à 13,8 milliards de DH! 

Le tableau dressé par la Cour des comptes n’est pas entièrement sombre. Les magistrats parlent d’un allégement continu de la charge profitant des conditions de financement favorables. Cette charge  constituée des remboursements en principal et intérêts et commissions décroît depuis le pic enregistré en 2013. En 2017, elle s’est établie à 127,8 milliards de DH, soit 1,1 milliard en moins qu’en  2016. Cela est attribué à la baisse du niveau des charges d’amortissement en principal de la dette. Celles-ci ont régressé  de 1,24 milliard de DH. En revanche, les charges d’intérêt n’ont pas connu de changement significatif.

La Cour des comptes a également analysé la dette des établissements et entreprises publiques dont le rythme de progression dépasse celui de la dette du Trésor. Cette dette a connu un accroissement de 6,4% à 277,8 milliards de DH à fin 2017, soit un encours additionnel de 16,6 milliards (Voir aussi L’Economiste n°5378 du mercredi 24 octobre).

Les entreprises et établissements publics marchands concentrent 232,9 milliards de DH de dettes dont près de 90% sont portés par l’OCP, l’ONEE, ADM, l’ONCF, Masen et le groupe TMSA, soit des entreprises qui sont sur de gros programmes d’investissement. 

Une partie des dettes de ces établissements est contractée en devise, 178,3 milliards de DH représentant 16,7% du PIB et 53,9% de l’endettement public extérieur. Or l’accroissement de la dette en devises est jugé risqué pour les finances publiques. Car les défaillances dans le règlement entraîneraient leur prise en charge par le budget général de l’Etat.

 

 

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