Société

Recyclage: Quand le plastique devient une mine d’or

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5375 Le 19/10/2018 | Partager
Ifassen, une coopérative lancée par 3 femmes à Berkane en 2006 rencontre un beau succès
Aujourd’hui, elles sont 60 artisanes, 7 designers associés, et plus de 51.000 sacs recyclés
Formation, développement marketing, amélioration du produit fini, les clés de la réussite
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Aujourd’hui le projet social Ifassen emploie 60 femmes. L’histoire a démarré avec une coopérative de trois personnes qui a fait participer 7 designers pour le développement du produit et le marketing de la marque. Le revenu des ventes de l’ensemble des produits sert à financer le travail des artisanes et les activités de l’association ADF (Ph. Zineb Tazi)

Combiner protection de l’environnement, développement durable et autonomisation des femmes. C’est le défi porté depuis une douzaine d’années par Ifassen, un projet social précurseur dans le recyclage du plastique qui arrive aujourd’hui à procurer du travail à une soixantaine de femmes artisanes dans le milieu rural et péri-urbain de la ville de Berkane.

Ifassen a démarré en 2006 avec 4 femmes et Faïza Hajji, alors jeune lauréate de l’école de Télécoms Bretagne en France. Faïza avait développé ce projet solidaire dans sa ville natale, Berkane, afin de créer de l’activité pour des femmes sans emploi, tout en réutilisant les sachets de plastique.

«Ce paysage de sachets en plastique à perte de vue qui entouraient le village où on a commencé le projet, dit «douar lmika», m’avait interpellée alors que j’étais encore adolescente et faisais du vélo aux alentours. Il a fallu attendre 2006 pour démarrer concrètement le projet Ifassen, lorsque j’ai participé à un concours du conseil des communes extérieures en France dans la catégorie projet international», raconte Faïza Hajji, porteuse du projet.

Le projet consistait à recycler des sacs en plastique en fabriquant avec des paniers et sacs pour le marché, avec comme matière de base l’alfa, une plante locale souple et résistante, utilisée traditionnellement pour le tissage des paniers. Les sachets en plastique sont nettoyés et coupés en bandelettes puis tissés par les femmes artisanes. Le projet de «vannerie à travers le recyclage des sacs en plastique et la valorisation du savoir-faire», a raflé le premier prix du concours français et ce fut le début de l’aventure.

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En 2015, Ifassen a participé à la collection permanente au Musée de Paris, puis une exposition de l’architecte marocaine Aziza Chaouni. Ces deux évènements ont propulsé les produits Ifassen dont le succès repose sur le respect et la protection de l’environnement, du développement durable, et de l’autonomisation des femmes (Ph. Aziza Chaouni Projects (art exhibition))

Deux ans plus tard, l’Association du Docteur Fatiha (ADF), dont le nom est en hommage à la maman de la porteuse du projet, est créé pour chapeauter le projet ainsi que la marque Ifassen. Depuis, l’entreprise n’a cessé d’évoluer pour monter en qualité et en volume de production, en faisant profiter un nombre de femmes croissant.

Une aubaine dans ces zones rurales, où la  condition des femmes est particulièrement préoccupante à cause de l’accès limité à l’éducation et où le taux d’analphabétisme est très élevé. Dépendantes de leur situation familiale, peu ont des perspectives d’évolution économique ou sociale. Disposer d’une activité qui génère un revenu est une véritable bénédiction.

Durant toutes ces années, un plan de formation continue a été prodigué aux artisanes en matière de qualité, de processus de production et de technique. La formation a également porté sur la gestion des commandes, le développement des outils de communication et de marketing et enfin l’appui à la recherche de débouchés commerciaux, localement et à l’export.

L’implication de designers était également importante afin d’améliorer les produits existants et créer de nouveaux modèles compétitifs sur le marché. En 2012, l’association a entamé une opération de sensibilisation autour de la protection de l’environnement puis a développé un réseau de collecte à Berkane. Une participation à l’exposition permanente au Musée de Paris en 2015 et à une exposition de l’architecte marocaine Aziza Chaouni avaient boosté les produits Ifassen et le succès de la marque a été au rendez-vous.

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Le projet social Ifassen se concentre d’abord sur les femmes artisanes. L’intégralité des prix est fixée en accord avec l’ensemble des femmes des coopératives partenaires, et dans le respect du travail minutieux qu’elles fournissent (Ph. Ifassen)

La grande demande pour les sacs recyclés a poussé la porteuse du projet à entamer la 2e phase du projet. Il fallait trouver un modèle économique viable, monter en volume de production et se concentrer sur le développement des partenariats et avoir davantage de visibilité. Avec le démarrage de l’action zéro mika en 2015, les conditions étaient propices pour passer à la vitesse supérieure.

Aujourd’hui le projet Ifassen emploie 60 femmes et est passé d’une coopérative à trois, en faisant participer 7 designers pour créer les modèles et les différents objets fabriqués. Le revenu des ventes de l’ensemble des produits de la marque Ifassen sert à financer le travail des artisanes et les activités de l’association ADF (Association du Docteur Fatiha). L’intégralité des prix est fixée en accord avec l’ensemble des femmes des coopératives partenaires, et dans le respect du travail minutieux qu’elles fournissent.

«L’objectif désormais est que les coopératives soient complètement autonomes à terme. Notre challenge est que les coopératives soient formées à créer leurs propres débouchés et ne plus dépendre des aides financières extérieures», conclut Faiza Hajji.

Réajustements marketing

Entre mars et avril 2018, Issafen a produit 200 sacs en plastique recyclé, en collaboration avec l’association Zero Zbel, dans le cadre du projet pilote «Alternatives aux sacs en plastique à usage unique». L’association du Docteur Fatiha a produit et testé différents sacs de transport durables, réutilisant par exemple des sacs de farine ou des toiles publicitaires, a mené une étude de marché auprès de 100 clients et 50 commerçants à Berkane afin de comprendre le pourquoi de l’utilisation des sacs recyclés. L’étude a démontré que les femmes sont plus prédisposées à l’utilisation des sacs recyclés que les hommes du fait que leurs courses sont planifiées alors que celles des hommes sont occasionnelles. L’étude a permis d’améliorer le design et la fonctionnalité des sacs pour passer du blanc aux couleurs et pour privilégier des sacs de taille plus petite.

 

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