Competences & rh

Employabilité: Les leviers à actionner d’urgence

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5372 Le 16/10/2018 | Partager
Les entreprises doivent ouvrir leurs portes aux stagiaires, même si les places sont limitées
Permettre aux jeunes de libérer leur potentiel, peu importe leur diplôme!

Le développement du capital humain, c’est l’affaire de tous. Le Maroc a pris du retard sur ce chantier. En témoignent les résultats du nouvel indice de la Banque mondiale mesurant la productivité des générations futures. Un enfant marocain est privé de 50% de son potentiel de compétences à l’âge adulte, en raison de services d’éducation et de santé insuffisants.

En attendant la stratégie globale, en préparation par le gouvernement en collaboration avec les experts de la Banque mondiale, certaines mesures doivent être prises d’urgence.

Encourager l’entrepreneuriat, créer des liens solides entre universités et entreprises, créer des établissements d’excellence à accès ouvert… des acteurs de la formation proposent leur recette. 

«L’entreprise, un lieu privilégié de formation»

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Mohamed Slassi Sennou, président du directoire de l’Observatoire des branches professionnelles de la CGEM (Ph. MS)

S’impliquer dans la formation, en commençant par exprimer ses besoins,  en mobilisant ses collaborateurs, et en ouvrant son espace professionnel pour qu’il devienne un lieu privilégié de formation. Selon Mohamed Slassi Sennou, président du directoire de l’Observatoire des branches professionnelles de la CGEM, ce sont là les devoirs de l’entreprise envers la formation professionnelle.

En effet, les compétences acquises durant le cursus académique ne peuvent s’arrêter à leur aspect théorique. Elles sont davantage indentifiables sur le terrain. «La compétence, soit elle est maîtrisée par l’apprenant, soit elle ne l’est pas. L’entreprise s’impose ainsi comme l’espace privilégié, indispensable à une formation professionnelle de qualité», précise Slassi. Toutefois, la capacité d’accueil des entreprises reste limitée.

«Seules 7% des entreprises ont plus de 10 salariés (dont 1% de grandes entreprises), soit quelque 20.000 entreprises pour près de 650.000 stagiaires de la formation professionnelle. Des solutions sont à l’étude à la CGEM. Elles permettraient d’accueillir près de 50% des effectifs en formation. Ces dispositions impliquent une réforme de la gouvernance et la mise en place de mécanismes du système de formation en milieu de travail.

«Pour ce qui est de la participation des professionnels dans la formation des étudiants, force est de constater qu’elle reste très limitée, en raison de la faible rémunération des intervenants professionnels vacataires, et de l’absence de mécanismes de compensation en faveur de l’entreprise», regrette Slassi.

«Au niveau de l’Observatoire des métiers et des compétences des branches professionnelles de la CGEM, qui est actif depuis 2017, nous avons pour mission d’appuyer les branches professionnelles et leur ancrage territorial dans la prescription de leurs besoins en formation. Ceci est indispensable à la réussite de leur transformation. Un tel instrument permet de produire une information prospective, tout en stimulant significativement le marché du travail», poursuit-il.

                                                                   

«Instaurer un climat de confiance entre l’université et l’entreprise»

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Noureddine Mouaddib, président de l’UIR (Ph. Bziouat)

Pour le président de l’Université internationale de Rabat (UIR), l’inadéquation entre les profils disponibles sur le marché et les besoins des entreprises est certes l’un des facteurs qui amplifient le taux de chômage des jeunes. Mais aujourd’hui, la problématique est davantage liée à la croissance économique qu’à l’enseignement supérieur.

«Nous avons environ 250.000 diplômés chaque année, alors que parallèlement, le marché du travail ne pourvoit que 100.000 emplois. Les universités et écoles supérieures forment de bons profils, sauf qu’il n’existe pas assez de postes pour les absorber tous», regrette-t-il.

«Aujourd‘hui, la réforme de l’enseignement supérieur est lancée. De son côté, l’université publique bouge. Il y a de la réflexion, de nouvelles filières sont créees… En revanche, le dialogue entre universités et entreprises reste limité. L’entreprise ne s’intéresse pas aux formations de l’université, et inversement, les universités ne les sollicitent pas suffisamment pour le développement de leurs programmes pédagogiques. Or, il est primordial d’instaurer un climat de confiance entre les deux pour dynamiser le secteur. Pour cela, il faudrait mettre en place des rencontres régulières et ponctuelles», suggère Mouaddib.

Parmi les autres solutions déclinées par le président de l’UIR, le développement de l’entrepreneuriat. Il insiste sur l’importance de la création d’incubateurs et, surtout, d’outils étatiques pour inciter les jeunes à entreprendre.

                                                                   

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Larbi El Hilali, ombudsman à l’OCP, directeur de l’école 1337 (Ph. LEH)

 «Le talent ne se mesure pas aux notes»

1337, première école entièrement gratuite au Maroc, basée sur le modèle pédagogique du «Peer-learning» (auto-apprentissage), est le fruit d’un partenariat entre le groupe OCP et l’école 42 basée à Paris. Un établissement qui veut casser tous les codes, et qui part du constat que les talents sont cachés un peu partout (cf. L’Economiste N° 5325 du 31 juillet 2018).

«Nous avons beaucoup de jeunes bourrés de compétences, mais qui sont exclus par les mécanismes de sélection de l’accès à l’enseignement. S’ils n’ont pas le bac ou de bonnes notes, ils n’arrivent pas à intégrer l’enseignement supérieur», relève Larbi El Hilali, directeur de 1337 et ombudsman (médiateur) à l’OCP. «Nous sommes convaincus que dans certains secteurs, comme celui de la technologie, le talent ne se mesure pas aux notes. Nous faisons donc en sorte que ces jeunes trouvent leur place dans l’enseignement», poursuit-il.

C’est ainsi que l’école 1337 décline une démarche pédagogique novatrice. «Nous devons prendre en considération la mutation permanente et rapide de tous les métiers et outils de travail. Si nous restons concentrés sur l’apprentissage théorique, nous risquons de nous retrouver avec des personnes ayant des connaissances obsolètes en deux années. Le plus fondamental pour nous aujourd’hui est d’apprendre aux jeunes candidats à apprendre.

Qu’ils soient capables de suivre et de s’adapter à toutes les transformations technologiques», explique El Hilali. Les étudiants sont ainsi mis sur des projets où ils doivent faire preuve d’autonomie et d’ingéniosité.

«Nous les laissons se débrouiller seuls, à l’aide d’internet. Ils doivent à travers cela apprendre à chercher l’information, et l’utiliser à bon escient, et à développer leur esprit d’innovation. Partant du postulat que 80% des métiers qui existent aujourd’hui disparaîtront en 2030, nous leur expliquons que c’est à eux de créer les métiers de demain», précise-t-il.

Pour El Hilali, il est indispensable de créer des écoles d’excellence à accès ouvert, et de mettre à disposition des jeunes les outils de création et d’innovation.

 

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