Culture

Faouzi Bensaidi: Quand un poète s’éprend de cinéma

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5362 Le 02/10/2018 | Partager
«Volubilis», 4e opus du réalisateur en salle à partir du 3 octobre
Un drame social à l’esthétisme pointu
Un film porté par 2 acteurs remarquables: Nadia Kounda et Mouhcine Malzi
film-volubilis-faouzi-bensaidi-062.jpg

Le film est magistralement porté par deux acteurs remarquables: Nadia Kounda et Mouhcine Malzi. Ici en compagnie de Abdelhadi Taleb dans le rôle du meilleur ami de  Abdelkader, l’une des scènes les plus émouvantes du film (Ph. ASC Distribution)

Depuis son tout premier film («La falaise», un court métrage paru en 1998) le réalisateur Faouzi Bensaidi a fait le choix d’un cinéma dépouillé, sans fioriture presque minimaliste et extrêmement poétique. S’en sont suivi 2 autres courts métrages («le mur» en 2000 et «Trajets» en 2001) puis un premier long métrage «Mille mois» (2003), une subtile mais très belle chronique villageoise qui a surpris les critiques et conquis un public averti.

Avec  «www. What A Wonderful World», paru 3 ans plus tard,  Bensaidi  affine son étonnante esthétique avec de flamboyants contrastes du décor urbain de Casablanca, une des villes qui illustrent le mieux un monde à deux vitesses, l’un  moderne et le second complètement archaïque. Le film décrit une classe populaire marocaine en pleine asphyxie.

En 2010,  sort «Mort à vendre» qui nous transporte à Tétouan, petite ville portuaire du nord du Maroc. Amitié versus  amour, honneur ou trahison, le vice ou la raison, extrémisme religieux ou argent facile,  l’opus,  anxiogène teinté d’une  mélancolie grise, mais loin du morbide, décrit toujours la même classe populaire entre problèmes de survie et crises existentielles.

Nous sommes dans un cinéma d’auteur, esthétique, néo-réaliste fondé sur une observation critique qui apparente les films de Bensaidi presque à du documentaire, découvrant une fiction. Après 6 longues années d’absence, le cinéaste mais également scénariste et acteur, Faouzi Bensaïdi revient sur le devant de la scène avec son quatrième long métrage intitulé «Volubilis», en salle à partir du 3 octobre. 

L’opus retrace une histoire d'amour sur fond de critique du capitalisme et d’une mondialisation sauvages qui prennent nos vies en otage, un regard interrogateur sur la dérive d’un monde qui se divise de plus en plus entre gagnants et perdants.  Une histoire d’amour impossible d’un jeune couple de classe populaire, dans une société marocaine inégalitaire: Abdelkader est vigile dans un centre commercial et Malika est employée de maison.

Malgré les problèmes d’argent et sans pouvoir s’installer ensemble, ils décident de se marier. Les deux époux habitent avec la famille du mari, sans possible intimité, entourés par un père alcoolique, une mère  qui tente, tant bien que mal, de subvenir aux besoins de ses très nombreux enfants.

volubilis_fouzi_bensaidi_062.jpg

 

L’histoire se complique quand Abdelkader a une violente altercation avec une bourgeoise de la ville, qui lui vaut une séance de torture par des forces probablement policières et un licenciement qui plonge sa famille dans le dénuement le plus total, entrainant une véritable descente aux enfers. 

Le couple est magistralement interprété par ce qu’il convient désormais d’identifier comme le plus beau couple du cinéma national: Mouhcine Malzi, qui a déjà collaboré avec le réalisateur dans «Mort à vendre», et Nadia Kounda, sublime dans «l’Amante du rif» de Narjis Nejjar. 

Tout en restant fidèle à ses thèmes de prédilection et à son esthétisme pointu,  Faouzi Bensaidi, réussit cette fois-ci un film extrêmement accessible, sans rien renier à sa rigueur.  Un film tragique mais extrêmement lyrique, loin du spectaculaire et de l’excès et emprunt d’une très grande poésie.

Précision, simplicité, utilisation puissante de la caméra,  un bout d’escalier comme décors, un pan de mur sur une terrasse, un coin de chambre (hormis quelques séquences plus larges dans le majestueux site de Volubilis), quelques fragments qui donnent l’impression rare d’un cinéma vrai, comme si ce destin bouleversant partagé entre Abdelkader et Malika était scruté par de multiples caméras qui se seraient enclenchées les unes après les autres.

Exactement  au bon moment et au bon endroit, dans la plus pure tradition réaliste et humaniste. Un peu comme on évoquerait un certain Abbas Kirostami, filmant de plus près la réalité pour lui donner une valeur morale, ou même, n’ayant pas peur de la comparaison, un Vittorio Da Sica, avec son monumentale «Le voleur de bicyclette». Comme quoi on peut faire simple et beau, encore faut-il être un poète.

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc