Analyse

Marché halal: Des gisements d’opportunités pour le Maroc

Par Nadia DREF | Edition N°:5355 Le 21/09/2018 | Partager
Le Royaume vise 3% du marché mondial estimé à 2 billions de dollars
Seules 110 entreprises certifiées dont la majorité agroalimentaire
Textile et tourisme, les parents pauvres
marche_halal_055.jpg

Le renouvellement de la certification intervient une fois tous les trois ans. L’audit complet est identique à l’audit initial

Le marché halal regorge d’opportunités. Certes l’export est déjà une réalité mais le potentiel est énorme. A ce jour, seulement 110 entreprises sont certifiées halal dont 10 en cosmétique et 1 coopérative. Une centaine opère dans l’agro-alimentaire.

Par ailleurs, dix autres entreprises sont en cours de labellisation. Des produits marocains halal sont présents sur plusieurs marchés, notamment européens. Mais l’offre made in Maroc reste minime par rapport au potentiel existant. Au niveau mondial, ce marché cible 1,7 milliard de musulmans qui représentent 22% de la population mondiale en 2017. Le marché mondial est estimé à 2 billions de dollars dont 1,2 billion reviennent au halal alimentaire.

Le marché croît annuellement de 4%. Il devra atteindre un volume de 3,8 billions en 2022. C’est un marché qui reste dominé par les pays non musulmans, implantés en Europe, aux Etats-Unis, au Canada et au Brésil (75% des producteurs). Pour capter ce potentiel, les opérateurs du secteur appellent à la création d’une filière du halal. Objectif: prendre 3% du marché mondial, soit 60 milliards de dollars d’exportations pour le Maroc. Le potentiel à l’export (viandes, produits laitiers…), notamment vers les pays du Golfe, l’Asie, l’Europe…

Pour Abdellatif Abbadi, chef de la Division Agrobusiness au ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime: «Le Plan Maroc Vert a réuni toutes les conditions pour permettre le développement du tissu d’entreprises». Le pilier II de ce plan (2015-2020) concerne d’ailleurs la mise à niveau solidaire du tissu des producteurs agricoles à revenu faible via des projets intégrant une unité de valorisation. Ce qui est un bon départ pour les agriculteurs.

Intervenant à l’occasion d’une conférence de presse organisée récemment par la Chambre de commerce britannique à Casablanca, Abbadi a insisté sur le fait que le Maroc doit tirer profit des perspectives de croissance du marché mondial.

«Le secteur agroalimentaire occupe une place stratégique dans l’économie nationale avec tous ses impacts sur l’investissement, l’emploi, le développement local et les revenus des agriculteurs», fait valoir Abbadi. Ce secteur draine 12% des exportations industrielles. Ce qui représente un marché de 18,6 milliards de DH.

Comment accélérer la cadence? Les intervenants appellent à intensifier la sensibilisation notamment auprès des PME et surtout TPE. D’après Adnane El Gueddari, président du club Halal Export de l’Association marocaine des exportateurs (Asmex): «Acteurs étatiques, bancaires et entreprises privées doivent mettre en commun leurs expertises pour chercher de nouvelles opportunités». L’agroalimentaire reste jusque-là le secteur le plus dominant. Le textile et le tourisme sont encore les parents pauvres du marché halal au Maroc.

Pourtant les atouts ne manquent pas. Outre l’existence d’un label Halal, les fabricants laitiers halals profitent déjà d’un accompagnement pour l’export dans le cadre du contrat-programme IAA, notamment pour la promotion de l’offre et le développement des volumes exportés.

Pour dynamiser l’export, l’Asmex a créé depuis 2015 un Club Halal, composé à hauteur de 30% par des entreprises agroalimentaires. Pour El Mostafa Chehhar, directeur du Domaine Vert au Groupe Crédit Agricole du Maroc (GCAM): «Le Maroc est encore un petit acteur de ce marché».

Il a également appelé à la sensibilisation du consommateur qui n’exige pas le label Halal sur les produits marocains. Chehhar a mis l’accent sur le support actif que la banque propose à ses clients à travers son Club Agro Maroc Trade (CAM TRADE).

Le directeur du Domaine Vert a exposé la démarche adoptée par  GCAM pour accompagner la  niche Halal qui a «un grand potentiel avéré» et qui est transverse à plusieurs filières végétales et animales (alimentaires et cosmétiques). La banque s’engage à mener un dialogue serein et constructif avec le Club Halal, à mieux comprendre les spécificités et le fonctionnement de cette niche, à mieux approcher ses coûts de production.

Les engagements de GCAM consiste également à définir d’un commun accord des normes de financement réalistes de l’ensemble de la chaîne de valeur, d’intégrer les futures subventions éventuelles de l’Etat (préfinancement et avances), de sponsoriser et participer aux forums et salons dédiés au halal ou encore signer une convention de partenariat.

Labellisation des distributeurs

L’Institut marocain de normalisation (Imanor) planche sur la mise en place d’un schéma de labellisation Halal des distributeurs de ce type de produits. Une annonce qui a été faite par son directeur, Abderrahim Taïbi, lors de la conférence-débat organisée par la Britcham. Ce projet devra compléter l’offre existante. Le label Halal, norme marocaine relative aux règles islamiques sur les aliments et produits cosmétiques halal, certifié par Imanor, a été instauré en 2014. Cette certification est obligatoire pour accéder à certains marchés: Asie, Moyen-Orient, Algérie… «Une demande qui n’émane des entreprises que pour les besoins à l’export ou lors d’une polémique sur l’origine de la composition de l’un de leurs produits dans le but de rassurer le consommateur», confie Abderrahim Taïbi. Et d’ajouter: «200 à 300 entreprises peuvent être certifiées».

Propositions et pistes d’amélioration

Abdellatif Abbadi a présenté plusieurs propositions pour booster la filière :
- Développement de marque Halal Maroc pour les produits dont le Maroc dispose d’avantages comparatifs d’exportation;
- Adaptation des produits labélisés Halal du Maroc aux exigences réglementaires des marchés extérieurs (Asie, Moyen-Orient, UE…);
- Renforcement du positionnement des produits en fonction des besoins des marchés ciblés à travers une forte présence au niveau des évènements et salons internationaux ainsi que la prospection des marchés porteurs;
- Création de plateformes des produits marocains Halal dans certains pays à fort potentiel d’exportation;
- Sensibilisation des opérateurs nationaux des filières de production concernées sur l’intérêt de ce créneau;
- Renforcement des appuis et accompagnement par l’Etat des efforts des professionnels pour le développement de ce secteur (subventions, conventions de partenariat, etc.)
- Mise en place de plateformes logistiques pour promouvoir l’export.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc