International

Manipulations de l’information: Un rapport choc

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5345 Le 06/09/2018 | Partager
Le phénomène prend une dimension nouvelle
Connaissances en psychologie sociale, big data et intelligence artificielle… une arme de division massive

Les manipulations de l’information ne sont pas nouvelles mais ont pris une dimension sans précédent. Et ce, en raison des capacités inédites de diffusion et de viralité offertes par internet et les réseaux sociaux, ainsi que de la crise de confiance que vivent nos démocraties.

Ce phénomène s’est manifesté par plusieurs ingérences électorales ces dernières années et menace les démocraties et la souveraineté de leurs institutions. Ce sont les conclusions d’un nouveau rapport officiel français établi par le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS, ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) et de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM, ministère des Armées).

Pour ses auteurs, l’innovation technologique sera déterminante. Non seulement l’innovation, mais aussi sa démocratisation: «l’accessibilité et le coût vont décroître, en même temps que l’efficacité, la performance et la vitesse de propagation vont s’accroître». L’intelligence artificielle rendra les bots plus humains, donc moins détectables.

Les logiciels d’édition photo, audio et vidéo, par exemple, permettront demain (certains même aujourd’hui), de faire dire n’importe quoi à n’importe qui, en rendant la désinformation indétectable. Les deepfake videos, consistant à modifier numériquement les visages de personnalités afin de leur faire dire ou faire ce que l’on veut, sont déjà très crédibles. Les personnalités fictives sont un autre risque.

L’intelligence artificielle rendra ces personnalités fictives plus sophistiquées, moins détectables. Elles pourront donner des interviews, écrire des tribunes dans la presse, avant d’être découvertes. Ces tendances vont participer d’une atomisation extrême de l’information, avec la disparition ou la fragilisation des acteurs pouvant servir de «tiers de confiance» (notamment les grands médias jouissant de la confiance du public, la parole publique continuant pour sa part à être décrédibilisée d’avance).

Dans un tel univers, la question centrale sera de savoir comment recréer des tiers de confiance. Outre le renforcement du modèle économique et de la crédibilité des médias traditionnels, d’autres approches ont déjà été proposées et mériteraient d’être explorées (comme l’utilisation de la technologie dite de la chaîne de blocs (blockchain) permettant d’accroître la traçabilité de l’information).

«Même les progrès de la recherche en psychologie sociale, en particulier sur la manière dont nous prenons des décisions, pourront être arsenalisés, en permettant de faire du micro-targeting plus précis et plus efficace», relève le rapport.

La puissance qui alliera ces trois ingrédients (connaissances en psychologie sociale, big data et intelligence artificielle) pourra fabriquer une arme de division massive.

Quelques recommandations

Face à cette menace, les auteurs du rapport dressent une liste de cinquante recommandations aux Etats, à la société civile et aux acteurs privés. Ils préconisent notamment de «mieux communiquer», «renforcer la résilience des sociétés», «ne pas abandonner le web aux extrémistes», de «légiférer lorsque nécessaire» et de «mener des enquêtes parlementaires lorsque nécessaire»... Sans oublier de «former les adultes comme les enfants (éducation aux médias et pensée critique)» et de «mieux former les journalistes aux risques des manipulations de l’information»…

 

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