Analyse

Libre-échange: Faut-il tout remettre à plat?

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5337 Le 27/08/2018 | Partager
Une commission pilotera les négociations
Les études d’impact systématiques avant tout nouvel accord
Les organisations professionnelles mieux impliquées dans les discussions
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A fin 2017, le volume global des conteneurs traités dans les différents ports a atteint 49,25 millions de tonnes, soit une croissance de 16,4%! L’activité import-export s’est élevée à 13,32 millions de tonnes, en progression de 10,19%. L’essentiel de l’import provient de l’Asie avec une part dominante de la Chine (Ph. Bziouat)

Depuis un peu plus de trois décennies, le Maroc a opté pour une économie ouverte. L’objectif étant d’améliorer la compétitivité de ses entreprises et de capter plus d’investissements directs étrangers. D’où  la signature d’une série d’accords de libre-échange.

Trois décennies plus tard, le Maroc s’est rendu compte que ces accords de libre-échange par lesquels il est engagé envers ses partenaires sont insuffisants pour assurer un développement efficace de son économie. Et que libre-échange ne signifie pas forcément échange libre avec la barrière érigée par les normes.

Rabat a donc décidé de changer d’approche. Ainsi, le gouvernement a adopté la loi 91-14 sur le commerce extérieur qui instaure un nouveau cadre pour les futurs accords. Ainsi, avant de conclure un traité de libre-échange, il faudra au préalable définir les objectifs commerciaux, politiques et sociaux attendus.

Le cadre de négociation doit déterminer les secteurs concernés, les marges de concession respective pour chaque domaine et arrêter les outils à même de converger vers les objectifs des accords. La loi prévoit également la nécessité d’impliquer les organisations professionnelles dans les négociations afin de préserver les intérêts du tissu économique national. Un décret est en cours de préparation pour institutionnaliser la commission nationale des négociations commerciales. Une structure qui sera chargée de coordonner les négociations relatives aux futurs accords commerciaux.

Le premier accord de libre-échange signé par le Maroc portait sur la création d’une zone de libre-échange en février 1981. Des accords similaires vont suivre, notamment celui avec l’Union européenne en 1996, les États-Unis en 2004… Au total, les ALE signés par le Royaume représentent 55 pays. Ce qui représente une communauté de plus de 1 milliard de consommateurs.

Le gouvernement dresse de temps en temps le bilan des accords commerciaux et leur impact sur la balance commerciale. La thématique a d’ailleurs fait l’objet d’une question au Parlement à travers ses deux Chambres. Le constat est que malgré l’amélioration des échanges commerciaux, la balance commerciale avec les différents partenaires continue d’être marquée par un déficit structurel.

De nombreuses voix se font régulièrement entendre pour réclamer une évaluation, voire une révision du contenu des ALE. Saâdeddine El Othmani, chef du gouvernement, a été interpellé par les deux Chambre du Parlement au sujet de l’impact sur les échanges commerciaux.

Les accords de libre-échange ont permis au Maroc d’améliorer sa part dans le commerce international, passant à 0,15% en 2017 contre 0,11% en 2007 grâce à sa diversification vers les marchés américain et asiatique. Les exportations des filières des métiers mondiaux du Maroc ont enregistré une évolution favorable, notamment l’automobile (+16% en moyenne par an), l’aéronautique (+13,2%), l’agroalimentaire (7,7%). Au cours de la dernière décennie, le Royaume a amélioré le contenu technologique de ses exportations, passant de 30,6% en 2007 à 54,2% en 2017.

Les ALE ont également permis de mettre en œuvre une série de réformes visant l’amélioration du climat des affaires, la modernisation de la réglementation relative au commerce extérieur, la dynamisation des investissements extérieurs… Les accords commerciaux ont conféré au Maroc une plus grande implication dans le dialogue politique avec ses partenaires étrangers, notamment en matière de sécurité, de migration, d’environnement… Le démantèlement tarifaire a permis aux entreprises marocaines d’accéder à des intrants de qualité et à des prix compétitifs.

Le Maroc a développé de nouveaux secteurs orientés export et à plus forte valeur ajoutée, tels que l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’industrie chimique… Cependant, la balance commerciale reste déficitaire. Pour le gouvernement, la multiplicité des accords de libre-échange n’est pas en cause. Le déficit commercial tient à des raisons structurelles du fait du volume des importations marocaines et de leur nature.

En effet, les importations restent dominées par des biens d’équipement et des demi-produits en liaison avec les projets d’investissement, mais aussi avec les besoins du Royaume en sources d’énergie et en céréales. Il s’agit d’importations incompressibles et sujettes aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux.

Toutefois, il faut signaler que l’économie marocaine est plombée par la faible croissance dans la zone euro, les grosses fluctuations du prix du pétrole en raison des tensions dans le Moyen-Orient. L’instabilité des marchés financiers contribue à la hausse des taux d’intérêt et donc des coûts d’approvisionnement et par ricochet à la baisse de la demande étrangère.

L’évaluation de l’impact des accords de libre-échange montre que ce type de partenariat commercial n’est pas suffisant pour développer l’économie nationale. Par conséquent, il faudra faire preuve d’imagination pour concevoir une vision intégrée en matière de commerce extérieur. Le challenge sera de développer l’offre exportable en améliorant sa valeur ajoutée et en diversifiant les débouchés.

En attendant, le gouvernement s’engage à mettre en place de nouveaux mécanismes pour assurer le suivi et l’évaluation des accords de libre-échange déjà signés, identifier les barrières non tarifaires qui bloquent les exportations nationales. Il est également question de soutenir les entreprises potentiellement exportatrices via des programmes d’appui à la carte.

Repères

Export sous ALE: Les marchés en hausse

  •   Union européenne      : + 6,1%
  •   Etats-Unis                    : + 16,4%    
  •   Turquie                         : + 30%
  •   Accord Quadra           : + 16%.

 

                                                                                             

■ Maroc-UE: Un partenaire indétrônable
Avec 66,5% des importations de marchandises, l’Union européenne reste le premier fournisseur du Royaume et son premier client puisqu’il concentre 56,9% des exportations marocaines. Entre 2007 et 2017, le volume des échanges commerciaux est passé de 229 milliards de DH à 414 milliards de DH, avec un taux de couverture de 66,4% en légère hausse par rapport à 2007. Cette progression s’explique par une augmentation de 6,2% des exportations marocaines contre 6% pour les importations.

■ Maroc-Etats-Unis: Un marché difficile d’accès
Depuis l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange maroco-américain, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 39,7 milliards de DH à fin 2017 contre 18,4 milliards de DH en 2007. Ils représentent 5,8% du commerce extérieur du Royaume. Le taux de couverture des importations par les exportations s’est amélioré, passant de 19,4% en 2007 à 32,7% à fin 2017. Ce qui s’explique par la progression de 12,6% des exportations marocaines contre 6,8% pour les importations.

■ Le Maroc quadruple ses échanges avec la Turquie
Dix ans après l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avec la Turquie, le Maroc multiplie par quatre ses échanges commerciaux avec ce pays. A fin 2017, ces derniers se sont élevés à 26,1 milliards de DH contre 6,9 milliards de DH en 2007. Le taux de couverture, qui était d’à peine 16,5% il y a dix ans, a enregistré une nette amélioration puisqu’il est passé à 35,7% grâce à la progression de 19,7% des exportations marocaines alors que les importations turques n’ont évolué que de 10,8%.

■ Quadra: L’accord qui peine à décoller
L’accord d’Agadir a été signé entre le Maroc, l’Egypte, la Tunisie et la Jordanie en février 2004 et entré en vigueur le 27 mars 2007. En 2017, le volume des échanges commerciaux entre les quatre pays s’est élevé à 686 millions de DH contre 286 millions de DH en 2007, avec un taux de couverture de 56,8%. En 2007, ce taux était de 48%.

 

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