Entreprises

RAM: Plus de 70 vols annulés en une semaine!

Par Amin RBOUB | Edition N°:5324 Le 27/07/2018 | Partager
Gros cafouillages dans les aéroports
Avions cloués au sol, indemnisations, prise en charge de passagers... Des pertes sèches

Annulations de vols en série, perturbations des programmes de RAM, cafouillages dans les aéroports, tensions chez les passagers, colère... La situation est devenue insoutenable depuis quelques jours chez Royal Air Maroc. La compagnie a été contrainte d’annuler plusieurs vols depuis pratiquement une semaine. Depuis le 18 juillet, 70 vols ont été annulés dont 10 mercredi dernier. Hier jeudi, une dizaine de vols ont été annulés. La plupart des annulations concernent des vols moyen-courrier de l’aéroport de Casablanca vers l’Europe (essentiellement la France, l’Espagne, l’Italie...). A l’origine de cette impasse en pleine haute saison (vacances estivales, tourisme, MRE, pèlerinage...), de profonds désaccords entre le management de la compagnie et la corporation des pilotes de ligne, représentée par l’AMPL (Association marocaine des pilotes de ligne). Le désaccord porte essentiellement sur la question des revalorisations de salaires des pilotes, l’amélioration des conditions de travail, le réaménagement des plans et programmes de vols ou encore le nombre de jours de repos mensuels... Les pilotes souhaitent bénéficier d’un congé mensuel de 4 jours à l’instar de leurs confrères en Europe, en plus de 48 heures par semaine, pour «éviter le surmenage». 

En fait, ce bras de fer entre les pilotes et le management ne date pas d’aujourd’hui. Une première vague de grèves a été enclenchée en février dernier. Elle s’était traduite par plusieurs annulations de vols, voire des retards ou encore des reports, suite à des absences inopinées de pilotes. Aujourd’hui, la situation est encore plus compliquée, puisqu’elle risque, faute de compromis, de perdurer toute la période estivale, période de pic des voyages. Il y a une semaine, un cadre de RAM avait déclaré à la presse française que «la compagnie redoute les conséquences en cette période de forte affluence, marquée par le retour des MRE, et les flux de départs pour le pèlerinage à La Mecque». Pas moins de 32.000 pèlerins marocains devront s’envoler cet été vers Jeddah (Arabie saoudite). Pour l’heure, les pertes sont énormes. Au sein de la compagnie, d’aucuns parlent d’une vingtaine de millions de DH de pertes sèches quotidiennement! Ce manque à gagner est la conséquence directe des annulations de vols, avions cloués au sol, indemnisations de passagers en retard de plus de 3 heures, gestion des voyages en continuation, transit, hébergement dans les hôtels, restauration... Pour les passagers dont les vols sont annulés, la compagnie leur propose le report ou le remboursement, avec une prise en charge à l’hôtel en cas de vols de nuit. 
Pour gérer cette situation inextricable, une cellule de crise a été mise en place par RAM. L’objectif est de parer au plus urgent, réajuster les plans de vols, rassurer les passagers, procéder à des remboursements ou reports de vols, informer les clients...

Pour débloquer la situation, une réunion a eu lieu mercredi dernier entre le management de la compagnie et les représentants des pilotes, en présence de Abdelhamid Addou, PDG. «D’ici peu, nous allons finir par trouver un arrangement qui satisfait l’ensemble des parties», nous a confié jeudi une source proche du PDG. En tout cas, si la compagnie abdique et accepte la revalorisation des salaires, une telle décision risque de compromettre le plan stratégique de doublement de la flotte, annoncé en avant première par le PDG lors du Club de L’Economiste (cf. notre édition du 18 janvier 2018). Pour rappel, le patron de RAM a dénoncé il y a quelques jours «la surenchère des pilotes». A la veille du débrayage, le PDG a tenu à préciser que «la grève sera dévastatrice. Elle détruira de la valeur et dégradera nos indicateurs économiques... Elle affectera non seulement l’image de l’entreprise déjà écornée, mais celle d’une population incontournable....» Côté pilote, l’on refuse d’utiliser le mot «grève». L’AMPL parle plutôt «d’astreinte». «Aucune résolution des organes de décision de l’AMPL n’a décidé à aucun moment le lancement d’un quelconque mot d’ordre de grève, soumis au demeurant à des conditions réglementaires encadrées par la législation du travail. Tout en confirmant la prévalence d’un climat social lourd exacerbé par 20 longs mois d’un dialogue social stérile, l’AMPL s’interroge sur les véritables motivations derrière ces allégations» du management de la compagnie. 

Le doublement de la flotte compromis!

Si jamais le bras de fer actuel se poursuit encore entre les pilotes et la RAM tout au long de l’été, les conséquences seraient catastrophiques pour l’avenir de la compagnie, tient à préciser une source proche du management. La grève pourrait «compromettre définitivement notre projet commun de plan de développement «. Si ce scénario se confirme, la compagnie devra renoncer à son vaste programme d’acquisition d’appareils pour doubler sa flotte... faute de moyens.

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