Tribune

Boycott: une nouvelle ère consumériste a commencé

Par Anas BOUJIR | Edition N°:5319 Le 20/07/2018 | Partager

Anas Boujir est cadre financier dans l’administration marocaine. Il est diplômé en finances et services de gestion financière de l’Ecole supérieure de commerce de Troyes en France (Ph. Privée)

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L’autre boycott: Le 1er mai 2015, les organisations syndicales traditionnelles avaient décidé de «boycotter le 1er mai».  Seul le PJD, et son syndicat affilié, l’UNMT,  n’ont pas «boycotté» le défilé. Benkirane, à l’époque chef du parti et chef du gouvernement, aux côtés de Mohamed Yatim,  patron du syndicat aujourd’hui ministre du Travail lors de ce défilé, ordinairement fait pour protester contre les politiques gouvernementales. Clin d’œil humoristique de l’Histoire et chaos politique? 

C’est un signal à la fois fort et lucide que vient d’émettre le citoyen marocain dans son rôle de consommateur par le boycott de trois produits de marques phares et leaders sur le marché. 
La discipline économique expliquait que les liaisons entre entreprises sur le marché sont régulées et ajustées par la concurrence, qui a le don de libérer les énergies et donc pousser les entreprises dans un environnement de compétition loyale à satisfaire les besoins du client et par conséquent le fidéliser, et cela afin d’assurer la plus grande part de marché et de réaliser naturellement des performances financières. Dans ce schéma, toute entreprise, et sous cette pression concurrentielle, est contrainte à offrir des produits et services compétitifs, qui répondent à certaines exigences en termes de qualité et de service après-vente.

Sauf que cette fois-ci le boycott s’est additionné et substitué à la concurrence, et l’équilibre du marché est d’ores et déjà une affaire paramétrée par l’intervention directe du consommateur dans le cycle de vente des produits. Cet évènement, si particulier dans l’histoire du Maroc en sa teneur politique et économique, est un  moment capital dans la compréhension de l’évolution culturelle et la mutation sociétale du mode consumériste et du rôle de plus en plus grandissant des réseaux sociaux dans la conception de l’orientation et parfois l’instrumentalisation des opinions publiques. Si les tenants et aboutissants politiques de cette opération sont encore tôt à élucider tant que les conclusions définitives n’ont pas été tirées, une analyse de la future relation BtoC est à vrai dire une exigence et un impératif.
Le boycott par le consommateur envers des produits spécifiques et qui, selon l’enquête de L’Economiste, est engagé par une partie importante de la classe moyenne, manifeste clairement une dégradation du pouvoir d’achat, et cela malgré un taux d’inflation à 0,7% en 2017 qualifié de maîtrisé. 
Dans ce sillage, un nouveau rapport dans la relation client à entreprise verrait le jour, et sans doute, il n’y aura pas un avant-boycott chez les professionnels. Les entreprises seront appelées à actionner des outils et procédés de gestion de la relation client avec des études approfondies de la structure des prix, un rehaussement de la qualité de la prestation et des produits, et bien entendu, un intérêt particulier au volet communication et gestion de risques et crises.

Nouvelles relations

De l’autre côté, les organes de médiation, à savoir le gouvernement, les syndicats et les associations de protection des consommateurs, devraient se mettre en phase à travers des instruments susceptibles de restaurer un climat de confiance entre consommateurs et entreprises. Le but serait de préserver cet effort économique entrepris depuis plus d’une décennie par les pouvoirs publics dans l’instauration d’un environnement d’affaires attractif aux investisseurs étrangers et aux porteurs de projets.
Si le logiciel parti-politique peine toujours à cerner et établir des relations de confiance avec le citoyen et de prévoir donc de telles évolutions, l’entreprise ne s’est pas montrée plus armée à identifier le moment propice un nouveau comportement du consommateur, le radar des entreprises, avec tout l’arsenal professionnel et managériel développé, n’a rien vu venir, et cela implique  une obligation de mise à jour des méthodes, des moyens et des procédures.

Et si c’était une aubaine?!

Dans toutes les démocraties, la construction des institutions fortes et dynamiques est confrontée à de rudes épreuves de cohabitation, de vivre ensemble et d’appréciation de l’intérêt général. Si cette crise reste limitée dans le temps et responsable dans l’approche, elle serait une gesticulation saine et un antidote économique du rapport producteur-consommateur, qui va acter le passage à une nouvelle ère consumériste, et cela exige à la fois maturité citoyenne et gymnastique cérébrale des différentes parties prenantes à innover des outils novateurs et des efforts pour la protection du consommateur et l’amélioration de son pouvoir d’achat sous le signe de  plus de qualité et meilleure compétitivité. C’est peut-être une aubaine.

 

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