Régions

La ségrégation «verte» à Casablanca

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5273 Le 16/05/2018 | Partager
Moins d’un mètre carré d’espaces verts par habitant!
Ce ratio passe à 6/7 m2 dans les quartiers huppés
Les frontières entre le «Casa vert» et le «Casa pas vert»
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Le « Casa vert » et le « Casa pas vert». On voit clairement les limites des quartiers aisés et des quartiers de classe moyenne, voire populaire. Le bd Ibnou Sina sert de frontière

Casablanca est loin de répondre aux standards internationaux en termes de ratio d’espaces verts par habitant. En effet, la moyenne y est de moins de 1 mètre carré par habitant (alors que la norme internationale préconise 10 à 12 m2/habitant en tant que seuil minimal).

Paris en est à un ratio de 18 m2/habitant! Le ratio de la métropole est difficile à estimer, car il varie d’un quartier à l’autre. Les chiffres parlent de 0,35 m2 à Hay Mohammadi contre 6/7 m2 dans des zones comme Californie et Anfa (les jardins privés sont comptabilisés aussi).

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Hay Assalam à droite et Ben M’sick à gauche. Avenue 10 Mars 1982 en diagonale. Les seuls espaces verts sont ceux du tribunal de commerce et de la préfecture Ben M’sick Sidi Othmane en bas à droite. Mais ils ne sont pas accessibles à la promenade publique

Les inégalités entre quartiers huppés et zones de classe moyenne ou périphériques ne se limitent pas aux équipements et infrastructures. Les espaces verts sont également un indicateur de taille. Le déficit d’espaces verts dans des quartiers comme Ben M'sick, Sidi Moumen ou encore Bernoussi reflète aussi les inégalités sociales.

«Et qui dit manque d’espaces verts, dit problèmes de santé, de comportement, de qualité de vie, de qualité de l’air…», commente Jaafar Sijelmassi, architecte et urbaniste casablancais. Les quelques espaces verts prévus par les plans d’aménagement font souvent l’objet de dérogations attribuées à tout-va.

Pis encore, des jardins publics existants sont parfois bétonnés au vu et au su de tous. Les espaces verts sont loin d’être la priorité des autorités locales. Pour l’heure, les trois gros projets en cours cristallisent les attentes des Casablancais, qui espèrent une nette amélioration de leur cadre de vie.

Il s’agit de la réhabilitation du parc de la Ligue arabe, du zoo de Aïn Sebaâ et de la forêt Bouskoura. Un budget global de 450 millions de DH est consacré à la réhabilitation des trois sites, qui seront livrés cette année.

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Sidi Moumen à droite et Hay Saâda. Sidi Moumen est visiblement pauvre en espaces verts, son ratio est d’à peine 0,5m²/habitant (parmi les plus bas à Casablanca). Pour remédier à ce déficit, le plan d’aménagement de l’arrondissement (homologué en 2015) propose de porter ce ratio à 7,5 m²/habitant. L’implantation d’un vaste parc urbain au cœur de cet arrondissement est prévue par le PA en reconvertissant le site de la grande carrière. Sidi Moumen abrite une population de plus de 455.000 habitants

Néanmois, les maigres ressources consacrées par la Commune urbaine de Casablanca à l’entretien de ses 420 hectares d’espaces verts restent très insuffisantes. En 2016, ce budget ne dépasse pas les 61 millions de DH. Une enveloppe consacrée essentiellement à l’entretien courant des espaces verts, jardins et forêts. Plus de 4,5 millions de DH sont dédiés à l’achat d’arbres et de plantes. Quant à la facture d’eau destinée à l’irrigation, elle s’élève à 21 millions de DH!

Sur ces photos google, l’on voit clairement les limites entre le «Casa vert» et le «Casa pas vert». De Anfa à Sidi Moumen en passant par Maârif, Ben M'sick… Le benchmark avec des villes comme Paris ou Istanbul.

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Istanbul (à gauche), quartier Uskudar très populaire, et Asnières à Paris (à droite), un quartier populaire où un bidonville avait succédé à un village dans les années 1930-60. Pourtant, les espaces verts sont partout

 

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