Entreprises

Crédit du Maroc a bien digéré l’IFRS 9

Par Franck FAGNON | Edition N°:5273 Le 16/05/2018 | Partager
Pas d’impact sur la politique d’octroi de crédit, assure le président du directoire
La banque a amélioré ses principaux indicateurs au 1er trimestre
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Baldoméro Valverde, président du directoire de Crédit du Maroc: «Nous n’avons ni modifié notre politique de crédit, ni durci les conditions d’octroi. L’entrée en vigueur de l’IFRS 9 n’a pas nécessité une modification de notre politique de risque»  (Ph. F. Al Nasser)

Crédit du Maroc a renforcé la solidité de son bilan au premier trimestre. Baldoméro Valverde, président du directoire, y voit une montée en puissance du projet d’entreprise. Celui-ci doit permettre à la banque de s’adapter à la nouvelle donne du marché. Dans l’ombre des trois grands réseaux, les banques de taille moyenne, comme Crédit du Maroc, sont mieux visibles depuis quelques années. Les mutations dans le secteur et les innovations technologiques leur offrent une véritable opportunité de s’affirmer.

- L’Economiste: Le positionnement de la banque semble encore flou et beaucoup vous reproche un manque d’agressivité. Que répondez-vous?
- Baldoméro Valverde:
Nous avons toujours été clair sur notre stratégie, peut-être que nous ne nous faisons pas assez entendre. Notre volonté est de nous développer sur l’ensemble des marchés et des segments. Nous ne sommes pas dans une stratégie de niche, mais celle de créer une banque universelle, sans pour autant nous disperser. L’objectif est de couvrir l’ensemble des besoins des différents clients. Et parce que nous voulons occuper une place plus importante, nous sommes plus agressifs et nous investissons. Nous nous réinventons pour être plus efficaces.

- Les résultats du plan de transformation sont-ils conformes à vos attentes?
- En 2014, nous avons lancé un projet d’entreprise «Cap 2018» qui a été prolongé jusqu’en 2020. Ce projet met l’accent sur l’amélioration de l’efficacité commerciale et opérationnelle, l’excellence des ressources humaines, la sécurisation et la consolidation de la banque.
Sur l’efficacité commerciale, la productivité des agences est sur un trend haussier. Pour soutenir notre activité retail, il faut que notre outil soit performant. Nous procédons à une refonte totale du parcours client en agence. Le nouveau concept va permettre de réduire toutes les tâches administratives et celles liées aux opérations courantes (remise de chèque, manipulation du cash...) de sorte à libérer du temps pour le conseil. Cette réorganisation va nous donner un deuxième booster en termes d’amélioration de la productivité.
Au niveau opérationnel, nous avons revu tous les process en partant du besoin client. Nous avons démarré par le crédit à l’habitat qui est un produit stratégique pour la banque.  Certains ajustements nous ont permis d’améliorer notre part de marché et nos performances sur ce métier. En 2018, il va y avoir une très grosse transformation du process en nous appuyant sur le digital. Nous allons lancer un site internet sur lequel les clients pourront effectuer une simulation et pourront avoir un accord de principe en 48 h.

- Le dynamisme commercial ne se retrouve pas forcément au niveau de la marge d’intérêt au 1er trimestre. Les taux pèsent-ils toujours autant?
- La croissance de 3% de la marge d’intérêt au premier trimestre  est au-dessus de notre budget. Nous aurions aimé faire mieux, mais cela reste une très belle performance. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous sommes sur une activité de stock. Même s’il n’y a pas d’agressivité sur le taux d’intérêt, il y a naturellement une érosion de la marge. Maintenant, il ne faut pas regarder que le taux d’intérêt mais aussi le coût de la collecte. Nous avons volontairement baissé notre part de marché sur les dépôts à terme et avons travaillé sur l’optimisation des charges de façon à donner de la compétitivité au réseau.
Aujourd’hui, la dynamique de la banque est bonne. Le projet d’entreprise monte en puissance. Cela ne veut pas dire que c’est facile. Je suis tout à fait conscient des efforts que nous demandons aux collaborateurs en termes de vitesse de transformation. Mais je pense que c’est inéluctable et que de toute manière, nous sommes rentrés dans un processus de transformation permanent.
- Les investisseurs ne comprennent pas la baisse de 30% du dividende. Quelles en sont les raisons?
- La banque est sur plusieurs fronts et cela requiert des investissements importants. Il y a d’abord l’investissement de 200 millions de DH dans l’activité de banque participative. La mise en œuvre de l’IFRS 9 est aussi l’une des raisons qui ont poussé à cet arbitrage. Par ailleurs, il y a la volonté de consolider nos ratios de manière à avoir les moyens de poursuivre notre développement.

- Faut-il s’attendre à d’autres impacts liés à l’IFRS 9?
- C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis 2016 et nous avons mené  des simulations durant toute l’année 2017. Nous sommes ressortis avec un outil extrêmement stable. Nous voulions suivre la volatilité de l’impact de manière à éviter de mauvaises surprises. A quelques millions près, nous avions l’impact exact. Il sera de 242 millions de DH sur les fonds propres. C’est tout à fait absorbable et nous maintenons des ratios de solvabilité assez confortables. Pour nous, cela relève du passé maintenant.

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La bonne tenue de la marge d’intérêt et les performances des commissions grâce notamment à la bancassurance ont soutenu la hausse du produit net bancaire. Le résultat net part du groupe a marqué une hausse de 10% malgré un coût du risque en hausse

- Sur le plan opérationnel, quelles contraintes posent cette norme en matière de distribution du crédit?
- Nous n’avons ni modifié notre politique de crédit, ni durci les conditions d’octroi. L’entrée en vigueur de l’IFRS 9 n’a pas nécessité une modification de notre politique de risque. Cependant, nous avons institué un comité d’anticipation des risques de manière à pouvoir identifier d’éventuels dérapages. Sur les dernières années, en particulier en 2014 et 2015, nous avons adopté une politique très prudente en renforçant les provisions. Aujourd’hui, nous en tirons profit. Notre coût du risque a substantiellement baissé et cela va se poursuivre. Nous sommes sereins par rapport à cela.

- Comment appréhendez-vous l’entrée des opérateurs télécoms dans le secteur?
- La concurrence est un facteur de progrès. Tout nouveau concurrent nous amène à réfléchir sur notre modèle et à nous améliorer. Mais je considère que nous ne faisons pas le même métier. L’offre de la banque est très large avec le conseil en plus.  Les nouveaux entrants sont seulement sur une partie du marché. Nous souhaitons développer cette partie et tout le reste. Toute la valeur ajoutée de notre métier se trouve dans le conseil et la relation humaine. Nous sommes capables de dématérialiser les services mais l’agence restera un maillon important. Nous voulons être une banque 100% digitale et 100% humaine.

Propos recueillis par Franck FAGNON

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