International

Les devises émergentes bousculées par la hausse du dollar

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5270 Le 11/05/2018 | Partager
L’Argentine et la Turquie sont en première ligne
La montée des tensions inflationnistes inquiète

La hausse du dollar et le resserrement monétaire aux Etats-Unis (bien qu’attendu) semblent bousculer les devises émergentes. L’Argentine et la Turquie sont en première ligne. La hausse des taux des bons du Trésor américain ces dernières semaines a déclenché une dépréciation des monnaies, comme le peso argentin qui a perdu 10% face au billet vert en l’espace d’un mois.

Pour y remédier, l’Argentine a relevé ses taux jusqu’à 40% pour empêcher le peso de poursuivre sa dégringolade. Une baisse qui coïncide avec le début des négociations avec le FMI. Repartie sur le chemin de la croissance, l’Argentine s’était redressée en 2017 à 2,8%, après une chute du PIB de 2,3% en 2016.

La troisième économie d’Amérique latine (derrière le Brésil et le Mexique) espérait cette année contenir son inflation à 15%, mais la dévaluation va sans aucun doute doper la hausse des prix. Une autre mesure pour freiner la chute du peso est entrée en application.

Elle force les établissements bancaires à remettre sur le marché une partie de leurs réserves de billets verts, environ 2 milliards de dollars. En ce qui concerne la Turquie, l’inflation a augmenté plus que prévu en avril pour atteindre près de 11%, provoquant une nouvelle chute de la livre turque.

La hausse du dollar entraîne des risques inflationnistes en Inde par exemple, dont les importations en pétrole vont se renchérir, ou en Indonésie. Les devises du Brésil et du Mexique souffrent elles aussi. Les émergents, dont une partie de la dette est libellée en dollars, se trouvent face à deux choix de l’avis de certains analystes: «soit ils laissent leurs taux d’intérêt inchangés et prennent le risque de voir leur monnaie s’écrouler, soit ils les relèvent et freinent la croissance».

Compte tenu du contexte plus difficile, avec un dollar plus fort et une hausse des taux américains, l’Institute of International Finance (IIF) a réduit ses prévisions pour les flux de capitaux des non-résidents vers les marchés émergents cette année. Les flux bancaires et ceux des IDE (investissements directs à l’étranger) devraient toutefois rester résilients.

D’après Euler Hermes, le spécialiste de l’assurance-crédit, qui fait le point sur les perspectives économiques latino-américaines, plusieurs pays ont réussi à ralentir l’inflation, qui a décéléré de +10,7% en 2016 à +7,4% en 2017 (en moyenne au Brésil, Mexique, Argentine, Colombie, Chili et Pérou). Elle devrait encore ralentir à +6,1% en 2018. Cette situation a soutenu la reprise de la consommation et a permis un assouplissement des politiques monétaires.

Le retour de la confiance et d’une meilleure appétence au risque a contribué à une amélioration des conditions monétaires et financières… «Les opportunités sont là, mais elles ne doivent pas masquer plusieurs risques et vulnérabilités à surveiller dans la région.

Sur la liste figure: la soutenabilité des finances publiques brésiliennes, la volatilité en période électorale au Brésil et au Mexique, l’incertitude autour de la renégociation de l’Alena ou encore le déficit record du compte courant et l’inflation toujours élevée en Argentine», indique Georges Dib, économiste en charge de l’Amérique latine chez Euler Hermes.

Quels pays manipulent leurs devises?

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Le président américain Donald Trump a, à nouveau, en avril 2018 accusé la Chine et la Russie de manipuler leurs taux de change «alors que les Etats-Unis remontent leurs taux d’intérêt». Ceci a incité les experts de Natixis à se demander quels pays manipulent réellement leur taux de change. Pour cela, deux critères ont été examinés: un taux d’intérêt très bas conduisant à des sorties de capitaux  et des interventions par les réserves de changes provoquant une dépréciation du change ou ne l’évitant pas.
Ces critères ont été appliqués aux Etats-Unis, à la zone euro, au Royaume-Uni, au Japon, à la Suisse, à la Chine, à la Russie. Outre un ensemble de grands émergents (Brésil + Inde + Indonésie + Afrique du Sud) et à la Turquie. Il en ressort que plusieurs pays seraient accusés de manipulation du taux de change dans la période récente (2017, début 2018). Sur la liste figure la Suisse, dont la Banque centrale intervient officiellement sur le marché des changes, la Chine de 2014 à 2016, puis viennent la Russie et la Turquie.

                                                        

Cas de la Chine

Les réserves de devises étrangères de la Chine ont fondu, en avril 2018, à leur plus faible niveau en cinq mois. Ceci en raison d’un renforcement du dollar et le manque d’interventions des autorités, alors que s’apaisent les craintes de fuites de capitaux à l’étranger. Les colossales réserves chinoises de change (les plus importantes du monde) ont baissé de 18 milliards de dollars le mois dernier, trébuchant à 3.125 milliards fin avril, selon des données de la Banque centrale. Les régulateurs chinois ont d’ailleurs récemment adopté des mesures pour assouplir les contrôles de capitaux, avec de nouveaux quotas pour des investissements vers l’étranger.

 

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