Economie

Boycott des carburants: Des investisseurs s'inquiètent

Par Nadia DREF | Edition N°:5269 Le 10/05/2018 | Partager
Contactés par L'Economiste, plusieurs opérateurs redoutent que la campagne atteigne d'autres marques
Lahcen Daoudi tente de rassurer
Mais il ne semble pas soutenu par ses collègues du gouvernement
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Plusieurs stations Afriquia continuent d'être désertées. Pourtant, l'argument de la cherté n'est pas solide. L'enseigne propose des tarifs les moins chers à Casablanca sur tous les carburants (Ph. Fadwa Al Nasser)

Zéro communication de crise, bourdes, improvisation, black-out total… Alors que la fronde populaire s’amplifie et l’appel au boycott persiste, ni le gouvernement, ni Afriquia, ni le Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), présidé d’ailleurs par Afriquia, ne réagissent officiellement. Les entreprises restent prudentes aussi. Après la mésaventure du responsable de Centrale Danone, peu osent s’aventurer sur un terrain glissant et donner des déclarations.

Face à ce mutisme, ce phénomène lancé à grande échelle le 20 avril dernier pour «dénoncer la cherté des carburants, du lait et de l’eau», prend de l’ampleur. Après les sorties des ministres Akhannouch et Boussaid qui ont attisé la colère de la population, Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la Gouvernance, tente de rassurer dans une réaction tardive mais bienvenue.

Dans une déclaration à la version arabophone de notre confrère TelQuel, le ministre a souligné que de «nombreux investisseurs étrangers ont partagé leurs craintes suite à la campagne de boycott».

Le 7 mai, l’opposition a pris pour cible Lahcen Daoudi et le gouvernement les critiquant sur la manière de gérer cette crise. Répondant aux questions orales à la Chambre des représentants, le ministre était clair: «Il n’y aura pas de retour sur la compensation.

Toutefois, nous menons depuis 6 mois une étude de benchmark pour les modèles qui marchent. Nous allons bientôt présenter aux élus le cas de la Belgique qui a réussi le challenge de la libéralisation». Et d’ajouter: «Nous devons trouver une solution urgente car il n’est pas exclu que le prix du baril dépasse les 100 dollars».

L’inquiétude est générale. Valeur aujourd’hui, aucune information ne filtre sur les pertes essuyées par Afriquia  dont les stations-service sont quasiment désertées par les clients. Hormis quelques clients «fidèles», la majorité de la population suit le mouvement de boycott qui a choisi de s’attaquer au leader du secteur. Là, l’argument prix ne tient pas sachant que Afriquia propose actuellement des tarifs moins chers.

A titre de comparaison, le gasoil est commercialisé à 9,83 DH par Afriquia et Winxo et à 9,84 par Shell et Petrom. Concernant le sans plomb, il est vendu à 11,13 par Afriquia, à 11,15 par Shell et Winxo et à 11,19 DH par Petrom. La marge de manœuvre des pétroliers, accusés d’entente sur les prix, étant réduite tout ce joue donc sur les volumes.

Du côté des concurrents, c’est silence radio. Toutefois, ces opérateurs profitent de cette «désaffection» pour  la filiale du groupe Akwa présidée par Aziz Akhannouch, actuel ministre de l’Agriculture. «Depuis le début du boycott, nos ventes ont augmenté», confie un responsable.

Les distributeurs ne crient pas pour autant victoire. Ils s’inquiètent plutôt vu la tournure des choses. «Il est inadmissible que le gouvernement ne réagisse pas et qu’aucune communication de crise n’est mise en place», s’indigne un opérateur qui a requis l’anonymat.

«Nous attendons des mesures fortes de la part du gouvernement pour sortir de cette crise loin des récupérations politiques. La libéralisation c’est bien mais il fallait dès le départ mettre des règles pour mieux organiser le secteur», souligne un professionnel.

Autre préoccupation majeure des entreprises, c’est l’élargissement de ce mouvement à d’autres enseignes suite à la hausse continue des prix du pétrole dont le baril a franchi les 75 dollars. «Il faut une grande campagne de communication et de sensibilisation sur la structure des prix du carburant qui est fortement lié au prix à la pompe», fait valoir un autre professionnel.

Pour le moment, les opérateurs sont dans l’expectative et se posent beaucoup de questions: est-ce que le fait de tuer une entreprise résoudrait-il le problème de la cherté des prix? A qui sera le tour?... Les investisseurs, même étrangers, ne cachent pas leurs inquiétudes face à la montée du boycott craignant des mouvements virtuels qui se transforment en actions. «Nous espérons une issue favorable qui soit durable», souhaite un professionnel.

Boycott, mensonge et religion

Les entreprises ciblées par le boycott dénoncent la diffusion via les réseaux sociaux d’informations erronées qui induisent les gens en erreur. Il y a des voix qui s’élèvent pour dire que ce n’est pas une vraie émanation de la population mais qu’il s’agit plus d’instrumentalisation et règlements de comptes. Que dit la religion à ce sujet? Docteur Abdellah Cherif Ouazzani, enseignant-chercheur en théologie, nous éclaire à ce sujet. «Je ne sais pas s’il s’agit d’instrumentalisation ou pas. Toutefois, le mensonge est totalement réprimandé par l’Islam. Le fait d’induire les gens en erreur et de leur mentir pour les orienter dans un sens voulu est totalement réprimandé. Les responsables gouvernementaux et autres doivent rétablir la vérité et ne pas laisser la population adopter des positions sociales ou politiques qui peuvent nuire aux intérêts des uns et des autres».

40 centimes de marge par bouteille d’1,5l

Les Eaux Minérales d’Oulmès viennent de réagir au mouvement de boycott de leur produit phare: l’eau minérale Sidi Ali. Selon un communiqué de la  direction, les tarifs de Sidi Ali n’ont pas changé depuis 2010. Par ailleurs, la marge réalisée sur ce produit ne dépasserait pas les 7%, soit 40 centimes par bouteille d’1,5l. Quant au prix de vente recommandé, il est de 5 DH en grande surface et 5,50 DH chez le détaillant. L’entreprise compte militer pour la réduction des taxes imposées sur les eaux minérales et de sources, promet l’entreprise. «Nous prônons en effet une TVA réduite à 7% (au lieu de 20%), le taux de 7% étant déjà appliqué par ailleurs sur certains produits de grande consommation tels que le sucre et la conserve de sardines, entre autres», est-il expliqué.

 

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