Société

Pauvreté: 4 enfants sur 10 victimes de privations

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5268 Le 09/05/2018 | Partager
Des difficultés pour l’accès à la santé, à l’éducation, au logement…
Persistance des disparités entre les villes et les campagnes
Faibles taux de scolarisation, particulièrement dans le monde rural
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La pauvreté multidimensionnelle, considérée comme une privation de certaines dimensions favorisant le bien-être des enfants, est plus importante dans le milieu rural où les enfants ont un faible accès à l’éducation, à la santé et ne disposent pas de certains services vitaux comme le logement ou l’eau potable (Ph. Bziouat)

Après le HCP, c’est au tour de l’Observatoire national du développement humain (ONDH) de se pencher sur la question de la pauvreté multidimensionnelle. Contrairement à la première institution qui s’est penchée sur la pauvreté des ménages, le rapport de l’ONDH est focalisé sur les multiples privations chez les enfants jusqu’à 17 ans.

Au-delà de la pauvreté monétaire, celle multidimensionnelle est liée à la privation d’une série de dimensions essentielles pour le bien-être. C’est le cas de la santé, de la nutrition, de l’éducation, de l’accès à l’eau, au logement… Il ressort de ce document que 4 enfants sur 10 sont considérés comme pauvres d’un point de vue multidimensionnel.

Ce rapport, élaboré en partenariat avec l’Unicef, confirme la persistance de disparités entre les villes et le monde rural. Cela concerne les différentes dimensions. Sur les 39,7% des enfants âgés de 0 à 17 ans, se retrouvant dans une situation de pauvreté multidimensionnelle, 3 sur 4 vivent en milieu rural.

Au niveau de l’accès à l’eau, 1 enfant sur 4 dispose uniquement de sources d’eau non améliorées, comme les puits, les citernes… Cette situation concerne essentiellement les enfants ruraux, avec plus de 50%. Idem pour l’assainissement.

Le taux de privation des enfants vivant en milieu rural est de 18%, contre moins de 1% pour les citadins. Pour l’accès au logement décent, plus de la moitié des enfants du rural ne disposent pas de ce droit contre 16,8% pour ceux vivant dans les villes.

Les disparités pointées par ce rapport concernent également l’accès aux soins de santé. Cela concerne particulièrement la tranche de 0 à 4 ans, avec 13,4%. Les mères d’un enfant sur 4 vivant dans le monde rural n’ont pas bénéficié d’un suivi médical prénatal, notamment à cause des contraintes d’accès à l’infrastructure sanitaire de base.

Cette situation est compliquée par le faible taux d’intégration au régime d’assurance maladie. Plus de 66% des enfants ruraux de 0 à 4 ans n’ont pas accès à une assurance maladie. Ce taux reste également élevé en milieu urbain, avec un niveau de privation qui dépasse 44%.

La malnutrition, souvent pointée par l’Unicef en tant que véritable problème qui limite le développement et le bien-être des enfants, continue de sévir au Maroc. Cela concerne plus de 27% des enfants âgés de 0 à 4 ans. «La prévalence de l’émaciation est plus élevée chez les garçons (9,9%) que chez les filles (6,4%). Ce rapport tire également la sonnette d’alarme concernant l’émergence du problème de surpoids et d’obésité chez les enfants.

Les résultats de ce rapport confirment également les difficultés du Maroc à assurer la scolarisation de ces enfants. Cette étude s’est penchée sur la tranche d’âge de 5 à 14 ans, période d’éducation obligatoire. «Des niveaux de privation très importants ont été enregistrés», est-il indiqué. Près de 13% de cette catégorie ne fréquente pas l’école.

Ce taux est plus élevé chez les adolescents, de 15 à 17 ans, âge d’accès au lycée. 35,3% de cette catégorie souffrent de privations dans ce domaine. L’essentiel de cette population, soit 29%, ont déjà quitté le système scolaire, au moment où le reste enregistre un grand retard dans l’achèvement du collège.

Leviers

Au-delà du diagnostic, le rapport de l’ONDH propose une série de leviers à activer pour atténuer l’ampleur des privations chez les enfants. Ce document plaide pour la mise en place d’une «stratégie conjointe d’éradication de la pauvreté monétaire et d’investissement dans l’infrastructure publique». Parmi les mesures proposées, on retrouve le lancement d’un programme de transferts monétaires pour les familles pauvres en charge d’enfants. Le problème de ciblage, pointé pour d’autres fonds de soutien, devra être résolu, selon ce document, «en se basant sur des critères combinant des éléments de l’analyse de la pauvreté multidimensionnelle et de la vulnérabilité monétaire». L’ONDH propose également d’assurer de manière plus efficace la gratuité des services de santé de base et diminuer la contribution des ménages dans le financement de ce système. Une récente évaluation du Ramed a mis l’accent sur les difficultés d’accès et les frais supplémentaires pris en charge par les ménages comme étant de véritables obstacles à la garantie des services de santé aux plus pauvres.

 

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