Competences & rh

Intégration, éducation, RH Le regard sans complaisance de l’Afrique

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5267 Le 08/05/2018 | Partager
Une transformation obligatoire du continent à organiser en interne
Pour englober une jeunesse qui arrive en masse sur le marché de l’emploi
L’éducation, la source de tous les maux
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Les parts de l’emploi entre l’agriculture, l’industrie qui inclut le secteur extractif et les services en Afrique restent sensiblement constantes depuis 10 ans. Le face à face avec d’autres régions du monde montre qu’en Asie et en Amérique latine, un transfert de main-d’œuvre s’est opéré de l’agriculture vers les services entre 1990 et 2005, alors qu’en Europe et en Amérique du Nord, le mouvement s’est produit de l’industrie vers les services

L’Afrique a différents visages, en fonction des ressources, de la situation ou des moyens de développement. Si le Maroc fait figure de pionnier dans de nombreux domaines, tissant des liens avec les pays voisins pour le passage d’expérience, il n’en demeure pas moins freiné par sa gestion des compétences.

Un constat plutôt général admis lors du dernier colloque de l’AGEF, qui a réuni ministres et dirigeants d’entreprises et d’associations dans l’objectif de prendre en main le développement économique du continent par les Africains eux-mêmes. Une occasion de réfléchir au rôle des ressources humaines dans la transformation continentale. Mais tous les pays sont-ils bien armés pour affronter un monde en pleine mutation? Le cas de Madagascar démontre l’étendue des efforts à faire.

Conscient de son retard, le pays s’est lancé dans un plan de transformation à l’horizon 2030. Avec plus de 60% de jeunes au sein de sa population, il s’agit de valoriser son capital humain et d’optimiser cette force. Mais première épine dans le pied: un système éducatif défaillant.

Comme le souligne la ministre de l’Emploi, Marie Lydia Raharimalala Toto, «33% des Malgaches n’ont pas accès au primaire, et pour ceux qui y parviennent, ils sont 80% à ne pas aller au bout de leur scolarité». Avec 15% seulement des ménages qui bénéficient de l’énergie, le pays est ouvert aux investisseurs «malgré un climat des affaires peu propice», avoue la ministre.

Madagascar est aussi très demandeur de transferts de savoir-faire et de renforcement de capacités des RH africaines, comme ça a été fait avec un nouveau centre de formation professionnelle financé par la Fondation Mohammed VI.

L’agriculture, qui emploie près de 60% de la population africaine, apparaît naturellement comme l’un des grands moteurs de croissance. «Un défi d’intégration régionale essentiel à condition de s’atteler à la transformation pour ne plus être le grenier du monde», impose Abdou Souleye Diop, président de la commission Sud/Sud de la CGEM.

Il met alors en évidence l’exemple du Gabon qui «a osé dénoncer des contrats mal ficelés et au détriment de l’Afrique» dans le cadre de son projet avancé avec les Chinois sur l’exploitation de ses mines de fer. Des aberrations encore, comme en Côte d’Ivoire où le caoutchouc extrait de l’hévéa fait des allers-retours d’un continent à l’autre: il est transformé en Europe et revendu sous forme de pneus au Maroc...

Bref, l’heure a sonné de resserrer les rangs, de se décomplexer, décloisonner et de mutualiser les forces pour se prendre en charge. Toujours sur le volet agricole, le PDG de Cosumar, Mohamed Fikrat, confirme sa politique d’accompagnement des agriculteurs en vue de doubler les productions de sucre.

«Un saut qui a notamment permis d’améliorer les revenus des agriculteurs et de développer, depuis 5 ans, la couverture médicale pour les familles, une caisse de solidarité en cas de coups durs ou le récent système de retraite simplifié», explique-t-il.

Parmi les grands défis à relever, l’éducation arrive en tête. Le manque d’adéquation entre la formation et les besoins des entreprises n’est plus un scoop. «Nous sommes dans une logique de mémorisation et de répétition», constate Alioune Gueye, PDG du groupe Afrique Challenge, «alors même que les nouveaux métiers reposent sur la réflexion et l’analyse. Nos universités produisent du déchet».

Il apparaît donc essentiel que les réussites du continent servent de source d’inspiration pour les décideurs africains afin d’identifier des moyens qui permettent d’éviter les échecs de décollage. Les expériences de pays comme l’Île Maurice, l’Éthiopie et le Rwanda fournissant des enseignements utiles pour l’ensemble du continent.

                                                                   

Verbatim

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■ Mohamed Yatim, ministre de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle
«L’Afrique n’est regardée que pour ses ressources naturelles. Elle a été assez longtemps exploitée pour servir les intérêts d’autres pays. Le continent doit relever la tête. Le reste du monde doit écouter les Africains»

 

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■ Marie Lydia Raharimalala Toto, ministre de l’Emploi de Madagascar
«Une transformation en profondeur s’impose»

 

 

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■ Abdu Razzaq Guy Kambogo, ambassadeur du Gabon au Maroc
«Nous devons entreprendre aujourd’hui des décisions audacieuses pour récolter les fruits d’une stratégie à long terme de l’employabilité. Tous nos efforts seraient voués à l’échec si le sujet d’une bonne gestion des ressources humaines ne revenait pas systématiquement dans nos échanges»

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■ Abdou Souleye Diop, président de la commission Sud/Sud de la CGEM
«Qu’on le veuille ou non, le Nord maîtrise la technologie, et nous devons nous en servir, il suffit de voir comment au Maroc ce duo Nord-Sud participe au développement local dans le secteur de l’automobile».

 

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