Entreprises

Flexibilité du DH, cahier des charges...: Les bureaux de change montent au créneau

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5267 Le 08/05/2018 | Partager
Ils veulent être impliqués dans la réorganisation de leur profession
Inquiétude face à la concurrence des sociétés de transfert de fonds
Leur fédération a tenu son premier congrès

Les responsables des bureaux de change, venus de toutes les régions du Royaume, ont tenu leur premier congrès en fin de semaine dernière à Rabat, placé sous le thème de la «flexibilité du dirham, défis et contraintes des professionnels de change». Derrière cette thématique, ils veulent ouvrir le dialogue avec la tutelle, l’Office des changes en l’occurrence.

Des craintes se font sentir dans ce milieu représenté par la Fédération nationale des associations régionales de bureaux de change, plus connue sous le nom générique de FNAR. Elle est présidée par Mohamed Chakir, professionnel à Agadir. Selon les informations qui ont circulé lors de cette rencontre, la tutelle aurait préparé un cahier des charges pour réorganiser cette activité sans impliquer ces professionnels.

Abderazak Mahmoudi, secrétaire général de la FNAR, reconnaît que la tutelle a «une vision administrative qui se respecte, mais elle est invitée à écouter les professionnels qui vivent la réalité économique en vue de réadapter la réglementation». Le cahier des charges, en préparation, ne serait pas favorable aux bureaux de change.

Ils demandent à l’Office des changes de leur adresser le projet de texte pour le discuter et pouvoir formuler des propositions. «La direction nous l’a promis, mais nous attendons encore. Il semble que ce document est sur le bureau du ministre des Finances pour signature», ont souligné des intervenants lors de cette journée.

3.000 emplois en jeu

Pourtant, l’apport des bureaux de change est incontestable.  Outre leur part dans la collecte des devises, le secteur a permis la création de 3.000 emplois stables, ayant une couverture sociale, a noté Abdeslam Yamllahi, représentant l’association régionale de Fès.

Selon lui, ces professionnels redoutent ce qui risque de leur porter préjudice: les pouvoirs publics s’apprêtent à accorder des autorisations de change aux sociétés de transfert de fonds, comme notamment West Union, Moneygram,… qui disposent actuellement de 4.800 points de vente sur l’ensemble du territoire. Cela se traduira par de «grosses pertes de leur chiffre d’affaires. Avec la flexibilité, notre avenir est incertain», ajoute-t-il.

Un autre responsable de Casablanca a axé son intervention sur les doléances de la profession dont certaines sont sur le point d’aboutir comme l’octroi de dotations pour Al Omra et une autre pour El Haj. Sur ces demandes, l’Office des changes est favorable sur le principe. Idem pour la réservation d’une place de livraison des fonds devant les bureaux de change à l’instar des banques. La tutelle est d’accord pour appuyer cette doléance auprès du ministère de l’Intérieur.

De même, la fédération demande l’augmentation du plafond en devises que doit détenir le bureau de change qui ne doit pas dépasser l’équivalent de 250.000 DH. Autre réclamation, l’assouplissement de la révision fiscale dont l’appui du ministère des Finances est très attendu. Pourtant, les bureaux de change ne sont pas soumis à la TVA, suite à une clarification apportée par la Direction générale des impôts dans une circulaire datée du 11 avril dernier.

En tout cas, les professionnels souhaitent la mise en place d’une cellule auprès de l’Office des changes chargée de répondre à leurs attentes et d’écouter leurs propositions. Certains d’entre eux ne désespèrent pas de voir leur établissement de tutelle se ressaisir en vue de les impliquer dans la préparation du fameux cahier des charges, dans la programmation de la formation continue,…

Par ailleurs, le secteur traverse une période de turbulences, marquée par une forte concurrence des banques qui disposent de plusieurs milliers d’agences à travers le pays. Les bureaux de change crient à la concurrence déloyale de certaines banques, accusées de renoncer aux commissions en faveur de certains de leurs clients.

Selon des informations des membres de la Fédération nationale des associations régionales de bureaux de change, «la commission prélevée sur les transactions n’est pas satisfaisante. Normalement, une circulaire fixait un plafond de 5%. En réalité, nous jouons sur la marge insignifiante, qui n’atteint pas 1%, soit près de 0,5%», précise Abdeslam Yamllahi. Un autre rappelle qu’auparavant, le tarif était réglementé par l’Etat qui fixait les prix d’achat et de vente de chaque devise. Entre les deux, la marge était garantie.

Avec la circulaire de 2007, créant les bureaux de change qui étaient des sous-délégataires, les choses ont changé. «Nous travaillons sur la marge qui, avec la flexibilité du dirham, n’arrange pas leurs affaires», confie Abderazak Mahmoudi.

«Comme je suis obligé par la réglementation de céder des fonds à la banque, qui interdit au bureau de change de conserver les devises au-delà de 24 heures, je suis piégé. Avec la flexibilité, si la valeur de la devise baisse entre-temps, je subis des pertes. Cela, même si le lendemain, elle augmente. C’est contradictoire et insensé», dit-il.

Horaires flexibles

La part des bureaux de change dans la collecte des devises est estimée à hauteur de 60%. Selon le secrétaire général de la FNAR, le volume global représente 68 milliards de DH, drainés par les banques, les sociétés de transfert des fonds et les bureaux de change. Les points de vente de ces sociétés et des banques sont nombreux comparativement aux bureaux de change. Ces derniers sont au nombre de 650. «Ce secteur est efficace dans la collecte. Le client étranger vient au bureau de change, qui affiche une proximité. Souvent, ils sont situés dans des endroits touristiques. Leurs horaires sont flexibles, pouvant aller jusqu’à minuit comme à Marrakech par exemple, avec souvent la possibilité de marchandage. Chose que ne peuvent faire d’autres intervenants», indique le SG de la fédération.

 

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