Société

Une grande figure de la recherche s’en va

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5265 Le 04/05/2018 | Partager
Ahmed Driouchi, doyen de l’Institut d’analyses économiques d’Al Akhawayn, tire sa révérence
Un économiste hors pair qui laisse derrière lui une riche production scientifique
Economie comportementale, risque, développement humain…
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Ingénieur de formation, docteur en économie appliquée, Ahmed Driouchi a touché à de nombreuses problématiques économiques et sociales. Loin de la théorie, il adoptait une approche pragmatique. Plusieurs de ses travaux sont cités par des chercheurs à l’international (Ph. AD)

Il fait partie de ces grands noms de la recherche dont seuls les académiciens mesurent l’importance. Ahmed Driouchi, doyen de l’Institut d’analyse économique et des études prospectives (IEAPS) de l’université Al Akhawayn, a tiré sa révérence, mercredi dernier, à l’âge de 70 ans. Une disparition qui a pris de court le milieu de la recherche, triste de perdre un économiste hors pair.

«C’est l’un des rares économistes au Maroc à justifier d’une profonde maîtrise de la microéconomie du risque, de la macroéconomie et de l’économie comportementale. Je n’en connais pas d’autres avec un aussi large spectre de connaissances dans ces domaines», témoigne, non sans émotion, Mohamed Abdellaoui, directeur de recherche au CNRS, professeur de sciences de la décision à HEC Paris, également chercheur associé à l’IEAPS.

Abdellaoui, avec lequel il a publié un article à succès en économie comportementale sur le journal Theory and Decision, le comptait parmi ses meilleurs amis.

«C’est une grande perte pour le pays, pour le monde universitaire et pour le rayonnement de la recherche marocaine à l’international», regrette, pour sa part, l’économiste Ahmed Azirar, fondateur de l’Association marocaine des économistes d’entreprise (AMEEN), avec lequel il a mené des travaux en commun. «Il compte une quantité impressionnante de publications au Maroc et à l’international. Il a su mettre en équation beaucoup de secteurs», ajoute-t-il.

Driouchi a utilisé ses connaissances en ingénierie, en économie et en économétrie pour toucher à diverses problématiques. Il a abordé des sujets variés, comme l’impact de l’attitude des agriculteurs vis-à-vis du risque sur les marchés agricoles, l’impact de la santé sur le développement dans les pays du sud de la Méditerranée, ou encore la fuite des cerveaux dans la région Mena, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages.

Santé, capital immatériel, emploi des jeunes, développement humain, urbanisation, économie de la connaissance… Et la liste est encore longue. Il abordait toujours ses travaux avec une approche pragmatique. «Sa formation d’ingénieur et son contact avec la recherche anglo-saxonne ont façonné sa manière de penser en tant que chercheur. Il était précis, pragmatique et extrêmement prudent dans ses affirmations», souligne Abdellaoui.

«D’une grande humilité, il n’était pas dogmatique. Il savait allier entre économie et gestion. Pour lui, la gestion est la fille de l’économie, tandis que l’économie est la base de réflexion des gestionnaires», ajoute Azirar.

L’exclusion des jeunes NEET (ni à l’école, ni en emploi ni en stage) fait partie des dernières thématiques sur lesquelles il a travaillé. Lui, discret, fuyant les projecteurs, n’a pas hésité à contacter L’Economiste pour partager sa recherche sur le sujet (voir L’Economiste du 6 juin 2017). Le choix de ses études n’est pas fortuit. Il s’engage sur les thèmes qui lui tiennent à cœur.

Passionné, il n’aurait quitté sa casquette de chercheur pour rien au monde. Bien après la retraite, il a continué à travailler et à publier des articles. Ahmed Driouchi laisse derrière lui une riche production scientifique. «Sa mémoire lui survivra», conclut Mohamed Abdellaoui.

Une carrière marocaine et internationale

Son diplôme d’ingénieur en poche en 1973, de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat, Ahmed Driouchi a enchaîné avec un doctorat en sciences économiques dans le même établissement en 1987. Il a ensuite soutenu un PHD en économie appliquée à l’université du Minnesota aux Etats-Unis, en 1988. Il a démarré sa carrière d’enseignant au milieu des années 70, en intégrant l’Ecole nationale d’agriculture de Meknès. De 1984 à 1996, il est consultant pour divers organismes nationaux et internationaux. En 1994, il devient doyen de la business-school d’Al Akhawayn, avant de prendre la direction de l’IEAPS. Il a aussi assuré des cours dans d’autres établissements, dont l’EHTP. Ahmed Driouchi était également, entre autres, professeur honoraire à Albert Schweitzer International University en Suisse, membre de London Diplomatic Academy et membre du jury du prix de L’Economiste pour la recherche.

 

 

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