Politique

Pourquoi le Maroc a rompu avec l’Iran

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5264 Le 03/05/2018 | Partager
Le chargé d’affaires de l’ambassade prié de quitter le Royaume «sans délai»
Les pays du Golfe, y compris le Qatar, soutiennent la position marocaine
Bourita détaille les preuves de l’implication de Téhéran et du Hezbollah dans l’appui militaire du Polisario
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Après une visite éclair à Téhéran, Nasser Bourita a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec ce pays, en réaction à des agissements inacceptables, selon le Maroc. Le chargé d’affaires de l’ambassade d’Iran à Rabat, a été prié de quitter le Royaume «sans délai» (Ph. Bziouat)

Ça chauffe entre Rabat et Téhéran. Après une visite éclair à la capitale iranienne, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, a annoncé, mardi dernier, la décision du Maroc de rompre les relations diplomatiques avec ce pays. Le déplacement de Bourita visait à s’expliquer directement avec les responsables iraniens, notamment le ministre des Affaires étrangères, avant de prendre les mesures nécessaires.

«Nous n’avons pas reçu de réponse qui remet en cause les éléments en notre possession, et c’est pour cela que le Maroc a pris cette décision», a expliqué Bourita. Résultat: l’ambassadeur de SM le Roi a quitté Téhéran, et le chargé d’affaires de l’ambassade d’Iran à Rabat a été prié de quitter le Royaume «sans délai».

Cette tension constitue un nouvel épisode des relations tumultueuses entre les deux pays depuis l’arrivée du régime islamiste à l’époque de Khomeini. Durant la dernière décennie, Rabat avait rompu les relations diplomatiques avec Téhéran, avant de les relancer en 2014.

Au-delà de la conjoncture internationale, liée notamment au dossier nucléaire et aux conflits au Moyen-Orient, la décision marocaine est basée essentiellement sur des considérations bilatérales. C’est l’un des principaux messages de la diplomatie marocaine. Il ne s’agit pas d’une décision prise à la hâte, a insisté Bourita. Elle n’est pas non plus le résultat d’une «influence ou d’une pression».

Il a expliqué que le Maroc a «pris beaucoup de temps pour recouper les informations, vérifier chaque donnée, chaque date, chaque rencontre». Rabat est intransigeante concernant la question d’intégrité territoriale.

Les éléments communiqués par le ministre des Affaires étrangères traduisent l’ampleur du danger au moment où le Polisario, qui se retrouve dos au mur, multiplie les menaces de rupture de l’accord de cessez-le-feu. Les protestations marocaines portent sur l’implication de l’Iran, via son allié le Hezbollah, dans le soutien militaire aux séparatistes du Polisario.

«Le Royaume dispose de preuves irréfutables, de noms identifiés et de faits précis qui corroborent cette connivence entre le Polisario et le Hezbollah», a fait savoir Bourita. Ce soutien militaire à une organisation, dont les liens avec des groupes terroristes et l’implication de certains de ces éléments dans différents trafics, constitue une menace pour toute la région. D’autant que la zone du Sahel connaît une affluence de différents groupes armés et d’organisations criminelles.

Récemment, «une première livraison d’armes a été fournie au Polisario, notamment des Sam9, des Sam11 et des Strellas», fait-on savoir. Cela a été accompagné du déplacement à Tindouf d’artificiers et d’encadrants militaires du Hezbollah pour entraîner des éléments du Polisario à la guérilla urbaine et pour former des commandos dans le but de mener des opérations contre le Maroc».

Une situation que Rabat ne pourrait accepter. Loin de constituer un cas isolé, il s’agit d’un processus de coopération qui a duré plus de deux ans, avec des rencontres favorisées par l’ambassade d’Iran à Alger. Le Maroc considère qu’au moins un membre de la chancellerie iranienne en Algérie est impliqué dans l’organisation de ces opérations. Celles-ci ne pouvaient avoir lieu sans «la bénédiction, sinon plus, de l’Iran», selon la diplomatie marocaine.

Cette «connivence» a démarré en 2016, mais le point de basculement a eu lieu en mars 2017, suite à l’arrestation d’un des grands financiers du Hezbollah, agissant en Afrique. Il s’agit de Kacem Mohamed Tajeddine, arrêté à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, suite à un mandat d’arrêt international pour blanchiment d’argent et appartenance à une organisation terroriste. La réaction du Hezbollah a été sans équivoque, avec une multiplication de menaces de vengeance.

Aujourd’hui, la position du Maroc a été appuyée par plusieurs pays, notamment ceux du Golfe. L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, mais également le Qatar, ont fermement condamné ces «ingérences iraniennes dans les affaires intérieures du Maroc» et ont soutenu sa «décision de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran».

Nasser Bourita a insisté sur les raisons ayant motivé cette décision, liées essentiellement à l’intégrité territoriale du Maroc. «Elle n’est pas contre les chiites, ni contre les peuples libanais et iranien, mais une réaction contre des actions inacceptables», a-t-il dit.

Lorsque Khomeini fâcha Hassan II

Les relations entre le Maroc et l’Iran ont été souvent ponctuées d’épisodes de tension, depuis «la révolution islamique», ayant porté les Frères de Khomeini au pouvoir. En 1984, Feu Hassan II avait tenu un discours sévère contre «notre ami Khomeini», comme il l’a qualifié dans son discours. Hassan II avait mis en garde contre les tentatives du nouveau régime iranien à mener des opérations pour déstabiliser le Maroc. Le défunt Roi avait pris à témoin les oulémas et théologiens concernant les propos de Khomeini, qui se faisait appeler «Rouhollah», (Esprit du saint), considérés blasphématoires. Il a été considéré ainsi comme «kafir», suite à une fatwa officielle, comme l’a rappelé Hassan II dans son discours en mars 1984. Dans le même discours, certaines organisations marxistes, notamment Ila Al Amam, ont été critiquées pour leur position concernant l’affaire du Sahara, suite à la distribution de tracts à Marrakech.

 

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