Economie

Le marché des changes interbancaire en ébullition

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5263 Le 02/05/2018 | Partager
Au moins 30% de croissance au premier trimestre
Les transactions dynamisées par la flexibilisation du dirham
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Faïçal Leamari, directeur exécutif des Marchés des capitaux du groupe Attijariwafa bank: «L’impact sur le cours des facteurs endogènes au dirham est pour l’instant marginal. Pour autant, les opérateurs économiques restent exposés au risque de change lié à la volatilité euro-dollar» (Ph. F. Al Nasser)

- L’Economiste: L’extension de la bande de fluctuation du dirham a-t-elle été assimilée par les opérateurs économiques?

- Faïçal Leamari: Dans l’ensemble, les entreprises ont très bien intégré le nouveau mécanisme de change du dirham. Il faut dire qu’il n’y a pas eu de rupture au-delà de certains aspects techniques qui concernent, entre autres, le mode d’intervention de la Banque centrale sur le marché des changes. Pour le client, l’impact le plus important concerne l’élargissement des bandes de fluctuation fixées à +/-2,5% au lieu de +/-0,6% avant le 15 janvier 2018. Ce qui induit une volatilité potentielle plus importante par rapport aux devises internationales et donc, un risque de change potentiel tout aussi élevé. Plus de trois mois après, le dirham est resté plutôt stable. Au-delà de la variation euro/dollar qui impacte sa parité, l’incidence sur le risque intrinsèque  adossé au dirham est relativement limité.

- Peu d’incidence non plus de la dépréciation du dollar face à l’euro depuis le début de l’année (ndlr: Les marchés s’attendent à ce que le billet vert regagne du terrain face à l’euro après la remontée des taux obligataires aux Etats-Unis).
- Il faut faire une distinction entre deux éléments: le panier de cotation du dirham pondéré à 60% euro et 40% dollar n’a pas changé. La parité sera toujours fixée à partir de cette base. En revanche, une part endogène à la valeur du dirham  a été introduite à travers l’élargissement de la bande de fluctuation sachant que le panier permet de déterminer un cours médian auquel l’on applique une variation des bandes pour avoir des cours extrêmes. Lorsqu’on dit que le dirham s’est apprécié par rapport à l’euro ou au dollar ou inversement, en réalité, c’est plus l’impact de la variation de l’euro face au dollar qui entraîne une évolution à la baisse ou à la hausse contre le dollar. L’effet de la part intrinsèque au dirham, lui, reste relativement faible dans l’évolution actuelle de sa parité.

- Avez-vous relevé une hausse des couvertures depuis la mise en œuvre de la flexibilisation du dirham?
- Pas du tout.  En tout cas, rien d’exceptionnel. Depuis la mise en œuvre de la réforme du régime de change, la pratique des opérateurs économiques en termes de couvertures n’a pas changé. Il n’y a pas eu de rush, ni d’inquiétude particulière. En revanche, ceux qui ne se couvraient pas commencent à regarder de près l’intérêt d’une couverture.

 - Que leur conseillez-vous? De se méfier des eaux dormantes ou de prendre quand même des précautions…
- Nous leur disons qu’une politique de couverture du risque de change ne peut pas être fondée sur la «pifométrie». Elle doit obéir à une logique qui n’est pas liée à une tendance, c’est-à-dire que les opérateurs ne doivent pas se décider de se couvrir parce qu’ils estiment que le dirham va s’apprécier ou se déprécier face à l’euro ou au dollar. Ce qui est vrai pour les importateurs ne l’est pas forcément pour les exportateurs. L’inverse est tout aussi vrai. Asseoir une couverture sur la base de l’appréciation d’une tendance des marchés n’est pas très approprié. Par contre, la meilleure option est de souscrire à une couverture qui permet de sécuriser le coût de revient et la marge ainsi qu’une maîtrise des coûts globaux. Personne ne peut prédire l’orientation de la parité euro-dollar même si on peut émettre un avis. Il est primordial de s’inscrire dans une logique connectée avec son cycle d’exploitation.

- Les entreprises ont-elles mis à profit les assouplissements de la réglementation de change?
- Il y a eu effectivement une extension du spectre des couvertures plus que par le passé. Souffrez que je vous donne la même réponse que ce que je vous ai dit précédemment. Il n’y a pas eu de changement de pratique. Ce n’est pas parce que les maturités ont été élargies que les opérateurs se sont précipités sur les couvertures. Les besoins viendront des activités et de leur profil. Valeur aujourd’hui, nous n’avons pas relevé d’allongement de maturités sur les opérations de couverture.

 - Quelles transformations observez-vous sur le marché interbancaire?
- Les transactions ont été dynamisées par la réforme du régime de change du dirham en plus de l’effet mécanique de la croissance des opérations du commerce extérieur. Au premier trimestre, le marché interbancaire a connu une forte progression de 30% par rapport à la même période en 2017. Nous avons aujourd’hui entre teneurs de marché, des engagements réciproques de cotation ferme, des montants définis préalablement par une convention. Cela permet d’introduire une plus grande visibilité du taux de change sur le marché interbancaire.
Au niveau d’Attijariwafa bank comme chez les confrères, il y a une volonté d’accompagner les autorités pour la réussite de cette réforme. En tant que banques, nous avons intérêt à avoir un marché interbancaire liquide et efficient.

 - Que répondez-vous aux entreprises qui estiment que les couvertures sont très onéreuses?
- Les couvertures fermes ne sont pas assorties d’une commission. Dans ce schéma, nous ne sommes pas dans une logique de commission, mais de prix. Dans les couvertures optionnelles, celles qui confèrent plus de flexibilité, elles sont assujetties à une commission assimilable à une prime d’assurance qui dépend de facteurs du marché. Plusieurs éléments entrent en jeu pour la détermination de cette prime: le différentiel des taux d’intérêt et le niveau de volatilité du marché. L’écart entre le cours d’aujourd’hui et le cours à terme reflète d’abord le différentiel des taux d’intérêt. Plus il est élevé, plus le prix de la couverture sera haut. Demain, une hausse des taux aux Etats-Unis se traduira par une baisse des prix des couvertures. L’inverse est tout aussi vrai.

Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

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