Economie

Flexibilisation du dirham: Le grand public désorienté

Par Franck FAGNON | Edition N°:5263 Le 02/05/2018 | Partager
1 Marocain sur 2 ignore cette réforme selon une enquête de Sunergia
Les personnes les plus instruites y sont davantage opposées
Pour l’instant, peu d’effets sur le pouvoir d’achat et le coût de la dette des ménages
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La moitié des personnes sondées ne comprennent pas la réforme du mécanisme de cotation du dirham. Le niveau d’éducation a une influence importante sur la compréhension du sujet. 78% des personnes sans qualification ignorent la réforme alors que ce taux chute à 36% chez les universitaires. La question divise les hommes alors que les femmes qui ont émis un avis sont plus nombreuses à être contre la réforme

L’affolement des chefs d’entreprise à l’approche de la mise en œuvre de la réforme du régime de change l’été dernier a marqué les esprits et les réserves en devises, tant la communication autour du processus de migration n’a pas permis de dissiper les craintes. Aujourd’hui encore, beaucoup de dirigeants n’ont pas totalement assimilé les enjeux et la réforme reste méconnue du grand public. C’est ce qui ressort d’une enquête de Sunergia Etudes.

La moitié des personnes sondées n’ont aucune idée de ce qu’est la flexibilisation du dirham. Il faut dire que le sujet est très technique. Au-delà du cercle des initiés et des professionnels, il est peu compris même chez les personnes d’un niveau d’instruction avancé. Ceux qui le comprennent sont divisés. 18% y sont favorables alors que 20% jugent que la réforme du régime de change du dirham n’est pas opportune. En outre, 11% des répondants n’ont aucun avis.

Les habitants des régions de Casablanca, Rabat et Fès, en particulier les jeunes de moins de 24 ans et les seniors de plus de 65 ans sont plus sensibles au sujet. Celui-ci divise la classe sociale A et B. Le niveau d’éducation impacte sensiblement la compréhension du sujet. 78% des personnes sans qualification ignorent la réforme alors que ce taux chute à 36% chez les universitaires.

Globalement, les personnes les plus instruites sont opposées à la réforme. On y est davantage dans les centres urbains que dans le rural. Cela peut s’expliquer par le fait que ce sont surtout les classes moyennes (tranches supérieures) qui consomment des produits importés. La communication autour de la réforme a été beaucoup plus orientée vers les entreprises et a très peu touché le grand public.

Certes, la Banque centrale a réalisé des capsules vidéo pour faire la pédagogie auprès de la masse, mais cela n’a pas eu beaucoup d’incidence semble-t-il. Le contenu du message est aussi discutable puisqu’il ne répond pas réellement aux questions de la population notamment sur leur pouvoir d’achat, leur endettement...

Dans la conscience du public, la flexibilisation du dirham est assimilée à une dépréciation de la monnaie ou à une hausse des prix à la consommation. Plus de trois mois après l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham, ces deux craintes ont été évacuées. Le dirham est resté relativement stable depuis et l’inflation s’est établie à 2% en moyenne au cours des trois premiers mois de l’année, soit proche de la cible de Bank Al-Maghrib.

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Dans un régime de change flottant et avec une plus grande ouverture du compte capital, les taux d’intérêts seront plus sensibles aux fluctuations du dirham. Cela ne sera pas neutre sur l’endettement des ménages, surtout les prêts immobiliers dont l’encours totalisait 119 milliards de DH à fin 2016. Mais, la prééminence des prêts immobiliers à taux fixe préserve contre le risque de taux

Les changements introduits à ce jour sont minimes pour bouleverser le marché. Les choses pourraient être plus fluctuantes aux étapes suivantes. Ceci dit, il faudra compter au moins dix ans pour arriver à un système dans lequel la valeur du dirham sera déterminée par le marché.

Cette perspective va faire évoluer la politique monétaire de Bank Al-Maghrib qui va adopter une politique basée sur des cibles d’inflation. Ceci entraînerait un ajustement régulier des taux d’intérêts pour atteindre les objectifs d’inflation.

Les taux d’intérêts constituent un autre canal par lequel la flexibilisation du dirham touchera les ménages. Au stade actuel, la fluctuation du dirham influence très peu la courbe des taux en raison de la faible ouverture financière de l’économie. Le compte capital n’est pas totalement ouvert et les opérations de change doivent être obligatoirement adossées à des actes commerciaux ou financiers. Là aussi, les autorités vont progressivement assouplir la réglementation.

L’un des points de vigilance sera notamment l’endettement des ménages, en particulier le crédit à l’habitat qui les engage sur des durées très longues, au moins vingt ans. La dette financière des ménages totalisait 309 milliards de DH à fin 2016 (30% du PIB) dont 199 milliards de DH de crédits immobiliers.

Quoique moins forts que la période 2010-2014, les investissements des ménages dans l’immobilier restent dynamiques soutenus par des taux d’intérêt et des prix des actifs plutôt attractifs selon les endroits et le segment. Aujourd’hui, la structure des prêts immobiliers protège les ménages contre le risque de taux puisque plus de 90% des crédits sont contractés à un taux fixe contre moins de 10% pour les prêts à taux variables. Il y a dix ans, ces derniers dépassaient 30% de l’encours.

L’enquête de Sunergia

L’enquête de Sunergia a été réalisée entre le 18 janvier et le 02 mars 2018 par téléphone auprès de 1.000 personnes. Cinq critères de quotas ont été retenus à savoir le sexe, l’âge, le milieu, la région et la catégorie socioprofessionnelle. Cette dernière a été définie selon le revenu du ménage, la profession du chef de ménage et le type d’habitation.

 

 

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