Analyse

Un an du cabinet El Othmani: Le gouvernement refuse de montrer son bilan

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5262 Le 30/04/2018 | Partager
Mais il est «content de ses réalisations»
Pas de mesures, pas de chiffres, pas de reddition des comptes
Un document de synthèse est promis, sans s’engager sur une date précise de diffusion
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Une année après la présentation du programme gouvernemental, plusieurs mesures annoncées par l’équipe de Saâdeddine El Othmani sont «en souffrance», de l’avis même de la commission interministérielle de suivi. Face au blackout instauré sur les détails de l’évaluation de la 1re année, le gouvernement sera certainement interpellé au Parlement sur les engagements non respectés (Ph. L’Economiste)

Une année après son installation officielle, le gouvernement a tenu une réunion pour faire son bilan, vendredi dernier, à Rabat. Mustapha El Khalfi, porte-parole du gouvernement, avait annoncé, jeudi dernier, que cette rencontre sera consacrée à l’examen des performances de l’exécutif, dans le cadre d’une approche «d’auto-critique».

A l’issue de cette réunion, aucun détail n’a filtré concernant l’évaluation faite par l’équipe d’El Othmani de son action durant les derniers mois. La primature s’est contentée d’un communiqué laconique, qui ne répond pas aux exigences du droit des citoyens à l’accès à l’information.

«L’opinion publique sera informée des réalisations du gouvernement au titre de la première année de son mandat, à travers un document de synthèse, ainsi que la présentation des bilans élaborés par les différents départements ministériels».

Un exercice déjà réalisé par le gouvernement précédent, sans convaincre. Les réalisations étaient alignées sans mise en contexte, vidant cet exercice de son sens. Le citoyen étant privé des éléments permettant de faire le point sur l’évolution des différents dossiers.

Aujourd’hui, «l’examen du bilan consolidé de la 1re année de mise en œuvre du programme gouvernemental a permis de constater un taux de réalisation d’environ 88% de l’ensemble des mesures», peut-on lire dans ce document. Ce dernier ne détaille pas ces mesures ni leur impact sur la dynamique de croissance ou sur l’amélioration des conditions de vie des citoyens.

Le gouvernement s’est contenté de souligner que la «Commission interministérielle de suivi de la mise en œuvre du programme gouvernemental a exprimé sa satisfaction concernant différentes réalisations importantes, concernant les secteurs économiques, sociaux ou les grands chantiers de réformes».

Aucune précision ni données chiffrées portant sur «ces réalisations» n’ont été communiquée. Le gouvernement est en retard sur plusieurs dossiers. Certains chantiers sont en suspens, comme celui de la poursuite de la réforme de la compensation. Idem pour la Vision 2030 pour la mise à niveau du système éducatif. Les entreprises attendent toujours des mesures pour favoriser la relance de la dynamique économique.

Parallèlement, plusieurs instances sont encore en stand-by, en dépit de leur rôle stratégique. L’implication du Conseil de la concurrence aurait été décisive dans la polémique autour des prix de certains produits. D’autres instances, prévues par la Constitution, n’ont pas encore été mises en place, en dépit de l’adoption des lois relatives à leur organisation.

Cette réunion de l’exécutif a permis également d’identifier une série de contraintes, qui limitent les effets de son action. Là aussi, aucun mot sur ces difficultés. Le communiqué de la primature avance, néanmoins, que «des propositions de solutions ont été formulées, concernant certaines mesures en souffrance, ayant eu à affronter des difficultés de mise en œuvre».

Les discussions durant cette rencontre ont également porté sur «les priorités de la 2e année du mandat». Là aussi, il faudra attendre la diffusion du document de synthèse pour y voir plus clair. La mise en œuvre du Plan national de l’emploi devra certainement figurer sur cette liste d’actions prioritaires (Lire article). Idem pour le plan de promotion du secteur de la santé à l’horizon 2025, présenté le 19 avril dernier, lors de la réunion du Conseil de gouvernement.

Dialogue social: le bras de fer se poursuit

Une année après le départ de Abdelilah Benkirane, son prédécesseur, Saâdeddine El Othmani, n’a pas réussi à apaiser les relations avec les syndicats. Le bras de fer se poursuit à la veille du 1er mai. L’exécutif, qui a mis en avant, lors de la réunion d’examen du bilan de sa première année, «l’effet bénéfique sur l’ensemble des acteurs économiques et sociaux», a encore du pain sur la planche. Depuis l’installation officielle de son équipe, El Othmani n’a pas réussi à séduire les partenaires sociaux. Syndicats et patronat ont critiqué le manque de mesures concrètes, ayant un impact direct sur les citoyens et les entreprises. Plusieurs dossiers sont bloqués. En tête, la loi organique sur l’exercice du droit de grève, qui n’a pas été encore mise en place, et ce depuis une cinquantaine d’année.

 

 

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