Analyse

Ecole: Le statut d’enseignant bafoué

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5261 Le 27/04/2018 | Partager
Les cas de violence devenus «presque anodins»
Le personnel éducatif souffre de l’absence de conditions d’exercice
Une vague de départ à la retraite risque d’aggraver la crise des RH
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La répartition territoriale des effectifs est marquée de fortes disparités. Plus de 74% des enseignants sont concentrés au niveau de 6 régions, dont Casablanca-Settat, qui accapare 15% des ressources humaines

Les cas d’agression contre les enseignants se sont multipliés au Maroc ces dernières années, au point de devenir presque anodins. Le statut d’enseignant, auparavant respecté et parfois craint par les générations précédentes, semble actuellement bafoué.

Une situation qui témoigne d’une véritable crise de valeurs au niveau du système éducatif. Un constat conforté par les conclusions du dernier rapport sur «la promotion des métiers de l’éducation», rendu public récemment par le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation.

Ce document a mis l’accent sur «la faible protection de ce métier face à certains phénomènes, notamment la montée de la violence, verbale, physique et symbolique». Ce qui se traduit par l’apparition de certaines pratiques immorales au sein des classes. L’évaluation menée par le Conseil supérieur a mis à nu une série de dysfonctionnements ayant favorisé l’affaiblissement du statut de l’enseignant.

En tête, «l’absence des conditions d’exercice du métier, particulièrement dans les zones difficiles». Certains enseignants souffrent, à cause de ce contexte défavorable, «d’une instabilité psychologique, sociale et professionnelle». Ces difficultés ont contribué à la consécration de la perte de confiance dans l’école et dans le personnel en charge de l’éducation.

Pour les rédacteurs de ce rapport, l’affaiblissement du statut d’enseignant, se traduisant également par un déséquilibre entre les droits et les obligations professionnelles de cette catégorie, favorise certaines pratiques malsaines. Par exemple, plusieurs enseignants justifient leur recours à des cours de soutien à la faiblesse de leurs salaires. Ces dysfonctionnements qui caractérisent le système éducatif sont liés à un problème de gouvernance.

Durant les dernières décennies, «le rôle du personnel éducatif s’est limité à l’enseignement, l’inspection, l’orientation ou la gestion administrative. Cela, sans prendre en compte les nouvelles exigences, liées au renforcement de la coordination entre les rôles éducatifs et ceux favorisant la résolution de certaines situations difficiles, à travers l’innovation de nouveaux outils pour y faire face».

Au-delà de cette crise des valeurs, le système éducatif souffre également d’un véritable déficit en ressources humaines qualifiées. Une situation qui risque de s’aggraver, à cause du nombre important de départs à la retraite prévus dans les prochaines années. Actuellement, les effectifs du corps enseignant du public s’élève à 213.199 personnes, réparties sur les trois cycles. A l’horizon 2030, plus de 73.000 enseignants seront à la retraite, soit près du tiers du nombre actuel.

Cela, sans compter les cas potentiels de départ anticipé à la retraite. Plus de la moitié des futurs enseignants retraités relèvent du cycle primaire. Sur la même période, entre 2017 et 2030, le besoin en personnel éducatif dépasse les 124.500 personnes. L’essentiel des recrutements devront se faire au niveau du cycle secondaire. Le ministère de tutelle semble dépassé par l’ampleur des besoins urgents.

Le rapport élaboré par le Conseil, présidé par Omar Azziman, a pointé l’absence d’une approche anticipative pour combler ce déficit. Les méthodes adoptées pour répondre à ces besoins ne prennent pas en compte les critères de qualité et de compétence, indispensables pour assurer une implémentation efficiente de la Vision 2030.

Le Conseil supérieur a sévèrement critiqué les modes employés par le département de tutelle, particulièrement le recrutement direct ou par contrat, sans formation préalable. Les nouveaux enseignants sont affectés dans des établissements scolaires, sans maîtriser les outils de travail.

«Les formations prévues sont insuffisantes pour acquérir les compétences nécessaires, notamment à cause de leur aspect ponctuel, via des sessions épisodiques d’encadrement», selon le rapport du Conseil supérieur. Une situation compliquée par l’absence de la coordination et la complémentarité nécessaires entre les établissements universitaires dispensant des formations éducatives et les Centres régionaux des métiers de l’éducation.

Repères

  • 73.500 enseignants seront à la retraite à l’horizon 2030
  • 124.500 nouveaux enseignants pour combler le déficit sur la même période
  • 48% des besoins sont affichés par le cycle secondaire
  • 20% de ces besoins concernent le cycle primaire.

Disparités

Le déficit en ressources humaines qui caractérise le système éducatif est aggravé par une série de dysfonctionnements en matière de gouvernance. La persistance d’une gestion centralisée du secteur, en plus d’une disparité territoriale en matière de ressources humaines, risque de renforcer davantage les inégalités entre les régions et même entre établissements au sein d’une même collectivité. Parfois, «une même région peut souffrir d’un déficit en personnel éducatif, parallèlement à un surplus en enseignants, à cause de la mauvaise gestion et de l’absence d’un redéploiement de ces ressources pour combler les besoins», peut-on lire dans ce document.

                                                                           

Valeurs

La perte des valeurs au sein des écoles constitue l’un des principaux défis à relever pour favoriser une réforme efficiente du système éducatif. C’est l’un des principaux leviers à activer, selon la recette proposée par le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation. Le rapport élaboré par cette instance a mis l’accent sur l’importance du rôle du corps enseignant en matière de promotion des valeurs nationales et universelles dans les classes.

C’est l’une des missions dont sera chargée la nouvelle génération d’enseignants. Ils seront également appelés à assurer un suivi des parcours scolaires des élèves, en plus de l’identification des difficultés auxquels ils font face. L’idée est d’instaurer une nouvelle relation entre les enseignants et leurs élèves.

Au-delà de la relation verticale, l’objectif de cette réforme est de remanier la fonction des instituteurs, qui seront également appelés à s’impliquer davantage dans la conception des projets individuels de formation, notamment en termes d’accompagnement et d’orientation des élèves. La pacification des relations au sein des écoles nécessite aussi une plus grande prise en compte des droits des élèves et «la garantie de leur intégrité physique et la non atteinte à leur personne».

Le corps enseignant sera aussi appelé à assurer un appui psychologique et social aux élèves. Ces derniers seront tenus, de leur côté, de «respecter leurs obligations en matière d’assiduité et de discipline au sein des établissements scolaires».

 

 

 

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