Culture

«Off to Ouaga»: Histoire d’un aller sans retour

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5259 Le 25/04/2018 | Partager
L’ouvrage d’Abdelaziz Alaoui sur un deuil impossible
Après la disparition de sa fille Leila, talentueuse photographe et vidéaste
Une présentation accompagnée d’un ami de la famille, Mahi Binebine
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Pour le lancement au Maroc de son livre “Off to Ouaga”, Abdelaziz Alaoui est venu parler de sa fille Leila, dans la salle de cinéma de l’Institut français, à l’occasion du Festival du Livre de Marrakech  (Ph. Mokhtari)

«Qu’est-ce que tu es allée fabriquer à Ouagadougou ma tendre amie?» Mahi Binebine accompagne Abdelaziz Alaoui pour la sortie de «Off to Ouaga». Pendant le Festival du Livre de Marrakech, le père de la photographe Leila Alaoui, disparue en 2016, est venu parler de son deuil impossible.

A l’occasion du lancement de l’ouvrage au Maroc, les deux hommes ont tenu un dialogue sur le fil, entrecoupé de larmes et de beaucoup d’émotion. Binebine, ami de la famille, a lu, sans pouvoir aller au bout, sa lettre écrite la nuit où il apprend la disparition de Leila dans un attentat à Ouagadougou.

«Elle devait lever le pied après ce voyage. Elle avait 33 ans et voulait faire un enfant, peut-être deux» confie l’artiste. Mais comme elle le disait souvent à tous ceux qui s’inquiétaient de ses multiples missions, «nulle part, nous ne sommes à l’abri».

C’est l’histoire d’un drame que partage Abdelaziz Alaoui. «J’ai réalisé tout de suite que c’était irréversible. J’ai appris le vrai sens de la mort à cet instant. Cette absence à jamais durable». Ce livre, il ne l’a pas fait pour se faire du bien, encore moins pour accepter la disparition de sa fille, mais en l’écrivant, il se rapprochait d’elle. Et puis, il fallait répondre à toutes les questions que l’on pose à un homme, à une famille, dans de telles circonstances. Tant de colère semble encore le ronger.

Pour lui, faire son deuil est impossible. Il ne s’en donne pas le droit. «Je ne crois pas à tous ceux qui me disent qu’elle est encore là avec nous. Parfois, j’ai envie de leur répondre que non, qu’elle est ici, en pointant du doigt sa place au cimetière». Alors Binebine tente d’apaiser. «Ma mère a passé 20 ans de sa vie à attendre mon frère Aziz, détenu à Tazmamart. Son assiette était sur la table à chaque repas. Cette absence a été écrasante pour nous tous». Mais le mot «acceptation», Alaoui le refuse.

«Dans ce mot, il y a une notion de choix, et Leila n’a pas eu le choix devant les kalachnikovs». Ils y ont cru quelque temps quand elle était encore entre la vie et la mort. Puis, tout a été fini. «Off to Ouaga» ont été ses derniers mots à l’aéroport.

Aujourd’hui, sa femme Christine surtout et lui-même s’occupent du prolifique travail de la photographe et vidéaste, et de la fondation qui porte son nom. Autant de témoignages en images de ces «sans voix», de ces migrants et de leur désespoir, qu’elle savait si bien rendre dignes.

De ces identités culturelles aussi et de leurs réalités sociales. «Après sa mort, raconte Alaoui, nous avons découvert une masse de travail, le tout bien classé, rangé, étiqueté. C’est l’enfant qu’elle nous a laissé».

 

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