Economie

Maroc/Cedeao: Amadeus lève les appréhensions

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5258 Le 24/04/2018 | Partager
Une série de rencontres sans tabou pour crever l’abcès
Prochaines étapes: le Nigeria et le Ghana
Création à Abidjan d’une alliance pour le suivi de l’adhésion du Maroc
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Brahim Fassi-Fihri, président de l’Institut Amadeus: «Le Maroc est aujourd’hui un acteur ouest-africain incontournable et incontestable, ce qui légitime sa volonté de s’inscrire dans une plateforme d’intégration régionale aussi avancée que celle de la Cedeao» (Ph. D.S.)

«Les relations du Maroc avec les pays ouest-africains sont aujourd’hui profondes et arrimées à un partenariat d’exception. Il faut qu’elles soient institutionnalisées, et le cadre idoine et approprié reste la Cedeao», souligne Brahim Fassi-Fihri, président de l’Institut Amadeus, à Abidjan dans le cadre de la conférence qui s’est tenue vendredi dans la capitale économique ivoirienne à l’initiative du think tank marocain, sous le thème: «Le Maroc dans la Cedeao: Elargissement ou approfondissement?». Après Dakar, Amadeus et la CGEM ont mis le cap sur Abidjan.

Depuis l’annonce de la demande d’adhésion du Maroc à l’organisation sous-régionale, un débat passionné s’est installé sans que le Maroc n’y prenne part. La tenue de cette rencontre vise à débattre autour des principaux enjeux pour l’ensemble des parties prenantes, afin de dépasser leurs inquiétudes et recueillir leur soutien dans le processus d’adhésion du Maroc à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Globalement, l’Institut Amadeus analyse que le soutien politique ivoirien est fort et dépasse les clivages politiques ivoiriens (présence de l’ensemble du spectre politique), mais que les interlocuteurs ivoiriens estiment qu’au-delà des cercles politiques et d’élite, il faut engager une pédagogie de cette adhésion pour la société civile et travailler les différentes perceptions. Les milieux d’affaires demandent à avoir de la visibilité sur les conditions de cette adhésion et de la réciprocité dans l’ouverture des marchés.

Rappelons que la Côte d’Ivoire occupe une place prépondérante dans la région ouest-africaine dont l’économie et la population sont fortement intégrées, avec une influence directe sur les enjeux de stabilité et de développement. Près de 4 millions de résidents de la Cedeao vivent sur son sol. Le pays représente environ 35% du PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Ce type de rencontres sera dupliqué lors des semaines à venir au Ghana et au Nigeria pour passer du monde ouest-africain francophone vers le monde ouest-africain anglophone, d’autant plus qu’au niveau de ces pays, il y a une sorte de méconnaissance du Maroc.

Il faut situer cette volonté d’adhésion dans un contexte où les pays de la communauté mettent les bouchées doubles pour l’émergence économique, d’où l’importance d’ouvrir un débat «franc» autour d’une adhésion «profitable» à tous les pays de la communauté. «Cette réunion est d’autant plus importante qu’elle permet de souligner encore une fois que l’intégration n’est pas uniquement une question économique, mais aussi et surtout une question sociale et culturelle», insiste Abdou Diop, président de la Commission Afrique et Sud-Sud à la CGEM.

Le degré d’intégration politique et économique de ce bloc sous-régional force l’admiration. L’organisation régionale est aujourd’hui la plateforme d’intégration «la plus avancée» du continent et une référence. Au vu du contexte mondial actuel et des enjeux et challenges qui en découlent, son intégration est une démarche stratégique pour le Maroc, surtout dans une communauté soudée comme celle-ci. Le Maroc peut tout de même faire valoir qu’il n’a pas attendu le dépôt de la demande d’adhésion pour coopérer avec la région.

«Avec plus de 360 millions d’habitants, la communauté économique des Etats ouest africains compte d’immenses richesses, tant sur le plan humain, qu’économique. Un potentiel qui ne demande qu’à être mis en valeur et développé», fait valoir Abdelmalek Kettani, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire. Rappelons que l’adhésion du Maroc à la Cedeao a déjà obtenu un accord de principe des chefs d’Etat, en juin 2017 à Monrovia.

«Il ne s’agit pas d’une approche unilatérale, d’où l’importance d’un cadre de co-appropriation de la demande d’adhésion du Maroc. Le projet concerne la Cedeao tout entière», soutient Brahim Fassi-Fihri. Pour sa part, le directeur-adjoint du Centre ivoirien des recherches économiques et sociales (CIRES), N’Guessan Coffie, a souligné que le Maroc est un partenaire privilégié de l’Afrique de l’Ouest, comme en témoigne sa stature de premier investisseur africain dans cette région, ajoutant que les atouts aux plans organisationnel et technologique du Royaume pourraient en faire un «vecteur de la transformation structurelle de nos pays».

La rencontre a réuni responsables politiques, opérateurs économiques, universitaires et acteurs de la société civile ivoiriens et marocains, notamment Abdelmalek Kettani, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire, Ballo Zié, chercheur au CIRES, Ibrahim Sy Savané, président de la Haute autorité de la communication audiovisuelle de Côte d’Ivoire (HACA)… Plusieurs ONG ont encouragé l’initiative de ces débats, mais aussi accordé leur soutien à l’adhésion du Maroc. Parmi elles, figurent la Fondation Amadou Hampaté Bâ, le think tank Initiative de prospective agricole et rurale (IPAR)…

A l’issue des ateliers de réflexion tenus dans le cadre de la conférence, l’Institut Amadeus, le think tank Initiative de prospective agricole et rurale (IPAR) et le Centre ivoirien des recherches économiques et sociales (CIRES) ont annoncé la création d’une Alliance régionale pour le suivi de l’adhésion du Maroc à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Dnes à Abidjan, Modeste KOUAME

                                                                  

Verbatim

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Abdou Diop, président de la Commission Afrique et Sud-Sud à la CGEM: «La conférence d’Abidjan se veut un cadre de partage d’idées et de ressentis, mais aussi une plateforme pour échanger dans une logique de construction d’un partenariat où le Maroc pourra apporter sa pierre à l’émergence à la fois individuelle et collective en Afrique de l’Ouest».

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Abdelmalek Kettani, ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire : «L’intégration du Maroc à ce grand espace économique et politique fera de la Cedeao la 17e puissance mondiale en termes de PIB (760 milliards de dollars). Ce qui sera sans aucun doute une opportunité pour tous les pays membres de catalyser et consolider durablement leurs liens»

 

 

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