Dossier Spécial

SIAM 2018/ La viande de poulet infectée par les «riachas»

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5258 Le 24/04/2018 | Partager
Seuls 10% proviennent d’un abattoir agréé
En dix ans, le taux d’abattage insalubre a doublé
La mise à niveau bloque malgré le contrat-programme
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Depuis les sept dernières années, le chiffre d’affaires de la filière avicole est instable et varie autour de 28,3 milliards de DH avec un pic de 29,8 milliards de DH en 2013

Quand vous consommez du poulet, sachez qu’il y a de fortes chances qu’il ait été abattu dans un lieu insalubre. Ce qui représente un gros risque pour votre santé. En effet, selon les derniers chiffres de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa), à peine 12,4% du poulet vendu provient d’abattoirs industriels certifiés. Le reste (87,6%) étant abattu dans des tueries qui échappent à tout contrôle sanitaire.

C’est ce qu’on appelle les «riachas» (plumeurs de volaille). Cela nous vaut d’ailleurs d’être disqualifié sur de nombreux marchés à l’export. Moyennant une simple autorisation du président d’arrondissement, ils ouvrent un local et exercent deux activités à la fois: la vente et l’abattage dans des conditions dignes du Moyen Âge.

Aucun cahier des charges n’est exigé. Sur ce point, la profession reconnaît qu’il n’y a pas eu d’avancée. «Le problème persiste toujours. Nous sommes passés de 8.000 riachas en 2005 à 15.000 actuellement. Il y a quelques années, les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur avaient élaboré un cahier des prescriptions spéciales pour cette population, sans avoir jamais être imposé», déclare à L’Economiste Youssef Alaoui, président de la Fisa.

Au cours de la récente rencontre entre la profession et Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, il a été convenu de prendre des mesures fermes pour la mise à niveau de ces intervenants et l’interdiction de délivrer de nouvelles autorisations. Ce n’est pas la première fois que la promesse est faite. Les précédentes sont restées sans lendemain.

L’explosion du nombre de ces commerces d’abattage insalubre s’explique parfois par des considérations sociales, voire électoralistes. «C’est un faux raisonnement. Le fait d’arrêter de donner de nouvelles autorisations permettra l’émergence d’une filière plus forte et mieux intégrée, contribuera à la création de nouveaux emplois et augmentera la consommation», affirme Khaireddine Soussi, PDG de Feed and Food, une unité industrielle spécialisée dans la production d’additifs pour aliments de volaille. L’industriel relève que l’on a aménagé l’amont en délaissant l’aval.

L’abattage demeure donc le talon d’Achille de la filière qui ambitionne d’exporter en Europe et dans d’autres régions d’Afrique subsaharienne après la Mauritanie, le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

Le transport de poulet vif est un fléau. Chez certains producteurs, il se fait encore dans des caisses en bois alors que la réglementation préconise le plastique ou le métal pour éviter la dissémination des bactéries et des virus sur le territoire national. 

L’étroitesse du marché local a conduit certains producteurs à s’orienter vers l’export. Mais les volumes demeurent encore trop faibles. En 2017, le Maroc a exporté 18,4 millions d’œufs à couver poulet de chair, en hausse de 76,6%. Les exportations de poussins chair demeurent encore modestes: 302.000. Quant aux expéditions de viandes et produits à base de volailles, elles se sont élevées à 514 tonnes, en baisse de 37,1%.

Pour mettre à niveau l’amont de la filière, le gouvernement a signé un contrat-programme avec la Fédération nationale de l’agro-industrie (Fénagri) avec une composante dédiée à l’aviculture. «Le principe qui a été retenu consiste en une reconversion de 2.300 riachas, soit en points de vente, soit en abattoirs de proximité avec un budget de 30.000 DH par bénéficiaire», signale le président de la Fisa.

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 La multiplication des unités de production se traduit par une surcapacité et une forte pression à la baisse sur les prix

Sauf qu’un an après, le dispositif est au point mort. L’aviculture traîne un autre boulet: la surcapacité. De nombreux investisseurs ont jeté leur dévolu sur cette activité qui ne nécessite pas de gros investissements. Ce qui s’est traduit par une surproduction et une pression à la baisse sur les prix.

La consommation de viande de poulet évolue de manière irrégulière. Elle est passée de 17,2 kg par an et par habitant à 19,2 kg actuellement. Le contrat-programme vise à la porter 20 kg à l’horizon 2020. Mais pour y arriver, il va falloir gagner la bataille de la sécurité sanitaire en aval. Paradoxalement, le Marocain a consommé 140 œufs au cours de l’année 2017, en hausse de 28,6%.

Début avril, le prix du poulet vif départ ferme se négocie à 13 DH le kilo. Les professionnels sont unanimes à dire qu’il ne couvre pas le coût de revient. Dans certains commerces, le poulet abattu est vendu autour de 36 DH le kilo.
Les exportations de volailles sont pénalisées par le nombre réduit d’unités de production structurées et certifiées, mais également par l’insuffisance d’une offre logistique spécialisée en termes de transport et d’entreposage.

Par ailleurs, l’offre de fret aérien reste insuffisante. Ce qui ne permet pas d’exporter, par exemple, des poussins qui doivent voyager par avion dans la journée.
Toujours sur ce chapitre, l’industrie avicole fait actuellement l’objet d’un audit européen pour déterminer si la production est exportable. La Fisa s’attend à ce que le processus soit achevé avant fin 2018.

Exclue de la nomenclature de l’élevage

Bien que consistant en l’élevage de volaille, l’aviculture ne fait pas partie des activités reconnues comme telles par le gouvernement. Ainsi, seul l’élevage de bovins, d’ovins, de caprins et camélidés fait partie des activités éligibles à la fiscalité agricole. A l’image de l’aquaculture, de l’élevage des chevaux et autres équidés, de l’apiculture, l’aviculture est considérée comme une activité commerciale, voire industrielle. La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (Fisa) ne cesse de réclamer le reclassement de l’activité. La question a de nouveau été abordée au cours de la réunion qui a eu lieu, le mardi 10 avril, entre la profession et Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture.
Les professionnels espèrent que cette requête sera prise en compte lors de la préparation du projet de loi de finances 2019. La filière réclame également le remboursement de la TVA non apparente sur les œufs de consommation. La troisième requête porte sur la création d’une nomenclature douanière dédiée aux œufs SPF, utilisés par les laboratoires pharmaceutiques, notamment pour la fabrication des vaccins, et par les instituts de recherche.

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