Economie

Les zinzins marocains se détournent du private equity

Par Franck FAGNON | Edition N°:5256 Le 20/04/2018 | Partager
Les montants levés auprès de ces investisseurs sur une trajectoire descendante
1,3 milliard de DH mobilisé par les fonds transrégionaux en 2017
2,5 milliards de DH encore disponibles pour l'investissement
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Les échecs de certains fonds immobiliers et touristiques ont échaudé les assureurs notamment. Le développement des fonds transrégionaux et les barrières réglementaires expliquent par ailleurs la baisse des allocations en faveur du capital investissement

Le capital investissement a achevé l'une de ses meilleures campagnes en termes de levées de fonds en 2017. Hors fonds infrastructures, les sociétés de gestion auront mobilisé 1,3 milliard de DH, soit le troisième meilleur score en dix ans. Ces capitaux ont été recueillis essentiellement par les fonds transrégionaux, confirmant une tendance lourde depuis 2013.

L'autre constat majeur est le net recul des investissements des institutionnels locaux dans le private equity au profit des organismes de développement internationaux. «C'est quelque chose que nous observons depuis la deuxième génération de fonds», confirme Hassan Laaziri, président de l'Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC). La situation s'est amplifiée pour la troisième génération de fonds, c'est-à-dire depuis 2012.

La part des capitaux mobilisés par l'industrie auprès des banques et sociétés de gestion d'actifs est passée de 29% sur la période 2006-2011 à 5% entre 2012 et 2017. Sur ces deux périodes, elle a décroché de 8 points à 8% pour les compagnies d'assurance. Les réticences des assureurs envers le private equity ont plusieurs origines.

L'échec des investissements dans certains fonds les a refroidies. Beaucoup de compagnies d'assurance avaient investi dans des fonds immobiliers et touristiques, mais avec le retournement du marché immobilier, les performances n'étaient plus au rendez-vous.

Ces déboires ont aussi nourri une confusion entre les fonds immobiliers et touristiques et le capital investissement, relèvent les professionnels. Par ailleurs, l'évolution du paysage du capital investissement et la régulation ont contribué à la réduction des allocations des assureurs en faveur du private equity.

Aujourd'hui, «la tendance générale au niveau africain est d'avoir des fonds transrégionaux», observe le président de l'AMIC. La part des fonds localisés à l'étranger tend donc à augmenter pour répondre aux enjeux de développement à l'international. La volonté est notamment d'éviter les frottements fiscaux pour les opérations à l'étranger.

Pour les compagnies d'assurance, l'investissement dans les fonds transrégionaux nécessite des autorisations auprès de l'Autorité de contrôle des assurances. Le développement des organismes de placement collectif en capital (OPCC) pourrait accroître les allocations des assureurs pour le private equity. Cela dit, il reste un certain nombre d'obstacles à lever pour y arriver.

Plus de 4 milliards de DH investis en 2017

Les acquisitions des professionnels du capital investissement ont dépassé 4 milliards de DH en 2017. En se limitant aux membres de l'AMIC, les investissements ont chuté de 57% à 343 millions de DH en 2017. Le décalage de certaines opérations pour profiter des dispositions de la loi de finances 2018 sur le droit d'enregistrement explique en partie la chute des investissements en 2017.  L'on devrait avoir un exercice 2018 plus dynamique, indiquent les professionnels. Les fonds en phase d'investissement (hors infrastructure) disposent d'une enveloppe de 2,5 milliards de DH à placer. Le ticket moyen d'investissement est ressorti à 49 millions de DH en 2017. Entre la 2e et la 3e génération de fonds, il est passé de 7 à 13 millions de DH dans les entreprises en phase d'amorçage et de 42 à 52 millions de DH dans les autres (développement, transmission, retournement).
L'année dernière, l'activité a été particulièrement dynamique en matière de désinvestissement puisque les sorties ont totalisé 968 millions de DH en 2017 contre 745 millions de DH les cinq années précédentes (2012 à 2016). Les cessions au management, à des industriels ou en Bourse sont les voies de sorties privilégiées par les gérants. Entre la 2e et 3e génération de fonds les sorties en Bourse sont en net recul en nombre comme en valeur.

 

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