Analyse

Aménagement du territoire: Les disparités interrégionales se creusent

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5255 Le 19/04/2018 | Partager
Le développement de certaines zones s’accompagne de fortes inégalités
24 ans pour réduire les disparités régionales de moitié
Les gaps sociaux économiques sont visibles au niveau de l’accès aux services de base
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La concentration de la richesse au niveau de 5 régions traduit l’importance du gap à résorber. Ceci est d’autant plus important que ces inégalités interrégionales sont susceptibles de consacrer le clivage entre les habitants des territoires et fragiliser la cohésion sociale au niveau national
Source: Ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme

Les manifestations qu’ont connues des villes comme Al Hoceïma, Jerada ou Zagoura ont mis à nu les défaillances ayant marqué le processus de développement au Maroc. Il s’agit essentiellement d’une illustration des disparités territoriales qui limitent la portée de la dynamique de croissance.

Surtout qu’en dépit de la progression réalisée au niveau d’une région, «la richesse et l’inclusion sociale ne coïncident pas forcément. Une croissance économique peut s’accompagner de performances médiocres en matière de développement humain et social». C’est ce qui ressort du rapport sur les «dynamiques et disparités territoriales», réalisé par le département de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme.

Cette «analyse des dynamiques spatio-temporelles du développement entre 1999 et 2014», a mis l’accent sur l’évolution de deux types d’inégalités au Maroc. «Celles dominantes, liées à un retard de développement, et d’autres, nouvelles, dans des territoires où le dynamisme économique peut côtoyer de fortes inégalités».

Ce rapport a tiré la sonnette d’alarme concernant les menaces que laisse planer cette situation. Ces inégalités étant dotées d’une force d’inertie et de reproduction, susceptibles de consacrer durablement le clivage entre les habitants des territoires.

Aujourd’hui, le creusement des inégalités entre les différentes zones du Maroc a atteint un tel niveau qu’il faudrait 24 ans pour que le processus de convergence arrive à réduire les disparités régionales de moitié, comme cela a été expliqué dans une étude du HCP sur la base des résultats de l’Enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages.

Entre 2004 et 2014, «les effets combinés des dynamiques économiques et démographiques ont donné lieu à une concentration spatiale de la richesse». Résultat: les 5 régions les plus peuplées, avec 70% de la population totale, concentrent les ¾ du PIB.

Il s’agit de Casablanca Settat, Rabat-Salé-Kenitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Fès-Meknès et Marrakech-Safi. Elles ont réalisé 72% de la croissance entre 2001 et 2014, selon ce document. Entre 2012 et 2018, elles ont accaparé 70% des créations d’entreprises.

Ces gaps socioéconomiques interrégionaux sont visibles au niveau de l’accès aux services de base. Ce rapport pointe la persistance d’un fort taux de chômage, particulièrement des zones comme Taza-Al Hoceïma. Idem pour l’égalité des genres en matière d’accès à l’emploi. Si l’écart de base est de 3 points avec le taux féminin et masculin au niveau national, il dépasse 4 points dans certaines régions comme l’Oriental.

Ces disparités concernent également l’accès aux soins, avec de fortes inégalités en matière de répartition des ressources médicales. Plus de 61% des médecins sont concentrés au niveau de quatre régions. Il s’agit du Grand Casablanca (31%), Rabat-Salé-Zemmour-Zaër (14%), Marrakech-Tensift-El Haouz (8,5%) et Tanger-Tétouan (8%).

Les répercussions sont considérables, avec un écart important en termes d’espérance de vie à la naissance, pouvant atteindre 10 ans par exemple entre le Grand Casablanca et Taza-Al Hoceïma-Taounate. Le rapport élaboré par le département de l’Aménagement du territoire a listé d’autres aspects de ces disparités, notamment en matière d’accès à un logement décent.

Les politiques de résorption du déficit en habitat et la lutte contre l’insalubrité urbaine sont loin de répondre à une vision cohérente de mise à niveau urbaine. Il s’agit plus d’une approche réparatrice qu’anticipative. D’où l’importance d’une «planification stratégique en amont, dans le cadre d’une vision globale de la politique de la ville».

Indicateurs

Les rédacteurs de ce rapport sur les disparités territoriales se sont basés sur trois grandes familles d’indicateurs. Ceux relatifs à la contribution des territoires à la création des richesses, ceux portant sur l’inclusion et la cohésion sociale, et ceux liés à la viabilité écologique de ces zones. Le choix a aussi porté sur la période allant de 1999 à 2014, marquée par l’augmentation du rythme des investissements de l’Etat et par des changements institutionnels, particulièrement l’entrée en vigueur de la régionalisation avancée. L’objectif est de faire le point sur des «évolutions différenciées au niveau territorial».

 

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