Tribune

Dix vérités sur l’affaire du Sahara

Par Rachid LAZRAK | Edition N°:5253 Le 17/04/2018 | Partager

Rachid Lazrak est universitaire. Il exerce actuellement l’activité de conseil juridique et fiscal. Il est l’auteur du livre «Le contentieux territorial entre le Maroc et l’Espagne». Il a été membre de la délégation marocaine à l’ONU en 1974 et 1975. Il a également été membre de la délégation qui a défendu le dossier du Sahara devant la Cour internationale de justice de La Haye en 1975.(Ph. R.L.)  

L’affaire du Sahara dure depuis 44 ans sans qu’elle trouve «une solution mutuellement acceptable par les parties», selon la terminologie de l’ONU. Le problème est que l’ONU veut résoudre cette affaire en recourant à des concepts qu’ignore le droit international comme les «parties concernées» ou «parties intéressées», alors qu’il n’y a, en réalité, que deux parties concernées: le Maroc et l’Algérie. En effet, cette affaire cache des vérités qu’il est temps de rappeler ou encore de dévoiler. J’en citerai dix:

■ La première vérité est que l’affaire du Sahara est une pure invention des autorités algériennes. Le problème aurait pu trouver sa solution dès 1974 si ces  autorités l’avaient voulu car le Polisario est avant tout une création de l’Algérie et personne n’imagine aujourd’hui l’existence du Polisario sans le soutien de l’Algérie.

■ La deuxième vérité est que la Cour internationale de justice de La Haye s’est prononcée sur la marocanité du Sahara, dans son avis consultatif, et a déclaré clairement que le Sahara occidental n’a jamais été une  terra nullius (territoire sans maître) et que des liens historiques et juridiques, notamment par le biais de la Baia, existaient, depuis des siècles, entre les tribus de ce territoire et les rois du Maroc.

■ La troisième vérité, c’est le gâchis considérable auquel nous assistons, tous impuissants, pour les deux peuples, mais également pour les peuples de la région, depuis plus de 44 ans. Le coût économique est immense et se chiffre en plusieurs milliards de dollars et en perte de plusieurs points de développement. Le manque à gagner est énorme sur tous les plans,  en raison de la fermeture de la frontière entre les deux pays. A cela s’ajoute l’absence de collaboration en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme.

■ La quatrième vérité est qu’il est temps que tout le monde, et notamment le peuple algérien, connaisse les tenants et aboutissants de cette affaire et pose les véritables questions: pourquoi cet acharnement  des autorités algériennes et surtout pour quels résultats?

■ La cinquième vérité concerne les raisons objectives de cet acharnement, sachant que, très probablement, il y a des raisons personnelles et d’autres qui ne relèvent pas de la politique mais plutôt de la psychanalyse. Les raisons objectives se ramènent à une seule: c’est l’attitude adoptée, il y a 44 ans,  par le président  Boumediene  et son ministre des Affaires étrangères Bouteflika: éviter, par tous les moyens, que le Maroc récupère, de façon définitive et légale, ses provinces du Sud, qu’ils pensaient être riches en pétrole, gaz et phosphate, et devienne une puissance régionale susceptible de concurrencer l’Algérie, sur le continent africain, en plus d’un certain goût de revanche, datant de la guerre des sables d’Octobre 1963. Pour cela, Bouteflika  a cherché par tous les moyens à faire aboutir un plan qu’il a  établi mais qu’il n’a jamais pu mener à sa fin, depuis qu’il était ministre des Affaires étrangères, puis président de la République algérienne. Ce plan  vise  trois objectifs: couper le Maroc  de ses racines africaines, aboutir à son encerclement terrestre, disposer d’un passage vers l’Atlantique à travers un Etat inféodé à l’Algérie. Ce raisonnement peut sembler dépassé au moment où il n’y a plus de guerre froide, où les alliances se sont remodelées, où la politique des axes n’est plus d’actualité, et surtout où la constitution de grands ensembles régionaux est devenue nécessaire pour faire face à la mondialisation et au phénomène du terrorisme. Mais ce que l’on oublie souvent, c’est que Bouteflika est justement un pur produit de cette époque et en diplomate expérimenté (il a été ministre des Affaires étrangères de son pays de 1963 à 1979), il a tout fait et continue à le faire, par procuration, pour que le Maroc ne puisse enlever l’épine de l’affaire du Sahara et reprendre sa liberté de mouvement, sur le plan international.

■ La sixième vérité concerne les moyens colossaux mis en place pour faire aboutir ce plan, même au détriment des intérêts des Algériens. Mais, malgré des efforts considérables, ce plan n’a pas abouti car il a été contrarié par un certain nombre de faits ou d'événements dont certains lui sont imputables et d'autres imposés par l'évolution de l'actualité politique.  Seule la période, entre 1979 et 1999, pendant l’absence de Bouteflika du pouvoir,  que les relations maroco-algériennes ont connu un véritable réchauffement avec la création, notamment, de l’Union du Maghreb arabe, à Marrakech, en 1988.
Depuis 1999 à nos jours, avec le retour de Bouteflika au pouvoir, la diplomatie algérienne s'est réactivée et a essayé de rattraper le temps perdu en contrecarrant les efforts du Maroc et ceux des Nations unies pour trouver une solution pacifique au problème du Sahara. L'agressivité de la diplomatie algérienne s'est particulièrement manifestée au niveau des entraves à la première mouture du plan de James Baker, préconisant une large autonomie des provinces sahariennes, dans le cadre de la souveraineté marocaine. Tout ceci, mais pour quels résultats?

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Installée depuis 1991, la Minurso verra son mandat prorogé de 12 mois jusqu’au 30 avril 2019 (Ph. Bziouat)

■ La septième vérité concerne les résultats de cet acharnement. Pour les autorités algériennes, c’est l’échec total, car le plan consistant à couper le Maroc de l’Afrique a complètement échoué et a abouti au résultat inverse. Le Maroc est dans son Sahara et sa présence en Afrique est saluée de partout. Ce qui explique les voix dissonantes et de plus en plus nombreuses qui commencent à critiquer l’attitude des autorités algériennes dans cette affaire. Le meilleur exemple est la déclaration de Ammar Saâdani, ex-secrétaire général du FLN, qui a déclaré, au sujet de l’affaire du Sahara,  que s’il devait dire le fond de sa pensée, le peuple algérien descendrait dans la rue.

■ La huitième vérité concerne l’attitude du Maroc face à cet acharnement. Elle peut être résumée dans l’intégration irréversible du Sahara, les discours fermes dénonçant le double langage d’Alger, la  politique du Maroc envers l’Afrique de l’Ouest et même de l’Est, la position des pays du Golfe en faveur du Maroc, la réintégration du Maroc à l’Union Africaine, et demain, l’expulsion de la RASD.

■ La neuvième vérité est que le Maroc ne renoncera jamais à ses provinces du Sud, quel qu’en soit le prix. Aucune armée dans le monde ne pourra le faire sortir de son Sahara. Il faut que les autorités algériennes assimilent une fois pour toutes cette donnée. Leur fuite en avant et leur entêtement dans cette affaire sont  une perte de temps et d’argent pour eux et pour toute la région.

■ La dixième vérité est  que les chefs des autres Etats, notamment ceux des Etats africains, ne sont pas dupes et connaissent  parfaitement les véritables motivations des autorités algériennes dans cette affaire. Aujourd’hui, l’attitude de ces autorités dans l’affaire du Sahara commence à «agacer», et semble bien anecdotique par rapport aux priorités auxquelles est confrontée l’Afrique: lutte contre le terrorisme, développement économique et social, problème de démocratie et de gouvernance, réforme des institutions.

 

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