Analyse

Valorisation des co-produits oléicoles Le Maroc vend son savoir-faire aux autres...

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5249 Le 11/04/2018 | Partager
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Pour Noureddine Ouazzani, directeur de l’Agropole olivier de Meknès, «le Maroc serait en mesure d’accueillir 10 autres projets de valorisation de biomasse d’une puissance de 10 MWe. Ces projets pourraient se réaliser dans le cadre d’un Partenariat Public-Privé (PPP)» (Ph YSA)

Dans cet entretien, Noureddine Ouazzani, directeur de l’Agropole olivier de Meknès, démontrent comment les co-produits de l’olivier constitue de réels gisements énergétiques et économiques. Les sols fertilisés par les margines et le grignon sont plus rentables avec une  production plus élevée et un taux d’accroissement important.

Un savoir faire développé par le Maroc et «vendu» aux pays méditerranéens, souvent concurrents, qui en font le meilleur usage car régulé par des lois. Au Maroc, les margines ne sont pas réutilisées car il n’y a pas encore de législation en la matière.... Décryptage.

- L’Economiste: Les rejets des huileries constituent un réel danger pour l’environnement. Comment éliminer cette menace tout en profitant de ces résidus?
- Noureddine Ouazzani:
La problématique environnementale est l’une des préoccupations actuelles de la filière oléicole au Maroc. Particulièrement, les margines et les grignons humides. Pour le cas des margines, les résultats du projet CFC/IOOC/04 réalisé par l’Agro-pôle Olivier, en tant qu’Agence d’exécution du projet,  au profit du Maroc, Algérie, Tunisie et Syrie, ont confirmé que l’épandage de ces résidus et du compost des grignons d’olives sur les terres agricoles est une technique d’élimination simple, efficace et peu onéreuse. Cette méthode assure une fertilisation adaptée à l’olivier, vigne et certaines cultures annuelles, sans risques ni pour l’environnement ni pour la culture. Cependant, l’épandage des margines (50 à 80 m3/ha) sur les terres agricoles doit respecter les bonnes pratiques. Il faudrait impérativement mettre en place des textes de lois organisant et réglementant les quantités épandues sur les terres agricoles, à l’instar des principaux pays oléicoles européens.  
 
- L’Agro-pôle de Meknès a accompagné plusieurs pays de la Méditerranée dans l’épandage des margines. Les résultats sont-ils encourageants?
- Tout à fait. En Tunisie et en Syrie, à titre d’exemple, l’on a opté pour l’aménagement de 4.000 ha de sol agricole pour recevoir les margines issues de l’extraction de l’huile d’olive. Les abonnés à ce service paient jusqu’à 6 dinars/m3 selon la capacité de réception. Avant d’entamer cette expérience, le pays avait mené une étude, durant 12 ans, afin de mesurer l’effet de l’épandage des margines et des grignons sur le sol. Au final, les résultats étaient probants. Ils ont montré que les parcelles ayant reçu plus de 100 m3/ha ont une production plus élevée avec un taux d’accroissement de 33,5%. Ainsi, l’épandage des margines et grignons peut constituer une solution envisageable, aussi bien pour se débarrasser de ces effluents que pour améliorer la fertilité du sol. Ces résultats ont servi à l’élaboration d’une loi tunisienne récente, qui autorise l’épandage de 50 m3/ha tous les 2 ans sur la même parcelle (décret n°1308/2013). Et afin d’éviter d’éventuels problèmes environnementaux, l’épandage est mis sous contrôle. Pour le Maroc, un arrêté ministériel concernant ce volet est en cours de préparation. Ses initiateurs savent qu’en valorisant la biomasse de l’olivier on sauve la planète.   
 
- Quel est l’apport de l’Agropole dans cette démarche?
- Nous sommes convaincus que l’amélioration de la compétitivité de la filière oléicole passera par la valorisation des co-produits de l’olivier notamment de la biomasse générée annuellement par la filière oléicole. Elle représente une source énergétique renouvelable, mais aussi importante, surtout si on sait que le noyau d’olive représente un pouvoir calorifique de l’ordre de 5kWh/kg. Cette source est disponible pour la production d’énergie thermique, électrique et/ou bio-combustible, représentant ainsi des avantages environnementaux et économiques indéniables pour cette filière. Dans ce contexte, la région Fès-Meknès, le plus grand pôle oléicole et industriel du Maroc, dispose d’une capacité de trituration de plus de 16.000 tonnes d’olives par jour et des infrastructures industrielles de traitement des sous produits de l’Olivier (Olea Food) qui peuvent mobiliser un gisement de biomasse annuel de plus de 200.000 tonnes, soit l’équivalent de 30% de la facture annuelle de l’électricité de Meknès (200 millions de DH environ). Avec l’approbation de la loi 13-09, le projet «Olea Green Food Meknès» reste l’un des projets innovants d’énergie renouvelable pour l’amélioration de la compétitivité de la filière et surtout pour une oléiculture durable respectueuse de l’environnement. Notons que ce projet, labellisé COP22 et MED COP, est en cours de développement par le groupe LCM-Aïcha, Green Of Africa, Veolia et la Ville de Meknès, avec l’appui du ministère de l’Agriculture et de la région Fès-Meknès.

- L’expérience de Meknès pourrait-elle bénéficier à d’autres régions?
- A Meknès, «Olea Green-Food» est un projet pilote qui témoigne de la capacité d’innovation de la filière oléicole marocaine, et de la volonté de tirer vers le haut l’ensemble de la profession. Ce projet est duplicable dans les autres régions oléicoles marocaines. Signalons que le Royaume prévoit l’extension des superficies oléicoles à 2 millions d’hectares d’oliviers en 2030. A cette date, le Maroc serait en mesure d’accueillir 10 autres projets similaires d’une puissance de 10 MWe. Des projets qui pourraient se réaliser dans le cadre d’un Partenariat Public-Privé (PPP). Ainsi la filière oléicole marocaine continuerait à se développer et se hisser au rang des grands producteurs internationaux et surtout promouvoir le développement macroéconomique de notre pays en créant de nouveaux métiers, comme celui de la valorisation bioénergétique de la biomasse de l’olivier.

Une mine d’énergie

Pour Ouazzani, «le Maroc, peu doté en ressources énergétiques conventionnelles, dépend quasi totalement de l’extérieur pour son approvisionnement en sources d’énergies modernes». Cette dépendance énergétique était de l’ordre de 95,5% en 2011, soit l’équivalent de 16,9 millions Tonne Equivalent Pétrole (MTEP) qui correspond à une facture énergétique globale du Maroc de 89,8 milliards de DH, dont 81,4 milliards de DH pour les produits pétroliers. La facture énergétique pèse lourdement sur les équilibres économiques et financiers. Ce qui a obligé le Maroc à adopter une loi relative aux énergies renouvelables reposant sur la diversification des sources d’énergie et l’exploitation des ressources naturelles d’énergies renouvelables.

Propos recueillis par Youness SAAD ALAMI

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