Competences & rh

Livre/L’école au centre de la guerre des idéologies

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5248 Le 10/04/2018 | Partager
Des réformes guidées par des aléas politiques et des réponses à des crises
Absence de conceptualisation et de formalisation des décisions
Réflexions critiques de Rahma Bourqia, directrice de l’Instance d’évaluation de l’éducation
penser_lecole_penser_la_societe_048.jpg

Dans son ouvrage, «Penser l’école, penser la société», Rahma Bourqia, sociologue, anthropologue, directrice de l’Instance nationale d’évaluation de l’éducation, présente l’école comme un miroir qui renvoie à la société sa propre image. Une image avec ses contradictions, ses conflits, que la société rejette et critique. Ceci amplifie la crise de l’école, détestée et livrée à elle-même

Tout le monde parle de l’école publique, mais qui se soucie de l’analyse de son modèle? «Il n’existe que très peu de productions scientifiques autour de l’école. Nous sommes face à un manque flagrant de recherches et d’analyses conceptuelles. L’essentiel des publications relève de la didactique», regrette la directrice de l’Instance nationale d’évaluation du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique, Rahma Bourqia.

Egalement sociologue et anthropologue, Bourqia a publié fin 2017 un ouvrage autour du système éducatif, intitulé «Penser l’école, penser la société». L’auteur a récemment présenté son livre à la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud de Casablanca.

Rahma Bourqia, première et unique femme à avoir présidé une université (Mohammedia) au Maroc, membre de l’Académie du Royaume, y livre des réflexions autour des défis auxquels l’école est aujourd’hui confrontée, avec un regard critique et des avis sans concession. Elle présente, en outre, un plaidoyer pour une école qui s’inscrit dans la modernité, sans pour autant présenter de solutions toutes faites. «Il n’existe pas de recette magique», se défend-elle.

Il est clair que l’école a besoin d’être repensée. Sauf que jusqu’à présent, toutes les tentatives de réformes menées se sont soldées par des échecs. «Les réformes furent le produit de conjonctures et d’aléas politiques, ou des réponses à des crises. Par ailleurs, les décisions ne sont pas toujours formalisées et conceptualisées par de véritables projets», explique Rahma Bourqia. L’école a longtemps été un terrain de conflits idéologiques.

«L’aspect pédagogique a toujours été absent. C’est l’idéologique qui comptait», confirme le sociologue Hassan Rachik. L’arabisation, par exemple, a été décrétée du jour au lendemain, du primaire au secondaire, sans préparation aucune, pour des considérations idéologiques et politiciennes.

La création de départements d’études islamiques dans toutes les facultés de lettres dans les années 70 avait pour objectif de contrecarrer l’enseignement de la philosophie et de la sociologie, qui ont été confinées aux universités de Rabat et de Fès. L’objectif était de faire face à la montée du mouvement des étudiants marxistes. «Les missions de l’école ciblent moins l’émancipation des individus que la satisfaction de demandes diverses, parfois contradictoires, de la société», insiste Bourqia.

Pour l’auteur, «refonder le système et lui tracer une nouvelle voie dans un contexte changeant appellent à un pacte social autour de l’école… L’idée directrice est de concevoir des réformes qui reflètent les principes et valeurs annoncés par le contrat social que représente la Constitution de 2011».

Or, le projet de société marocain n’a pas été accompagné par un effort de théorisation et de conceptualisation permettant de lui donner un sens et de décliner clairement son contenu. «Même la Constitution renferme des contradictions. Nous sommes restés sur une approche consensuelle où il faut faire plaisir à tout le monde. A l’école aussi, on enseigne tout et son contraire», déplore le sociologue Mohamed Sghir Janjar. La partie n’est donc pas gagnée d’avance.

Dans son ouvrage, Rahma Bourqia revient sur plusieurs défis auxquels l’école se heurte aujourd’hui, dont le numérique, l’enseignement du fait religieux, le rôle des enseignants, l’évaluation, les mutations de la société… Ci-dessous, des réflexions choisies.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc