Culture

Art Plastique: Cotonou-Rabat, via Marrakech

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5248 Le 10/04/2018 | Partager
5 artistes béninois invités à la galerie Expression CDG
Fruit d’une résidence au Jardin Rouge de la fondation Montresso
Des créations contemporaines, une Afrique moderne
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Dominique Zinkpé, le doyen de l’équipe et commissaire de l’exposition est un artiste iconoclaste que beaucoup comparent hâtivement à un Jean Michel Basquiat. Peinture, sculpture, installation, vidéo… Zinkpé s’approprie autant de médiums pour donner libre cours à sa créativité (Ph. Montresso)

Quand la scène artistique béninoise s’exprime à Rabat, cela donne une exposition à l’image de la richesse culturelle et des expressions créatives de l’Afrique. 5 artistes, talentueux, de Cotonou qui tordent le cou «aux idées préconçues et réductrices de l’exotisme et l’innocence de l’art africain», comme le précise Dina Naciri la directrice de la fondation CDG.

«In-soumission»  est le fruit d’une résidence initiée par la fondation Montresso qui a donné carte blanche à un collectif d’artistes, pour venir s’exprimer au Jardin Rouge de Marrakech avec comme seul mot d’ordre: l’indiscipline! Dominique Zinkpè, doyen du collectif, a réuni autour de lui: Ishola Akpo, Charlie d’Almeida, Gérard Quenum et Nathanaël Vodouhè, pour ce qui a été pour l’équipe de la fondation comme «l'une des résidences les plus animées de l’histoire de Jardin Rouge».

«In-discipline  pourrait cacher un jeu de mots! Indiscipline telle qu’on le lit dans le Petit Larousse, ou «In» au sens anglais, qui exprimerait alors collé par un trait d’union à Discipline, le contraire de l’Indiscipline. Cette ambiguïté de lecture et de compréhension traduit alors vraiment ce que cache ce programme» annonce Jean-Louis Haguenauer, président de la fondation Montresso. Résultat  une exposition complexe et diverse.

Loin de se cantonner à une écriture plastique, les travaux des 5 artistes s’approprient toutes sortes de médiums pour autant qu’ils leur permettent de s’exprimer: installation, photographie, peinture, sculpture, vidéo… À travers leurs créations, ils questionnent avec conviction nos sociétés, non sans un trait d’humour et de poésie.

Ils renvoient les reflets des facettes de notre monde et de notre continent à travers des mediums pluriels sans cesse renouvelés. Avant de s’installer à l’Espace Expressions CDG du 5 avril au 6 mai 2018, l’exposition a été présentée lors de la foire d’art contemporain africain «Marrakech 1.54», pour un projet que la fondation veut «pluriel, itinérant et ouvert à tous», précisant que le Bénin a été le premier pays honoré, mais que les programmes des deux prochaines années sont déjà décidés.

En tout cas la première étape béninoise est plus que réussie et donne à voir un panorama des plus éclectiques. Place au maître: Dominique Zinkpé, l’artiste béninois le plus iconoclaste, celui que les critiques n’hésitent pas à surnommer le Basquiat Vaudou. Mais de Basquiat, Zinkpé ne retient que l’énergie. Une énergie qui lui donne ce trait singulier qui se reconnaît sur la toile; intimiste, puissant, provoquant.

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Le travail photographique d’ Ishola Akpo joue sur différents niveaux de lectures des images et en fait des métaphores plurielles. Les images mixtes, entre réalité et fiction, restent au centre de son travail (Ph. Montresso)

Des personnages tortueux, surnaturels,  à mi-chemin entre humain et animal tournoyant  sur la toile comme pour raconter notre comédie humaine. Les tableaux  côtoient d’étranges totems faits d’une multitude de petites figurines de bois amalgamés. Comme ces petites statuettes, hommes et femmes, régulièrement utilisé dans le culte des jumeaux au Bénin.

Pour l’artiste, qui est également le commissaire de l’exposition, l’absence d’une école des beaux-arts au Bénin est loin d’être un handicap pour la maîtrise des langages plastiques universels et des prouesses créatives. Prouesses au service de questionnements sur autant de problématiques. 

A l’instar des explorations photographiques d’Ishola Akpo qui questionnent  l’identité de soi et de son rapport à autrui, ou  des cohortes d’âmes sculptées fusant des mains de Nathanaël Vodouhè qui illustrent son nouveau concept: lier la dépendance et la consumation qui témoignent de la récurrence destructrice et sans doute masochiste de l’homme. Charly d’Almeida, sondeur de l’âme et de la matière, nous plonge dans son univers où le métal occupe une place d’honneur.

Avec assurance et habileté, et fort de ses croyances, il crée toutes sortes d’assemblages à partir de morceaux de métal récupérés. Les valses de Gérard Quenum, scènes de vie singulière inventées ou vécues, constituent des actes picturaux forts de quelques traits ou de traces colorées. «Chacun de nous capture le monde selon son filtre, non sans une certaine indiscipline propre à la création» résume le commissaire de l’exposition.

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