Economie

Huiles contaminées et transformateurs: Une seconde vague de valorisation

Par Nadia DREF | Edition N°:5246 Le 06/04/2018 | Partager
Un financement de 7,7 millions de dollars dont 2 millions accordés par le Fonds pour l’environnement mondial
Objectif: décontamination d’environ 1.740 transformateurs et de 540 tonnes d’huiles
Exportation pour destruction de près de 600 tonnes d’équipements contaminés vers des centres spécialisés
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La plateforme de Bouskoura est la première du genre en Afrique et dans le monde arabe. Elle assure la décontamination et la réhabilitation des transformateurs contaminés collectés sur le territoire ainsi que le traitement  et la déchloration des huiles polluées en vue de leur valorisation (Ph. MME)

Le département de Nezha El Ouafi vient de lancer la deuxième phase du programme de gestion et d’élimination des PolyChloroBiphényles (PCB). Une initiative financée par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Sur une demande du Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable, le FEM a accordé 2 millions de dollars pour cette nouvelle étape qui sera réalisée avec l’assistance de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) en tant qu’agence d’exécution.

Le budget alloué, à ce programme étalé sur une période de trois années, englobera également 5,7 millions de dollars sous forme de cofinancement. «L’objectif est de capitaliser sur les acquis de la première phase qui a été réalisée pendant la période 2010-2017, afin de rendre le processus de gestion et d’élimination des PCB pérenne et durable», souligne la secrétaire d’Etat Nezha El Ouafi. Et d’ajouter: «Cette 2e phase permettra de garantir la pérennité du fonctionnement de la filière PCB par le renforcement de nos capacités nationales en matière de gestion sécurisée».

La deuxième phase vise la décontamination au sein de la plate-forme de Bouskoura d’environ 1.740 transformateurs et 540 tonnes d’huiles contaminées. S’y ajoutent près de 600 tonnes d’équipements contenant des PCB purs qui seront exportés vers des centres spécialisés à l’étranger pour élimination. Autre objectif: La réalisation d’une campagne d’analyse de 20.000 transformateurs susceptibles d’être contaminés par ces matières dangereuses.

Le volet législatif n’est pas en reste. Le Secrétariat d’Etat vise le renforcement et l’adoption d’un cadre réglementaire régissant la gestion écologiquement rationnelle des PCB. «La gestion durable des PCB contribuera à la création d’opportunités d’emplois verts directs et indirects. Ce qui permettra de générer des revenus à un certain nombre de familles, d’améliorer le cadre de vie des citoyens, tout en éliminant les impacts sanitaires éventuels liés à la mauvaise gestion de ces produits chimiques», fait valoir Nezha El Ouafi.

Plusieurs actions sont dans le pipe. La tutelle annonce la poursuite des tâches de décontamination des équipements qui n’ont pas pu être traités lors de la première phase (70% des matériaux recensés). Au programme, la fourniture d’une assistance technique aux secteurs publics et privés pour leur permettre d’améliorer leurs capacités à surmonter les obstacles identifiés en matière de gestion sécurisée et durable des équipements contaminés mais aussi à travers l’élimination en toute sécurité des huiles, des équipements et des déchets contenant des PCB. La deuxième phase du programme vise également la pérennité du fonctionnement de la filière par le renforcement des capacités nationales en matière de gestion sécurisée de ces produits chimiques.

L’enjeu final étant de permettre au Maroc de se conformer intégralement aux dispositions de la convention de Stockholm, notamment l’arrêt de l’utilisation des équipements contaminés à plus de 50 PPM et l’élimination de tous les appareils et déchets contenants ou contaminés par les PCB à l’horizon 2028.

Bilan de la 1re phase

La première phase (2010-2017) a été réalisée avec l’assistance technique de l’ONUDI et du PNUD. Elle a été marquée par la réalisation des inventaires d’équipements contaminés ainsi que le traitement de plus de 1.500 tonnes d’équipements (environ 30% des équipements inventoriés). Cette période a connu également la création de la Commission nationale des PCB et de la mise en place, à Bouskoura, de la première plate-forme de traitement et de réhabilitation des appareils électriques contaminés. Cette structure constitue, d’ailleurs, la filière de valorisation de ces appareils. Elle fait partie du programme national de valorisation des déchets (PNDM) dans la perspective d’une transition vers l’économie verte visée par la Stratégie nationale du développement durable (SNDD). Par ailleurs, plusieurs pays africains ont fait part de leur intérêt pour l’expertise acquise par le Maroc dans ce domaine. «La plate-forme, première du genre en Afrique et dans les pays arabes, pourrait être mise à la disposition des pays africains et contribuera au transfert de technologies et de savoir-faire dans le cadre de la coopération Sud-Sud en matière de lutte contre les PCB», souligne la ministre Pjidiste.

                                                                  

Une plateforme aux normes

La plateforme de Bouskoura a été réalisée en 2015 par le consortium franco-marocain Tredi-Maroc/Maintenance Environnement (TREDI-MME) dans la zone industrielle de Bouskoura, sur une superficie de 1.300 m². Sa capacité est d’environ 80 transformateurs par mois.

La plateforme dispose de trois composantes. Une unité de démantèlement des appareils qui permet de récupérer et de revaloriser, après traitement, les masses métalliques et les matériaux nobles (acier, fer magnétique, cuivre) extraits. Une deuxième unité de traitement des huiles contaminées permet le traitement écologiquement rationnel des huiles contaminées par les PCB.

S’y ajoute une unité pour la collecte, le conditionnement et l’expédition pour élimination, dans le centre de traitement agréé de Tredi en France, des appareils et déchets de PCB pur ou fortement contaminés. L’expérience de la société française dans des usines similaires en Europe et ailleurs a été mise à profit pour la conception de la plate-forme marocaine et son exploitation. Tous les flux entrants et sortants sont confinés dans l’enceinte du site conduisant à une maîtrise totale des émissions.

Par ailleurs, la plateforme a été rendue complètement étanche et munie d’une barrière de confinement pour éviter tout risque de contamination de l’eau ou des sols. L’air est également traité à l’entrée et à la sortie. Les déchets et les eaux de lavage hautement contaminés au PCB sont expédiés en France pour leur élimination chez Tredi.

 

 

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