Economie

Agrumes: Les opérateurs s’attendent à une campagne record à l’export

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5245 Le 05/04/2018 | Partager
700.000 tonnes pour une production de 2,4 millions
Bon comportement attendu du marché intérieur avec le mois de Ramadan en début d’été
Des réglages restent à opérer au niveau de la circulation des données
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L’objectif du contrat-programme qui ciblait une superficie agrumicole de 105.000 ha est largement dépassé à 130.000 ha. La production s’établit actuellement, selon les données officielles, à 2,4 millions de tonnes mais l’export reste au même niveau d’il y a 22 ans

Année faste pour les agrumiculteurs. Pour la première fois sur  deux décennies, ils  s’attendent à réaliser un record à l’export: entre 680.000 et 700.000 tonnes. Ceci, après une campagne 2016-2017 qui s’était soldée par un volume de 650.000 tonnes pour une production de l’ordre de 2,4 millions de tonnes. Déjà à fin mars dernier, les sorties auraient porté, selon les estimations des professionnels, sur 560.000 tonnes. 

Au niveau du marché local et malgré la désorganisation  régnante, les producteurs comptent également réaliser une bonne recette lors du mois de Ramadan qui coïncide cette année avec le début de la saison d’été. Pour l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (Aspam),  les performances attendues  s’expliquent d’abord par l’effort de renouvellement et d’extension du verger.

Elles tiennent, ensuite, à la coordination qui s’exerce au sein du Comité agrumicole réunissant l’interprofession et l’organisme en charge du contrôle (Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations).  Néanmoins les professionnels ne cachent pas le manque de maîtrise des marchés, faute d’une réelle  intelligence économique et surtout des statistiques officielles des sorties et des volumes de production.

Pour le moment, le motif de satisfaction résulte de l’effort de rééquilibrage des grands débouchés. L’Union européenne devrait absorber 40% de l’export et la même part devrait revenir au  marché russe. De même, le marché nord-américain a enregistré une hausse de 20% par rapport à la campagne précédente.

Au-delà, les professionnels restent conscients quant à la nécessité de développer davantage les exportations. A terme, l’entrée en pleine production des nouvelles plantations va se traduire par une forte augmentation de la production. Elle devrait s’établir d’ici deux années à près de 3 millions de tonnes. 

Or, jusqu’à présent, l’export peine à dépasser le quart du volume produit. Il est aussi constitué à raison de 75 à 80% de petits fruits.  Les plantations et les renouvellements ayant porté pour l’essentiel sur les petits fruits face à la rude  concurrence qui se fait sur les oranges devenues désormais un produit pour la transformation européenne. 

    
Pour rappel, le record de cette campagne a été battu, il y a 22 ans. C’était lors de la campagne 1985-1986 avec 750.000 tonnes exportées. Auparavant et bien après, la moyenne se situait entre 650.000 et 700.000 tonnes. Ceci, avec une production de l’ordre de 1,2 million de tonnes. De même, le pays se prévalait d’un volume de 50.000 tonnes de concentré d’agrumes dont l’essentiel était destiné à l’exportation. Aujourd’hui, la donne a été complètement inversée: le pays est devenu importateur net de jus et concentré.
Actuellement, la cartographie du verger agrumicole fait ressortir une production estimée à 2,4 millions de tonnes. Or, s’il y a un semblant de consensus sur les données relatives aux exportations, les avis divergent quant au volume de production. «Chiffres à l’appui, il serait proche de celui d’il y a cinq ans», avancent des professionnels.

Avec l’export (650.000 tonnes), le volume transitant par les marchés de gros (350.000 tonnes), l’approvisionnement des usines de jus (50.000 tonnes) et les autres circuits informels (400.000 tonnes), cela donne une production totale de 1,4 million de tonnes. C’est 1 million de tonnes de moins par rapport aux données officielles. Car, si les plantations ont fortement augmenté, les rendements n’ont pas suivi. Bien au contraire, ils se sont inscrits en  baisse, passant de 18 tonnes à l’hectare en moyenne à 15 tonnes. 

Au demeurant, le marché local n’a pas la capacité d’absorber 1,7 million de tonnes à des prix au détail variant entre 4 et 5 DH/kg en moyenne. L’année dernière, la prévision initiale du ministère de l’Agriculture (2,36 millions de tonnes) a été revue  à la baisse: 2,1 millions de tonnes, soit une chute voisine de 12%. C’est énorme comme marge d’erreur dont la norme, partout dans le monde, la situe entre -3 et 3%. 

Quoi qu’il en soit, les professionnels manquent cruellement de visibilité. Les données de l’enquête agrumicole, si vraiment elle est réalisée dans les règles de l’art, n’ont pas été publiées pour la quatrième année consécutive. Un grand handicap pour organiser l’export et notamment la logistique. Les statistiques relatives aux expéditions sont distillées au compte-gouttes et à intervalles trop espacés par l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations.

Le manque de visibilité concerne également les circuits de distribution au niveau local. Quid du volume réel transitant par les marchés de gros, la grande distribution et les usines de jus. Quelle tendance peut-on dresser des marchés extérieurs récents et traditionnels? Même les coûts de production ne sont pas cernés.

Pour tous ces aspects, les producteurs réclament l’élaboration d’études spécifiques. Pour le moment, une seule a été lancée par l’interprofession et concerne la reconquête des marchés allemand et français où les agrumes marocains brillent par leur absence depuis plusieurs années.  Des appréhensions entourent également la prochaine campagne. Deux grandes régions de production et d’exportations, le Souss et l’Oriental, manquent d’eau. Si l’été prochain s’avère assez chaud, il y a risque de forte chute de production dans ces zones.

Cartographie du secteur

  • Superficie: 130.000 ha
  • 2% de la superficie cultivable totale
  • 18% des surfaces plantées en espèces fruitières
  •  Production: 2,36 millions de tonnes en 2016-2017
  • 2,4 millions de tonnes prévues en 2018-2019
  • Export: 650.000 à 700.000 tonnes
  • Transformation: 2,5% de la production et import de 80.000 tonnes d’agrumes sous forme de concentré et de jus surgelés
  • Emploi: 150.000 dont 100.000 dans les vergers
  • Source de revenu principal pour 8.000 familles de producteurs.

 

 

 

 

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