Analyse

Affaire du Sahara «Le retour à la guerre est plus probable que jamais»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5245 Le 05/04/2018 | Partager
La situation interne en Algérie et au Polisario favorise cette escalade de tensions
L’ONU «inconsciente de la gravité de la situation sur le terrain»
La retenue du Maroc «semble atteindre ses limites»
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Pour Mohamed Amrani Boukhobza, professeur des relations internationales à l’Université Abdelmalek Saâdi de Tanger, le manque de fermeté de l’ONU est lié à la préoccupation de la communauté internationale par d’autres dossiers, considérés comme plus urgents, comme la situation en Syrie, ou dans d’autres zones de conflit (Ph. Privé)

- L’Economiste: La présentation du rapport du SG de l’ONU intervient cette année dans un contexte tendu. Qu’est-ce qui explique cette situation?

- Mohamed Amrani Boukhobza: L’élaboration du rapport annuel sur le Sahara a coïncidé avec une série d’événements. En tête, la désignation d’un nouvel envoyé spécial du SG de l’ONU. Le retour du Maroc à l’Union africaine et la nouvelle dynamique lancée en Afrique, avec l’amélioration des relations avec certains pays, considérés comme des fiefs historiques du Polisario, sont aussi à prendre en compte. C’est ce qui explique en partie la montée de la tension entre les parties, qui risque d’aboutir à une confrontation militaire.

- Le retour aux opérations militaires est-il envisageable?
- Ce risque est plus probable que jamais. Plusieurs facteurs semblent favoriser cette tendance. C’est le cas notamment de la situation interne tendue en Algérie. Cette dernière a l’habitude d’exporter ses crises vers l’étranger, notamment via l’exploitation de ce type de tensions pour détourner l’attention de ses citoyens. La situation interne au Polisario est également très tendue. Cela est lié notamment aux changements au sein de la direction de cette entité et la pression faite par les populations des camps de Tindouf. Pour le Polisario, c’est la légitimité, consacrée par l’idéologie séparatiste, qui est actuellement en jeu. En face, la politique de retenue, observée par le Maroc pendant plusieurs années, semble atteindre ses limites. D’autant que la région est minée par des menaces sécuritaires, notamment à cause des groupes terroristes et des organisations criminelles, dont certaines sont liées au Polisario.

- Une intervention de l’ONU est-elle nécessaire pour un retour au calme?
- Actuellement, l’attitude du Conseil de sécurité dans la gestion de ce dossier, marquée notamment par un manque de fermeté, risque de favoriser le retour aux armes. L’ONU donne l’impression d’être inconsciente de l’ampleur des dangers que représente la situation sur le terrain. Il faut dire que la communauté internationale est plutôt préoccupée par d’autres dossiers, considérés comme plus urgents, notamment la situation en Syrie, ou dans d’autres zones de conflit. C’est une appréciation biaisée, dans la mesure où les menaces sécuritaires, notamment terroristes, risquent d’embraser la région.

- Quelles seront les prochaines actions de la diplomatie marocaine?
- La dynamique diplomatique marocaine est passée à la vitesse supérieure depuis quelques années. Actuellement, la situation est différente. Il s’agit de bien gérer une situation de crise, marquée par une escalade de tensions. D’où l’importance de sensibiliser les partenaires du Maroc ainsi que les grandes puissances de la pertinence des actions que le Maroc compte entreprendre, et de démonter la propagande des séparatistes, en insistant sur la réalité des faits. Cet effort d’explication est particulièrement décisif si Rabat choisit l’option militaire.

Pas de nouvelles propositions

Le nouveau rapport annuel du SG de l’ONU, qui sera bientôt soumis au vote des membres du Conseil de sécurité, n’a pas introduit une nouvelle conception, ni de nouvelles propositions à même de pousser les parties à retourner à la table des négociations. C’est ce qu’a expliqué Mohamed Amrani Boukhobza, professeur des relations internationales à l’Université Abdelmalek Saâdi de Tanger. C’était attendu, selon lui. «Le nouvel envoyé spécial a mené une première tournée exploratoire, de prise de contact. Ce qui reste insuffisant pour proposer de nouvelles pistes pour aboutir à une solution». Le rapport préliminaire s’est contenté d’appeler les parties à coopérer davantage avec Horst Köhler afin de favoriser une reprise des négociations. Dans l’ensemble, «ce rapport semble similaire à ceux des années précédentes. Sa version définitive devra faire état de la montée des tensions autour de cette affaire durant les derniers mois», a-t-il estimé.

Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI

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