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Algae Cluster, un méga-projet dans l’aquaculture

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5238 Le 27/03/2018 | Partager
Un projet de culture de microalgues pour l’alimentation animale
Un parc de 8.000 ha, production à terme de 150.000 t/an d’algues sèches
Les premières fournées vers l’export avant d’intégrer le marché local
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Le projet Feed Algae Morocco consiste en la mise en place d’un parc de culture de microalgues en système dit «raceway» ou bassin à ciel ouvert, sur une superficie de 8.000 ha. Ce système est constitué de bassins remplis d’eau de mer, circulaires ou formant des boucles imbriquées les unes dans les autres. Les nutriments sont apportés pour une croissance optimale des algues et un bullage assure l’apport de CO2 (Ph. “From Desert Sunshine to Aquaculture”, Feed Algae Ltd, 2017)

Est-il possible de protéger les ressources halieutiques avec des microalgues? «Oui. Non seulement cela est possible, c’est même plus écologique», assure Keith Coleman, fondateur et directeur général de Feed Algae, la startup qui porte le projet Feed Algae Morocco. Présenté lors de la 4e édition du Forum Crans Montana qui s’est déroulé récemment à Dakhla, le projet propose une alternative très intéressante de point de vue écologique et nutritionnelle.

Feed Algae Ltd. est une start-up basée au Royaume-Uni qui produit des micro-algues marines pour l’aquaculture et l’alimentation animale. L’entreprise démarre depuis peu son plus grand projet à ce jour au Maroc, sur le site d’Akhfenir, situé entre les villes de Terfaya et Tan-Tan.

Il s’agit d’un parc pour cultiver des algues marines locales, en utilisant l’eau de mer, qui seront destinées dans un premier temps à l’exportation. Soutenu par l’Agence nationale de développement de l’aquaculture ANDA, et en partenariat avec la région de Laayoune-Sakia El Hamra, ce projet s’inscrit dans l’Initiative «Ceinture Bleue». «Aujourd’hui la technologie que nous utilisons est approuvée. La réalisation du parc Feed Algae Morocco commencera dès le mois prochain avec 3 ha de surface pour démarrer et pendant les premiers 6 mois, il s’agira d’effectuer les premiers tests avec des algues locales», détaille Keith Coleman, fondateur et directeur général de Feed Algae.

La collecte industrielle d’algues sèches, elle, devrait commencer d’ici 3 ans et demi, sachant qu’un client s’est déjà manifesté pour acheter toute la production. Dans le détail, le projet Feed Algae Morocco consiste en la mise en place d’un parc de culture de micro-algues en système dit «raceway» ou bassin à ciel ouvert, sur une superficie de 8.000 ha.

Ce système est constitué de bassins remplis d’eau de mer, de quelques dizaines de cm de profondeur, circulaires ou formant des boucles imbriquées les unes dans les autres. Les nutriments sont apportés pour une croissance optimale des algues et un bullage assure l’apport de CO2. Les microalgues, les nutriments et le CO2 circulent grâce à des pales rotatives pour éviter la sédimentation.

La culture en bassins ouverts représente une grande partie de la production mondiale de microalgues. Avec une production annuelle estimée à 150.000 tonnes d’algues sèches par an, le projet marocain va permettre d’absorber 300.000 tonnes de dioxyde de carbone et produire 150.000 tonnes d’oxygène par an. Ce qui va contribuer aux actions d’atténuation du changement climatique en permettant de désacidifier 9 milliards de tonnes d’eau de mer/an. Ce projet répond aussi à la menace sur la durabilité des ressources halieutiques. L’utilisation des microalgues permettra de préserver les ressources halieutiques et de fournir en même temps une alternative à l’alimentation animale (voir encadré).

Feed Algae Morocco est non seulement un parc de production de microalgues, mais aussi un cluster international de recherches dans le domaine très prometteur de l’aquaculture à haut potentiel. En outre, le projet permettra de produire des aliments, de l’énergie et de l’eau de mer claire pouvant être utilisés en aval dans les fermes d’élevage de poissons et de mollusques au niveau national. La production de microalgues permettra une utilisation locale suffisante pour multiplier jusqu’à 10 fois la production de l’industrie aquacole marocaine.

L’utilisation des microalgues produites dans la fabrication d’aliment piscicole va permettre de sauvegarder 450.000 tonnes de poissons pélagiques chaque année. «Avec ce projet, le Maroc gagnera en auto-suffisance en protéines destinées à l’alimentation, avec un excédent pour l’exportation. La culture de faible consommation d’énergie, garantit la sécurité alimentaire à l’épreuve de la sécheresse et une production en toutes saisons», assure Coleman.

De plus, le projet permet à terme d’offrir un terrain prometteur pour le développement d’un tissu économique de PME opérant dans le domaine de l’aquaculture, mais aussi à différentes échelles de cette industrie, notamment pour tout ce qui est logistique. Avec le cluster d’Akhfenir, la startup Feed Algae entame son troisième projet après ceux de l’Afrique du Sud et d’Oman et confirme ainsi la faisabilité de cette nouvelle technologie.

Les algues contre la crise alimentaire mondiale

Le monde aura besoin d’ici 2050 de 70% de plus de protéines. Pour produire suffisamment de poissons, de viandes blanches et rouges, il y aura besoin d’une alimentation animale hautement enrichie en nutriments. Comment y arriver et quel sera l’impact sur le climat? Continuer à utiliser la farine de poisson devient impossible puisque 80% des océans sont déjà surexploités. Miser sur le soja nécessite 130.000 km2 de sols fertiles, 4 milliards de tonnes d’eau douce avec une émission de 120 millions de tonnes de CO2. En revanche, la culture des algues se présente comme une meilleure alternative. Elle ne nécessite pas de sols fertiles, elle produit de l’eau douce et son émission de CO2 est de 6,5 millions de tonnes par an seulement.

De notre correspondante permanente, Sabrina BELHOUARI

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