Culture

Le cinéma marocain n’aura démarré qu’au cours des années 1970-80

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5236 Le 23/03/2018 | Partager
Un avis que de nombreux cinéastes partagent avec la création du fonds d’aide à la production
Le CCM, lui, remonte le temps avec le film «Le fils maudit» de Mohamed Osfour en 1958
Au fil des ans, les productions s’accélèrent, les thèmes se diversifie
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Triste sort des cinémas mythiques tombés aujourd’hui en ruine. Le nombre de salles s’est réduit comme peau de chagrin, avec pas plus d’une cinquantaine à travers tout le Royaume. Même Tanger qui a abrité le Festival du film ne possède, avec son million d’habitants, que deux salles (Ph. L’Economiste)

Un événement de taille a marqué cette année la 19e édition du festival national du film qui a eu lieu à Tanger entre le 9 et le 17 mars: la célébration par le Centre cinématographique marocain (CCM), organisateur de l’événement, de 60 ans du cinéma national, soit depuis «Le fils maudit», le premier film de Mohamed Osfour, sorti en 1958. Mais pourrait-on dater vraiment la cinématographie marocaine à partir de ce seul film, isolé, comme cet oiseau qui ne fait guère le printemps? Les avis des cinéastes divergent. Mais pour la plupart, le cinéma marocain n’aura pris son envol que dans les années 1970-80 avec l’installation d’un fonds de soutien à la production. Résultat, entre 1980 et 1987, 35 longs métrages et 30 courts métrages ont vu le jour.
Le système a tourné court: la subvention était systématique, n’obéissant à aucune sélection, un système qui ne semblait pas créer d’émulation chez les cinéastes, de l’avis même du CCM. Sans parler des ressources de ce fonds, jugées dérisoires. Cette aide a continué après 1987, mais cette fois-ci sur la base d’une sélection, et elle sera accordée avant et après production. 
La cinématographie nationale s’enrichit alors de 58 nouveaux longs et de 38 courts métrages durant la période allant de 1987 à 1999. En 2003 est institué le système actuel d’avance sur recette avant et après production, l’aide apportée aux producteurs se chiffre cette fois-ci par dizaines de millions de dirhams. 60 millions de DH à partir de 2009. Pas de quoi faire une industrie cinématographique, mais c’est mieux que rien. Une nouvelle génération de cinéastes a vu le jour, et la production qui se développe (jusqu’à 23 longs métrages par an), ainsi que les thèmes abordés. Mais l’argent n’a pas entraîné que des avantages, il a fait perdre la tête à beaucoup de cinéastes marocains, sans qu’en retour leurs opus gagnent en qualité. En témoignent les trois premiers longs métrages projetés lors du Festival de Tanger, qui ont tous bénéficié pourtant de cette aide à la production: «Le papillon» de Hamid Basket, «Korsa» de Abdellah Toukouna (ferkouss), et «Tarantella» de Rabii El Jawhari. Il n’y a pas cette émotion, cette intrigue, ce jeu d’acteurs, et cette histoire qui prennent le spectateur aux tripes. 

Dans ce premier lot, seul «Larmes de sable» d’Aziz Salmy, projeté dimanche 11 mars, tire son épingle du jeu: le public avait devant lui du vrai cinéma, qui raconte une vraie histoire humaine et sociale, celle du retour au pays de quelques otages séquestrés pendant 30 ans dans les camps de Tindouf. Ils y racontent leur calvaire, en images insoutenables. Tiré de fais réels, ce thriller tient en haleine le spectateur de bout en bout. Et un Mohamed Choubi, campant le rôle d’un des ces otages, qui confirme encore une fois ses talents de grand acteur du cinéma marocain. Mais que valent tous ces films, bons ou mauvais, avec un parc de salles qui s’est réduit comme peau de chagrin, pas plus d’une cinquantaine à travers tout le Royaume. 
Même Tanger qui abrite cet événement annuel n’en possède, avec son million d’habitants, que deux salles.

110 millions de DH par an pour le cinéma

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En 2009, l’aide à la production nationale bénéficie de 60 millions de DH. Un décret d’août 2012 fixe les conditions et les procédures d’aide à la production cinématographique, à la numérisation et à la modernisation des salles de cinéma et à l’organisation des festivals cinématographiques. Ainsi, depuis cette date, et annuellement, 60 millions de DH sont alloués à la production, 7 millions de DH à la numérisation des salles de cinéma et 27,5 millions à l’organisation de festivals et manifestations cinématographiques.
En janvier 2015, 15 millions de DH supplémentaires sont alloués à la production de films documentaires sur la culture sahraouie et hassanie. L’Etat, à travers le Centre cinématographique marocain, soutient donc le cinéma national avec près de 110 millions de DH par an (environ 10 millions d’euros). Grâce à ces mécanismes de soutien, 90% du parc de salles sont numérisés, une vingtaine de longs métrages sont produits et 52 festivals et autres manifestations cinématographiques sont aidés tous les ans.

 

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