Justice

«J’étais près à signer mon arrêt de mort…»

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5235 Le 22/03/2018 | Partager

Une interminable heure d’attente dans un couloir. Une vingtaine d’inculpés menottés venaient d’atterrir à l’aéroport de Casablanca. «Nous étions tous tellement terrorisés qu’il m’était difficile de croire que nous sommes dans un Etat de droit», raconte l’un des accusés, Mohamed Mejaoui.  
Tous les inculpés ont été transférés fin mai 2017 depuis Al Hoceïma pour un interrogatoire à la police judiciaire (BNPJ). «Nous n’avions pas été informés de notre droit de garder le silence ou de contacter un avocat», déclare l’accusé pour démentir «le professionnalisme» dont se prévaut l’accusation depuis le début du procès des événements d’Al Hoceïma en octobre 2017.
«Je suis convaincu de mon innocence et d’avoir agi par conscience civique», poursuit l’homme sans aucun antécédent judiciaire. A l’instar de ses compagnons de cellule, Mohamed Mejaoui voit dans «les manifestations pacifistes d’Al Hoceïma des revendications socioéconomiques légitimes». 
Ce sujet-là sera le noyau dur des interrogatoires de la BNPJ. «Les questions-réponses se sont enchaînées sans interruption pendant deux jours. Les procès-verbaux ont tout retranscrit… sauf ce que j’avais déclaré», poursuit l’accusé face au juge. Ces pièces du dossier ont été toujours contestées par la défense. Tous les mis en cause ayant comparu à ce jour évoquent des procès-verbaux «falsifiés». D’après eux, le but ultime des enquêteurs étaient «d’enfoncer Nasser Zefzafi», le leader des manifestants. Et ce n’est pas non plus la première fois qu’il est question de menaces de viol. «J’étais prêt à signer mon arrêt de mort à condition de ne pas trahir mon pays et mes enfants». Justement, l’accusé insiste. «Des éléments de la BNPJ m’ont menacé de violer mes petites filles avant de passer à ma femme. Il valait mieux mourir», lâche l’intéressé la gorge nouée et les larmes aux yeux. Et le jour où son épouse a remué ciel et terre pour avoir des nouvelles de son mari, la Sûreté nationale «lui a recommandé de prendre un avocat». Sans plus. «Ne sommes-nous pas face à une disparition forcée, M. le Président?» demande l’accusé. Sa femme «n’a été informée que dans trois jours» après l’arrestation de Mohamed Mejaoui.  L’accusé assure «n’avoir aucune haine» contre quiconque et «faire confiance à la justice». Mais il nous faut, poursuit-il, «nous engager définitivement pour les droits humains». 

 

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