Justice

Mineurs et Internet: Le contrôle parental pour réguler les usages

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5234 Le 21/03/2018 | Partager
Limiter l’accès aux contenus pour plus de protection
Enquête: Pratiques inquiétantes chez les 10-12 ans
Un service «gratuit» proposé dans les télécoms
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«Beaucoup de parents n’ont pas grandi avec Internet. Ils ont eux-mêmes besoin d’être sensibilisés à ses dangers avant de veiller sur la sécurité des données personnelles de leurs enfants», insiste le Britannique John Carr. Cet éminent spécialiste en matière de protection des mineurs contre les risques de l’Internet a participé à une enquête marocaine sur ce sujet, elle a été réalisée entre 2017 et 2018 (Ph. L’Economiste)  

L’utilisation du Net sans garde-fou est une vraie plaie. Dans son enquête de 2016 sur l’usage des TIC, le régulateur télécom (ANRT) s’est enquis notamment des raisons du non-équipement en smartphone chez les 12-65 ans. Stupéfiant: la crainte d’une utilisation malveillante des données des personnes sondées arrive pourtant en bas du classement! Le parallèle avec le cas suisse apporte un autre éclairage. «Curieusement, les personnes les plus instruites sont en tête des victimes des dangers du Net», relève Me Sébastien Fanti, préposé du canton du Valais à la protection des données et à la transparence. Ici ou ailleurs, la sensibilisation régulière et ciblée aux risques d’atteinte à la vie privée s’avère urgentissime. Exemple: WatsApp est déconseillé aux enfants. Le Règlement européen sur la protection des données instaure un régime spécial mineurs. «Son article 38 prévoit une autorisation parentale préalable et obligatoire pour les moins de 13 ans», précise la juriste française Suzanne Vergnolle. 
Un autre expert, John Carr, a participé à une étude sur les mineurs et Internet au Maroc. Ce spécialiste anglais insiste d’abord sur les fondamentaux: «Tout mineur est âgé de moins de 18 ans» comme le consacre la loi pénale marocaine. Il enchaîne ensuite sur le Règlement européen «qui ne mentionne pas un âge particulier». Ce revirement réglementaire, applicable à partir du 25 mai 2018, oblige en revanche «les prestataires à obtenir une autorisation parentale» (cf. L’Economiste n°5232 du 19 mars 2018). «Il est préconisé d’utiliser un langage accessible via les pictogrammes notamment. Le but étant d’obtenir le consentement éclairé des mineurs», recommande John Carr. 
 Adulte ou pas, la perte de contrôle sur ses données personnelles est une vraie menace. Il y a des dommages immédiats causés aux victimes. La violation de leur intimité a des répercussions psychologiques et familiales certaines. D’autres préjudices sont plutôt durables comme la perte de confiance en soi. Ce qui peut avoir un effet encore plus dévastateur sur un enfant abusé. Le plus grave est que des mineurs mentent sur leur âge pour créer des comptes sur Facebook, Snapchat et Instagram, s’exposant inconsciemment à des risques. L’enquête 2017-2018 du Centre marocain de recherches polytechniques et d’innovation (CMRPI) livre un aperçu des dangers du Net. Ce sondage cible notamment 490 enfants âgés de 10 à 12 ans. Les principales pratiques relevées chez ces mineurs sont respectivement le partage de données personnelles (vidéos, photos...), demande de rencontres, tchat avec des inconnus et demande d’activation de caméra.     
Comment les parents peuvent garder la main? Certains opérateurs télécoms, notamment au Maroc, ont fait de l’option «contrôle parental» un produit d’appel pour leurs offres.
Elle permet aux parents de réguler l’accès de leur progéniture à Internet. «C’est un service gratuit pour nos clients qui bloque certains sites sensibles ou douteux et restreint l’utilisation des moteurs de recherche en bannissant par exemple des mots liés au sexe, à la violence...», explique une source du secteur télécom. L’opérateur fournit un code client aux tuteurs qui en font la demande. «Ils deviennent ainsi administrateurs des pages web visualisées par leurs enfants», poursuit l’opérateur local. Notre interlocuteur préconise aussi de télécharger des logiciels de contrôle parental. YouTube Kids par exemple met à disposition des internautes mineurs un contenu spécial.
 «Il faut réfléchir à des kits de protection contre les danger de l’Internet. Il existe un vrai marché à développer au Maroc», conseille le Pr Youssef Bentaleb, président du Centre marocain de recherches polytechniques et d’innovation (CMRPI) et directeur de la Campagne nationale de lutte contre la cybercriminalité 2014-2018.

 

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