Enquête

Enquête L’Economiste-Sunergia/ Migrants subsahariens:Des résultats surprenants!

Par Amin RBOUB | Edition N°:5234 Le 21/03/2018 | Partager
La majorité des sondés ne sont pas favorables
D’autres moins nombreux sont pour, mais sous conditions...
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Campement de migrants subsahariens à la gare Ouled Ziane à Casablanca. Ils sont plus de 2.500 à vivoter dans ce camp de fortune depuis plusieurs mois (Ph. Jarfi)

«Les jeunes Marocains se disent majoritairement opposés à la migration des subsahariens». Toutes CSP confondues, les jeunes sont massivement contre les migrations en provenance de l’Afrique subsaharienne. C’est l’une des tendances fortes qui ressort de l’enquête L’Economiste-Sunergia réalisée début 2018. Au Maroc, l’on répertorie trois catégories de migrants: les migrants réguliers, ceux irréguliers, les réfugiés et les demandeurs d’asile. En 2014, une première opération de régularisation de migrants avait permis à 18.000 personnes en situation irrégulière d’obtenir un titre de séjour pour rester légalement sur le territoire marocain. Fin 2017, quelque 25.000 ont été régularisés. Au total, l’Etat marocain a régularisé près de 50.000 migrants en deux étapes. Les dernières estimations officielles parlent de quelque 80.000 migrants subsahariens installés au Maroc (entre régularisés et clandestins).

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Insécurité, mendicité, accès à l’emploi... ce qui fait peur aux hommes comme aux femmes. Ces dernières sont les plus récalcitrantes à l’accueil des subsahariens

A la question: «Pensez-vous que le Maroc doit être un pays d’accueil pour les subsahariens?»: Les réponses sont pour le moins déconcertantes. Les tendances fortes de l’enquête L’Economiste-Sunergia sur la perception, de migrants africains, traduit une situation préoccupante qui en dit long sur le sentiment de rejet envers ces communautés originaires de la zone subsaharienne. Bien évidemment, il ne s’agit nullement de tendances xénophobes, encore moins de racisme ou de discrimination. Les argumentaires avancés par les jeunes puisent essentiellement leur fondement dans des considérations socioéconomiques, sécuritaires, humanitaires... Des arguments liés surtout au marché de l’emploi, aux conditions de travail, au faible niveau de la rémunération ou encore à l’insécurité, voire la précarité, la mendicité... Selon la majorité des sondés, toutes catégories socioprofessionnelles (CSP) confondues, le phénomène de «migrants subsahariens contribue à augmenter le sentiment d’insécurité: vol, mendicité, bagarres...».

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Plus le niveau d’études augmente, plus les sondés sont favorables à l’accueil de migrants. En revanche, plus on se dirige vers des niveaux inférieurs, voire intermédiaires, plus les sondés sont contre

D’autres (catégories C et D) perçoivent les flux migratoires de plus en plus importants comme une sorte de «concurrence qui se manifeste dans le marché de l’emploi. Une nouvelle offre de main-d’œuvre, voire de jeunes cadres moins exigeants au niveau de la rémunération et des conditions du travail». Sur ce registre, les sondés sont catégoriques: «Je suis contre les subsahariens, car à cause d’eux l’emploi se fait rare... Parce qu’ils se contentent de peu...», témoignent des interviewés de la tranche d’âge 25-29 (hommes). Paradoxalement, une bonne partie de cette jeunesse marocaine envisage d’immigrer pour améliorer sa situation et son niveau de vie. «Je veux émigrer pour avoir de bons revenus, parce qu’à l’étranger, on paie bien et il y a du travail», confie-t-on auprès de la tranche d’âge des 20-24 ans (surtout les hommes). D’autres encore (CSP A et B des 16-19 ans, hommes et femmes), expriment le souhait de partir à l’étranger car impatients de profiter tout de suite du développement: «On aimerait bien partir à l’étranger parce que les mesures de développement qui sont prises au Maroc apporteront des fruits très en retard. On sera trop vieux à ce moment-là».

Autre enseignement auprès des CSP D, certains plus âgés, pensaient à l’immigration étant plus jeunes, mais ont dû au fil des ans renoncer à l’idée de partir. Sur la question: «Envisagez-vous d’émigrer?», plus de 60% des sondés sont affirmatifs. Sur la base de 1.000 répondants, 36% (soit 361 jeunes) pensent que «le Maroc ne doit pas être un pays d’accueil pour les subsahariens». Néanmoins, 15% des sondés (soit 149 jeunes) estiment que le Maroc peut accueillir des subsahariens, «mais sous certaines conditions». En clair, des flux sous contrôle, régularisés, avec un suivi médical, des structures d’accueil adéquates, de l’accompagnement... Plus encore, 11% de l’échantillon (soit 112 jeunes) ne font pas de commentaire, ou se contentent de la réponse suivante: «Ne sait pas». Par milieu d’habitation, aussi bien les urbains que les ruraux s’opposent à l’accueil de subsahariens (respectivement 36%), en plus de 17% des citadins et 14% des ruraux qui sont pour l’accueil de migrants mais sous certaines conditions. Par sexe, 32% des jeunes hommes s’opposent à l’arrivée de subsahariens. De plus, 18% des jeunes garçons sondés sont favorables à l’accueil «mais sous certaines conditions». Côté femmes, elles sont à 40% opposées aux subsahariens. 12% des jeunes femmes se disent favorables, mais sous conditions. Par catégorie socioprofessionnelle, les CSP A et B (milieux plutôt aisés) sont favorables à l’accueil de migrants. En revanche, les catégories C, D, E (classe moyenne et couches défavorisées confondues) se disent à 74% contre.

Par région, ce sont les jeunes de Casablanca-Settat qui s’opposent le plus à l’accueil de migrants (48%). S’ensuivent les villes du sud, le Souss, Béni Mellal ou encore Fès-Meknès... qui se disent contre. Ceux qui s’opposent aux flux sont de 47% au Sud, 42% dans le Souss-Massa, 41% à Béni Mellal-Khénifra ou encore 40% à Fès-Meknès.

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Curieusement, la répartition par région fait ressortir que les villes de Casablanca, du sud, du Souss, de Béni Mellal ou encore Fès-Meknès... sont celles qui opposent leur veto à l’accueil de subsahariens. En revanche, les jeunes de Rabat-Salé-, de l’Oriental et ceux de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma sont plutôt accueillants

En revanche, les jeunes de Rabat-Salé-Kénitra (50%), de l’Oriental (50%) et ceux du Nord (Tanger-Tétouan-Al Hoceïma: 49%) sont plutôt favorables aux subsahariens. Par tranche d’âge, ce sont les 25-34 ans qui s’opposent le plus (45%) à l’accueil de migrants au Maroc. Cependant, les plus âgés (55 à 65 ans, voire plus) sont plutôt favorables. Autrement dit, plus on avance dans l’âge, plus on est prédisposé et ouvert aux migrants au Maroc. C’est aussi parce que les flux de jeunes ne constituent pas une menace économique pour cette catégorie de la population, proche ou déjà à la retraite. Par niveau d’instruction, ce sont les sans études ou ceux ayant un niveau primaire, voire supérieur (université) qui sont favorables aux subsahariens. De plus, 24% des universitaires préfèrent que l’accueil de migrants répond à des conditions (hygiène, structures d’accueil, suivi...) En revanche, les jeunes lycéens et collégiens s’y opposent respectivement de 46 et 47%.

Fiche technique

Les résultats de ce sondage d’opinions ont été collectés et réalisés par L’Economiste-Sunergia Etudes. L’enquête a été menée début 2018 auprès de 1.000 sondés par téléphone/appels téléphoniques aléatoires sur système CATI. La structure de l’échantillon a été redressée de façon à appliquer exactement la structure de la population marocaine issue du recensement du Haut Commissariat au Plan (HCP: RGPH 2014). Les catégories socioprofessionnelles (CSP) ont été définies en fonction de quatre critères: Le revenu du ménage (inférieur à 4.000 DH, entre 4.000 et 15.000 DH ou encore supérieur à 15.000 DH). Quant au type d’habitation, il a été ventilé selon les catégories suivantes: villa, appartements haut standing, moyen standing, économique, maison traditionnelle, maison moderne, baraque ou habitat sommaire.

 

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