International

Où en sont les élèves issus de l'immigration

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5233 Le 20/03/2018 | Partager
Handicap socio-économique, barrière de la langue… les obstacles
Difficultés en matière de discipline et un taux élevé d’absentéisme
Une nouvelle analyse PISA de l’OCDE

Le handicap socio-économique et la barrière de la langue sont les deux principaux obstacles à la réussite des élèves issus de l'immigration à l’école et dans la société.

C’est le constat dressé par l’OCDE dans sa nouvelle analyse intitulée «La résilience des élèves issus de l’immigration: Les facteurs qui déterminent le bien-être». Celle-ci s’est penchée sur le bien-être scolaire, social et émotionnel des élèves issus de l'immigration.

Les flux migratoires modifient en profondeur la composition des salles de classe. D’après les analyses des données PISA, en 2015, dans les pays de l’OCDE et de l’UE, près d’un élève âgé de 15 ans sur quatre était né à l’étranger ou avait au moins un de ses parents né à l’étranger. La part d’élèves issus de l'immigration a augmenté ces dix dernières années. Pourtant, bon nombre de ces élèves ne sont pas performants à l’école, en particulier ceux de la première génération d’immigrés (c'est-à-dire les élèves nés à l’étranger de parents eux-mêmes nés à l’étranger). En moyenne, dans les pays de l’OCDE, près de la moitié des élèves de la première génération d’immigrés ne possèdent pas le niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences, contre un quart environ des élèves non-issus de l’immigration.

Par rapport à leurs camarades non-issus de l’immigration, les élèves issus de l'immigration font état d’un sentiment d’appartenance à l’école moindre, d’un niveau inférieur de satisfaction à l’égard de la vie et d’une plus grande anxiété liée aux devoirs. Toutefois, d’après l’OCDE, beaucoup expriment également une grande motivation pour réussir leur scolarité et dans la vie en général. Les mauvais résultats scolaires des élèves issus de l'immigration sont particulièrement répandus dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, le Luxembourg, la Slovénie, la Suède et la Suisse. Dans ces pays, les élèves issus de l'immigration sont plus de deux fois plus susceptibles que leurs camarades non-issus de l'immigration de ne pas atteindre le niveau de compétences de base. En moyenne, dans les pays de l’OCDE et de l’UE, le statut socioéconomique explique plus d’un cinquième de l’écart en termes de probabilité d’acquisition des compétences de base entre les élèves issus de l’immigration et les autres.

La langue joue également un rôle essentiel. La probabilité des élèves issus de l'immigration qui ne parlent pas la langue du pays d’accueil à la maison d’obtenir des résultats satisfaisants au test PISA de l’OCDE étant inférieure d’environ huit points de pourcentage à celle de leurs pairs locuteurs de la langue du pays d’accueil. Les élèves issus de l'immigration sont en outre plus nombreux à fréquenter des établissements scolaires connaissant des difficultés en matière de discipline et un taux élevé d’absentéisme. Ils sont aussi davantage susceptibles que leurs camarades non-issus de l’immigration de faire l’objet de brimades et d’avoir le sentiment de ne pas être traités de façon équitable par les enseignants. Ce qui aboutit à des résultats différents sur le plan de la scolarité et du bien-être. De nombreux élèves issus de l'immigration indiquent toutefois que leurs enseignants leur apportent un soutien supplémentaire, signe que ces derniers sont désireux de les accompagner efficacement…

Pour favoriser la réussite des élèves issus de l'immigration, il est essentiel d’évaluer à un stade précoce leur niveau de maîtrise de la langue du pays d’accueil ainsi que d’autres compétences. Il conviendrait d’offrir aux élèves issus de l'immigration une formation linguistique ciblée. L’évaluation des compétences linguistiques éclaire non seulement les enseignants sur les besoins individuels des élèves, mais aussi les autorités éducatives locales ou régionales. Elle peut être utilisée pour mieux cibler les établissements scolaires qui devraient recevoir des fonds supplémentaires et dont les enseignants devraient être davantage formés et soutenus.

Pour rappel, les Marocains résidant à l’étranger sont une ressource à haut potentiel pour le développement économique du Maroc, avait relevé l’OCDE dans son étude «Talents à l’étranger: une revue des émigrés marocains» (cf. notre édition N° 4966 du 22/02/2017).

«C’est une situation inacceptable...»

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(Ph. OCDE)

«Une bonne éducation est essentielle pour donner aux jeunes issus de l'immigration les compétences dont ils ont besoin pour surmonter les difficultés ainsi que pour prendre part à l’économie et à la société dans son ensemble», a indiqué Gabriela Ramos, Directrice de Cabinet du Secrétaire général et Sherpa de l'OCDE au G20, lors du lancement du rapport à Bruxelles. «Il est inquiétant de voir que, si l’on compare un groupe de 100 étudiants européens issus de l’immigration avec le même groupe d’étudiants non-issus de l’immigration, 15 étudiants issus de l’immigration de plus n’acquiereront pas les compétences de base en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences», dit-elle. Pour Gabriela Ramos: «C’est une situation inacceptable, qui a des conséquences à long terme sur l’intégration et la cohésion sociale. Les pays doivent faire plus pour donner à ces enfants les moyens, les outils et le soutien nécessaires pour qu’ils soient en mesure de réussir à l’école. Nous avons besoin de politiques ciblées qui donnent à chacun les conditions pour développer tout leur potentiel».

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