Economie

Un big bang attendu dans l’actuariat

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5231 Le 16/03/2018 | Partager
L’actuaire au centre de la solvabilité basée sur le risque
Le big data va chambouler les pratiques
Le fédération des assurances soutient l’idée d’un Ordre professionnel
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Big data, nouvelle réglementation prudentielle… La fonction d’actuaire va connaître une transformation profonde. D’abord avec le changement attendu au niveau de la réglementation et ensuite avec la digitalisation et le big data qui auront des impacts sur la qualité de service, la tarification ou la détection des fraudes en assurance.

L’actuaire deviendra un consommateur et un transformateur de données et sera amené à travailler de plus en plus sur des modèles complexes. «Le bagage technique des actuaires sera sans nul doute une bonne base pour l’appropriation de ces nouveaux paradigmes», souligne Hassan Boubrik, président de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale, au 5e congrès actuariel africain organisé par l’Association actuarielle internationale (AAI) en collaboration avec l’Association marocaine des actuaires (AMA) jeudi 15 mars à Casablanca.

«Ils doivent se préparer à l’augmentation du volume des données qui sera récupéré par les assureurs à travers les objets connectés en faisant appel à des outils et des modèles plus sophistiqués pour expliquer au mieux toute l’information disponible», souligne le président de la fédération des assurances, Mohamed Hassan Bensalah. Il propose «de réglementer ce métier. La fédération s’engage à apporter tout son soutien pour la création d’un Ordre professionnel ou d’un institut des actuaires marocains à l’instar d’autres pays dans le monde».

Cette profession prendra une nouvelle dimension avec le projet de solvabilité basée sur les risques qui va changer les fondements utilisés pour l’évaluation de la solvabilité. «Cette réforme va renforcer la culture du risque dans tous les pans de l’activité d’assurance et va changer profondément l’approche du contrôle», soutient Boubrik.
Cette réforme compte deux piliers, quantitatif et qualitatif (voir aussi L’Economiste N° 5004 du 17/04/2017).

Le premier introduirait des règles qui intègrent l’ensemble des risques auxquels une entreprise d’assurances est exposée. Ces règles vont privilégier la valorisation économique, Les exigences de capital dépendront de l’activité et des risques réellement pris.  Les compagnies d’assurances seront tenues de disposer de plus d’expertise pour élaborer leur bilan prudentiel, leurs niveaux de risque, etc. Le tout devrait être documenté et justifié auprès de l’Autorité.

Le deuxième pilier qualitatif introduira des exigences importantes en matière de qualité des données et auxquelles les opérateurs devraient se plier. Il prévoit également une évaluation annuelle propre des risques et de la solvabilité (Own Risk and Solvency Assessment), laquelle devrait être complètement intégrée dans le processus décisionnel de l’entreprise.

Elle remplacera le traditionnel «rapport de solvabilité» qualifié par le président de l’ACAPS «d’exercice routinier d’actualisation mécanique» du rapport de l’année précédente. Ce pilier qualitatif exige aussi la mise en place de la fonction actuarielle au sein des compagnies. Car, dans bien des cas, elle existe uniquement sur le papier. Les actuaires devraient émettre un avis sur la politique globale de souscription, garantir la conformité à la réglementation et aux orientations fixées par le conseil d’administration.

Des missions élargies

Avec la solvabilité basée sur les risques, les actuaires auront la responsabilité de coordonner le calcul des provisions techniques, de garantir le caractère approprié des méthodologies, d’apprécier la suffisance et la qualité des données utilisées, d’émettre un avis sur la politique globale de souscription et sur l’adéquation des plans de réassurance. Ils devraient également contribuer à la mise en œuvre effective du système de gestion des risques. A leur charge aussi un rapport à la direction générale ou au directoire. Ce document devrait indiquer les défaillances et les recommandations pour y remédier. «A l’ère du digital, ils devront également faire face à de nouveaux challenges».

                                                                               

Verbatim

Hassan Boubrik, président de l’ACAPS: L’actuaire est indispensable sur toute la chaîne de valeur de l’assurance. Ce secteur est par nature complexe et aléatoire. Si l’assureur connaît avec exactitude son chiffre d’affaires, il ne peut pas en dire autant du montant des prestations qu’il aura à servir à ses assurés. C’est une activité dont le cycle de production est inversé.

Hassan Bensalah, président de la FMSAR: Il est regrettable que notre marché continue à utiliser des tables de mortalité qui nous viennent d’Europe et qui ne reflètent pas la réalité de notre population.

 

 

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