Culture

Le Comptoir des Mines: Galerie de référence de l’art contemporain marocain

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5229 Le 14/03/2018 | Partager
Dans «Traversées», 10 artistes du cru lèvent les barrières
Jusqu’au 20 avril prochain
Un lieu d’exposition et de promotion signé Hicham Daoudi
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«Pas de création sans liberté» nous dit Larbi Cherkaoui, qui troque ici ses pinceaux pour jouer avec les matériaux, entre peaux et circuits électroniques découpés (Source: CM Galerie)

«Pas de création sans liberté». Le message de Larbi Cherkaoui est clair. Ce maître de l’abstraction et de l’écriture arabe a troqué ses pinceaux pour jouer avec les matériaux. Ses nouveaux travaux, faits de peaux et de circuits électroniques découpés, marquent le ton de l’exposition «Traversées» de la galerie Comptoir des Mines. Jusqu’au 20 avril prochain, dix artistes prennent possession de ce lieu unique à Marrakech. Des œuvres d’art dans une œuvre d’art architecturale.

En effet, Hicham Daoudi a su préserver toute l’âme de ce bâtiment construit en 1932, qui a abrité le tournage de films comme Much Loved ou Rock the Kasbah, mais aussi les programmations des deux précédentes Biennales. «Il était essentiel que cette reconversion du patrimoine garde son identité historique et artistique» confie le maître des lieux, qui est aussi président de la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA).

Étendus sur 2 étages et 2 immeubles, tous les espaces ont été rénovés au plus près du savoir-faire des artisans constructeurs de ces foisonnantes années 1930. «Il nous fallait conserver le lustre de ce travail ancien», continue-t-il. Avec cette même envie de faire rayonner l’identité locale, le Comptoir des Mines Galerie consacre ses 2 premières années d’existence à la production marocaine. Un choix porté par la responsable d’exposition, Imane Barakat, qui confirme vouloir «présenter des artistes que l’on ne trouvait pas assez visibles jusque-là, en leur offrant des temps de résidence dédiés souvent à de nouvelles inspirations».

Alors naturellement, cette adresse hautement culturelle s’engage à porter le travail d’artistes marocains contemporains, pleinement reconnus sur la scène internationale ou en chemin pour le devenir. C’est ainsi que l’on y découvre les toiles et le jeu d’échec géant de Mariam Abouzid Souali, qui explore ici, à travers des jeux d’enfants et leurs règles, les relations, toujours en déséquilibre, entre les pays du nord et du sud de la Méditerranée. Au bout des longs couloirs de CM Galerie, le visiteur tombe sur les installations lumineuses d’Akrim Mustapha.

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L’installation en inox et ampoules «Lumières du Maroc» d’Abdelaziz Zerrou, se demande à quoi ressemble le pays aujourd’hui...  (Source: CM Galerie)

L’artiste joue des formes, des mots et des dessins, enfermés dans des caissons métalliques à la manière d’appareils anti-moustiques pour raconter l’histoire d’immigrés africains durant leurs traversées. Après ces «killing machines», comme il les appelle, Youness Atbane détourne à son tour les symboles de l’Europe pour savoir s’ils sont toujours conformes aux principes fondateurs d’un continent en proie aux crises migratoires et aux avancées des partis d’extrême droite.

Pendant ce temps, Mohamed Arejdal nous propose ses «trajectoires nomades» comme celle baptisée «dessine-moi le chemin pour venir chez toi» ouverte à l’imagination du public. Pour ce projet «Traversées», l’artiste, natif de Guelmim, s’est employé à créer des sculptures murales, tout en équilibre, à partir d’arceaux de tentes nomades, de boules de laines et de cannes de soutien. Hassan Bourkia rappelle, quant à lui, que «les migrants ne sont pas nés migrants, ils le sont devenus!».

Ses installations et œuvres murales parlent des souvenirs qui voyagent avec eux dans leur périple. Enfin, entre les sculptures animalières signées Simohamed Fettaka, l’installation végétale de Fatiha Zemmouri, ou les «Lumières du Maroc» d’Abdelaziz Zerrou, qui se demande à quoi ressemble le pays aujourd’hui, le Marrakchi, photographe et vidéaste, Noureddine Tilsaghani s’intéresse aux notions de signalétique urbaine et plus particulièrement aux «passages piétons». De quoi rappeler, en images, toutes les ruptures, les absences et les dysfonctionnements entre groupes d’individus.

 

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