Economie

Privatisation: Les cessions classiques terminées

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5229 Le 14/03/2018 | Partager
Le ministère des Finances prône une démarche dynamique
Les établissements peuvent migrer vers le statut de société anonyme
La gestion active cible en priorité les entités matures
abderrahmane_semmar_029.jpg

Abderrahmane Semmar, directeur des entreprises publiques et de la privatisation: «Certains établissements commencent à afficher un essoufflement de leurs capacités à financer leurs plans de développement par leurs propres ressources ou par le marché financier» (Ph. Privée)

La gestion active du portefeuille public vise, dans un premier temps, les entités matures qui s'inscrivent dans une logique d'investissement et de rendement. Abderrahmane Semmar, directeur des entreprises publiques et de la privatisation, indique qu'un système de suivi et d'évaluation des performances à travers des outils innovants est mis en place.

- L’Economiste: Quel est l’état d’avancement du chantier de l’optimisation du portefeuille public?
- Abderrahmane Semmar:
Durant ces dix dernières années, la dynamique enclenchée par les différents secteurs de l’économie a accentué les opérations de portefeuille. La gestion active du portefeuille va nous permettre, in fine, d’avoir un dispositif d’identification d’opportunités de maximisation de la création de valeur. Ceci à travers des mécanismes de veille active, des analyses approfondies des performances ainsi qu’une bonne connaissance de l’environnement. Nous avons adopté une démarche progressive, à travers l’engagement d’un dialogue stratégique avec un périmètre restreint d’établissements publics. Cela nous permet d’abord de partager les orientations de l’Etat actionnaire et ensuite de traiter, le cas échéant, dans un cadre contractuel, les problématiques nécessitant des engagements réciproques. Enfin, nous mettons en place un système de suivi et d’évaluation de leurs performances à travers des outils innovants.

- Quels aménagements comptez-vous apporter dans la gestion du portefeuille et qu’est-ce qui ressort de votre diagnostic?
- La forte contribution des EEP aux investissements publics a permis une diversification du tissu productif. Ces établissements sont également porteurs d’enjeux et de risques financiers pour l’Etat actionnaire dès lors qu’ils perçoivent des subventions et sollicitent des apports en fonds propres ou des garanties au titre des financements extérieurs. Certains d’entre eux commencent à afficher un essoufflement de leurs capacités à financer leurs plans de développement par leurs propres ressources ou par le marché financier. Ce qui nécessite, de plus en plus, une intervention de l’Etat actionnaire pour les accompagner. L’analyse menée a montré l’opportunité d’opérer une approche différenciée du rôle de l’Etat actionnaire, basée sur l’évaluation des performances des EEP portant les stratégies publiques en termes de création de richesse et de rentabilité des capitaux investis, tout en respectant le service d’intérêt général rendu au citoyen. Nous avons également jugé utile de définir un périmètre cible et pertinent d’EEP, à forts enjeux socioéconomiques et financiers pour l’Etat en sa qualité d’actionnaire, qui fera l’objet d’une gestion active. Ce périmètre comporte des entités matures opérant dans des secteurs marchands et qui sont dans une logique d’investissement et de rendement.

- Des opérations de privatisation ou d’ouverture du capital sont-elles prévues?
- Je souhaiterais rappeler qu’à fin 2017, les opérations de privatisation de 77 entités ont généré une recette totale de près de 103 milliards de DH. Les privatisations, au sens classique du terme (cessions d’actifs et de parts de capital), ont vécu leur heure de gloire, notamment au cours de la période allant de 1993 à 2007. Nous agissons actuellement dans une démarche plus dynamique et le potentiel est toujours là, voire grandissant.
Le portefeuille public comporte 43 sociétés dans lesquelles l’Etat détient des participations directes et 472 filiales et participations, ce qui constituerait, a priori, un potentiel pour les futures opérations de privatisation ou d’ouverture du capital. Il ne faut pas oublier qu’une dizaine d’entreprises et de participations publiques sont toujours inscrites sur la liste des sociétés à privatiser, dont Marsa Maroc, Maroc Telecom, Sonacos, Biopharma et CIH Bank.
De même, et en cas de besoin, des établissements publics peuvent faire l’objet de transformation en sociétés anonymes à l’instar de l’OCP. A ce titre, plusieurs critères peuvent s’avérer pertinents pour le choix de nouvelles entités à inscrire sur une éventuelle liste des privatisables, notamment le caractère stratégique de l’entité et son rôle dans la dynamisation économique, le niveau de maturité de son secteur d’activité et le degré de son ouverture à la concurrence ainsi que sa viabilité économique et financière et son potentiel de développement.

- Les managers de beaucoup d'entreprises publiques se plaignent en privé de l'affaiblissement de la capacité de financement à cause de la ponction des dividendes…
- La mise en place d’une politique de dividendes et de contribution des entreprises et établissements publics au budget général de l’Etat, au sens large, représente l’un des projets majeurs du plan d’action stratégique 2017-2021. Elle vise à améliorer leurs performances et à pérenniser et développer leur contribution annuelle au budget. Cette politique s’appuie sur la conduite de plusieurs chantiers, notamment l’établissement d’une anticipation triennale sur les produits des EEP contributeurs et l’instauration d’un dialogue avec les établissements concernés en vue d’arrêter une visibilité à moyen terme de leurs contributions.
La formulation d’une politique optimale des dividendes devra obéir au principe de soutenabilité, lequel tient compte du besoin de financement nécessaire au développement des entreprises et établissements publics. Les expériences menées dans ce cadre ont été globalement concluantes (OCP, Barid Al-Maghrib).

Les EEP en chiffres

Le portefeuille public se compose de 253 établissements et entreprises publics (EEP), soit 210 établissements publics et 43 entreprises publiques à participation directe du Trésor. Ces entreprises publiques sont majoritairement des sociétés anonymes ayant un poids économique important (Groupe OCP SA, Société nationale des Autoroutes du Maroc, Royal Air Maroc, Moroccan Agency for Sustainable Energy (MASEN), holding d’aménagement Al Omrane, Crédit Agricole du Maroc…). Certaines ont des filiales ou des participations: 472 unités dont 266 détenues majoritairement par l’Etat (participation directe et indirecte supérieure ou égale à 50%) et 206 unités détenues minoritairement (participation publique directe et indirecte inférieure à 50%).

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc