Competences & rh

Femmes dirigeantes: De bonnes gestionnaires ou… «des mégères»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5228 Le 13/03/2018 | Partager
Celles adoptant un style de management masculin sont souvent rejetées
Leur performance vient de leur surqualification, car triées sur le volet
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«L’autorité est acceptée de la part d’un homme, mais pas d’une femme, parce qu’elle manage en dehors du  cadre de référence usuel… On s’attend à ce qu’elle joue le rôle d’une maman, d’une secrétaire ou d’une consultante, malgré son statut de dirigeante», Doha Sahraoui, professeur à l’université Cadi Ayyad, consultante en genre et diversité, auteure de plusieurs ouvrages sur les femmes cadres  (Ph. L’Economiste)

Elles n’ont pas toute leur place au sommet des entreprises et dans les conseils d’administration, mais elles ne sont pas moins performantes. Les femmes dirigeantes sont même meilleures gestionnaires, si l’on en croit les résultats de la dernière enquête réalisée par le cabinet Inforisk. L’enquête a analysé les résultats de 3.150 entreprises, dont 90% de TPE, où les femmes sont aux commandes, comparées à un  échantillon équivalent de sociétés gérées par des hommes.

Dans le match hommes/femmes, les ladies remportent la partie haut la main. Endettement, rentabilité, délais de paiement… leurs structures cartonnent (Voir article page précédante). Le tout, en chouchoutant un peu plus leurs salariés, avec des rémunérations plus généreuses.

Leur performance viendrait-elle justement de cela? En d’autres termes, en plus de leurs compétences techniques, les femmes possèdent-elles des qualités humaines leur permettant de mieux mobiliser leurs collaborateurs? La question n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. Décryptage avec Doha Sahraoui, professeur à l’université Cadi Ayyad, consultante en genre et diversité, auteure de plusieurs ouvrages sur les femmes cadres.   

- L’Economiste: Les femmes dirigeantes réalisent des résultats meilleurs que leurs homologues hommes. Question de leadership au féminin?  
 - Doha Sahraoui:
En effet, mais il faut savoir que le leadership féminin n’est pas propre aux femmes. Il existe d’ailleurs toute une bataille à armes levées sur le sujet entre chercheurs.
Les dirigeantes réussissent-elles mieux en raison de qualités intrinsèques, ou parce qu’elles font ce qu’on attend d’elles?  Pour ma part, j’estime qu’elles adoptent un style de management féminin parce qu’elles n’ont pas d’autre choix.

- Dans quelle mesure?
- Il existe une construction sociale voulant que les filles soient douces, communicatives, fédératrices… cela rentre dans leur éducation. Une fois en entreprise, elles reproduisent le même schéma, car c’est ce que leur entourage attend d’elles.
Au sein du contexte organisationnel,  la bonne dirigeante est celle qui adopte un style de management féminin, alors qu’une femme avec un style de management masculin est considérée comme une  mégère: «Think manager, think male». L’autorité est acceptée de la part d’un homme, mais pas de la part d’une femme, parce qu’elle manage en dehors du  cadre de référence de la femme dirigeante qui, elle, se doit d’être conciliante, douée en communication, diffusant un esprit de solidarité… On s’attend à ce qu’elle joue le rôle d’une maman, d’une secrétaire ou d’une consultante, malgré son statut de dirigeante.

- Ce ne serait donc pas une question de qualités propres?
 - Tout à fait. Par ailleurs, celles qui deviennent dirigeantes y parviennent parce qu’elles justifient de compétences distinctives ou parce qu’elles sont surperformantes. Vous ne pouvez donc les comparer à un échantillon d’hommes qui peuvent faire carrière ou occuper des postes de responsabilité juste par défaut. Les femmes n’accèdent à ce statut qu’après un long parcours du combattant.

- Elles sont déjà triées sur le volet…  
- C’est exact, ce sont les meilleures qui arrivent au sommet. C’est donc normal qu’elles soient plus performantes. Par ailleurs, elles ne bénéficient pas d’autant de réseaux que les hommes, au niveau des banques, fournisseurs, clients… Elles sont ainsi obligées d’adopter un certain style de management pour pouvoir s’en sortir. D’être correctes, rigoureuses… En outre, combien de personnes au Maroc accepteraient d’être dirigées par une femme? Nous sommes donc, quelque part, dans un système de compensation. Pour être acceptées, elles sont obligées de donner plus à leurs collaborateurs.

Le leadership féminin n’est pas propre aux femmes

Les hommes aussi peuvent adopter un leadership féminin, en s’appropriant des valeurs axées sur la communication, l’empathie, la solidarité et l’humain de manière générale, selon Doha Sahraoui. «Le genre ce n’est pas homme et femme, mais masculin et féminin. Les valeurs managériales féminines peuvent être portées par tous, car elles ne sont pas exclusivement liées au sexe biologique. Elles relèvent également du contexte, de la situation et de l’organisation», estime-t-elle.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

 

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