Dossier Spécial

8 Mars/Saloua Karkri Belkeziz: Que fait-on au Maroc au juste?

Par Saloua KARKRI BELKEZIZ | Edition N°:5225 Le 08/03/2018 | Partager
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Fondatrice de l’AFEM (Association des femmes chefs d’entreprise du Maroc), Présidente Apebi (Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring) et PDG de GFI informatique Maroc (Ph. SKB)

Le 8 mars, journée de la femme. Je recevrai probablement du chocolat ou des fleurs, et des messages de félicitations... C’est la fête de la femme! Mais les fêtes ne sont-elles pas censées commémorer les victoires? Mais que célébrons-nous exactement au Maroc le 8 mars?

Le Rapport Mondial sur l’écart entre les genres du Forum Economique Mondial, paru en novembre 2017, classe le Maroc à la 137e place sur 144 pays. Et le Maroc est à la traîne. Pourtant, les premières places ne sont pas l’apanage des pays avancés. Le Rwanda, par exemple, apparaît dans le top 10, et se mêle à l’Islande, la Suède et la Norvège... preuve s’il en est qu’une politique efficace peut changer la donne.

Une enquête internationale sur les hommes et l’égalité des sexes confirme le conservatisme de notre société, les hommes défendant les attitudes inégalitaires restent, paradoxalement, réceptifs aux idées égalitaires. J’ai le souvenir, alors que je reprochais à un très haut responsable de n’avoir prévu aucune femme au Conseil de la concurrence de m’avoir répondu ainsi: «Vous avez bien raison, vous auriez dû m’y faire penser». Cela m’insurge! Il faut impliquer les femmes dans toutes les politiques publiques, ou du moins qu’elles participent à la prise de décision.

Le taux d’activité des femmes est en recul, passant de 27,1% en 2011 à 21,3% en 2017, dont 17% en milieu urbain. Le rapport sur les ressources humaines de la loi de finances 2018 nous démontre que rien n’est fait dans ce sens. Sur les 687 nominations, 78 seulement ont été attribuées à des femmes, soit 11,35%. Aucune femme à la tête d’un des 25 centres régionaux des métiers de l’éducation et de la Formation, aucune femme présidente d’université sur les 13 qui existent.

Une seule femme ministre et une autre aux présides d’un CRI. Le Maroc a pourtant, depuis 2011, constitutionalisé la parité. L’article 19 de notre Constitution consacre l’égalité entre les hommes et les femmes et l’Etat Marocain doit œuvrer à sa réalisation.

Mais une lenteur particulière marque la mise en place de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discriminations. Le projet de loi relatif à cette instance n’a été promulgué qu’en octobre 2017 et reste en attente de sa constitution.

Le but, aujourd’hui, n’est pas d’améliorer notre classement mais de construire le Maroc de nos enfants. L’action immédiate portera ses fruits dans vingt ans. Et quand nous aurons acquis des résultats tangibles, nous aurons raison de festoyer.

44%
des filles de 15 à 24 ans sont des
«nini»: ni à l’école, ni en formation,
 ni en entreprise. Soit plus de
1,3 million.

 

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