Politique

L’Istiqlal s’oriente vers l’opposition

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5225 Le 08/03/2018 | Partager
Le Conseil national, le parlement du parti, en avril prochain
Il devra confirmer cette tendance
Une sorte de plan Marshall pour le corridor frontalier
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Nizar Baraka a taclé le gouvernement, qui a eu une occasion en or pour mettre en place les grandes réformes: un mandat sans élections qui pourraient parasiter son action. En dépit de cet avantage, ces réformes n’ont pas encore vu le jour (Ph. Bziouat)

Pour sa première sortie, le secrétaire général de l’Istiqlal n’a pas fait dans la dentelle. Au forum de la MAP hier, Nizar Baraka a taclé le gouvernement, qui a eu une occasion en or pour mettre en place les grandes réformes: un mandat sans élections qui pourraient parasiter son action (communales et régionales en 2015 et législatives en 2016).

En dépit de cet atout de taille, ces réformes n’ont pas encore vu le jour. Idem pour la charte des services publics qui n’est pas sur les radars du gouvernement, a indiqué le président du Conseil économique, social et environnemental. L’ancien ministre des Finances a également énuméré d’autres projets annoncés mais qui ne sont pas encore à l’ordre du jour du gouvernement de Saâdeddine El Othmani.

La critique s’étend à la mise en place de la régionalisation avancée qui devait être précédée par l’adoption de la charte de la déconcentration. Pourtant, le chef du gouvernement avait annoncé que le document était prêt, ce qui est faux. En fait, la trame du projet existe depuis 2010.

Chaque gouvernement, de Abbès El Fassi à Abdelilah Benkirane,  l’a étudiée, avec un groupe de ministres, mais aucun ne l’a présentée encore comme projet de décret au conseil de gouvernement. Saâdeddine El Othmani ne fait pas exception. Rappelons que cette mouture a été préparée par les équipes des ministères de l’Intérieur, des Finances et de la Fonction publique. Actuellement, elles sont en train d’actualiser le document.

L’autre critique formulée a porté sur «les Programmes de développement régionaux (PDR) qui sont irréalisables», note Nizar Baraka. Selon lui, les PDR d’une dizaine de régions devraient mobiliser 450 milliards de DH. Ces enveloppes sont en dehors des possibilités financières de ces collectivités territoriales. Cette aberration va encore alimenter les frustrations des citoyens. Ce qui est de nature à accentuer la méfiance des populations vis-à-vis de l’acteur politique et des présidents de régions.

Il s’agit de griefs que le secrétaire général de l’Istiqlal a formulé contre l’exécutif, marqué par une lenteur du rythme du travail et une hésitation dans le lancement des chantiers de réformes. Ce sont autant d’ingrédients qui poussent à penser que l’Istiqlal s’oriente vers l’opposition. Il tiendra son Conseil national en avril prochain. Le parlement du parti devrait le confirmer.

En tout cas, pour le secrétaire général, c’est une étape décisive pour procéder à une évaluation objective de l’action gouvernementale. Surtout de procéder à un examen du soutien de la majorité, décidé lors du dernier conseil national du parti. Dans la réalité, l’Istiqlal a franchi le pas pour basculer dans le soutien critique, particulièrement dans l’action parlementaire.

En avril prochain, cette position sera revue à la lumière d’une analyse de l’intérêt porté par le programme gouvernemental aux propositions de l’Istiqlal.

Nizar Baraka a profité de cette opportunité pour rappeler sa tournée dans le Maroc profond. Trois déplacements dans l’Oriental et la région de Tafilalt l’ont convaincu de la nécessité d’élaborer des programmes en direction de ces régions qui connaissent d’énormes difficultés en tout genre.

L’exemple de la région de Bouarfa où le renouvellement générationnel de la pauvreté est la règle, dit-il. Afin de combler les déficits accumulés depuis des dizaines d’années, il appelle le gouvernement à élaborer une stratégie en direction de ces populations au lieu de concevoir des mesures ponctuelles pour répondre à des attentes exprimées ici et là.

C’est «une sorte de plan Marshall pour le corridor frontalier qui souffre de déficits criants dans divers domaines», a-t-il noté.  Il a également avancé l’idée d’intégrer ces régions comme un pilier du nouveau modèle de développement. Cela doit se faire à travers notamment la discrimination positive et une meilleure répartition des budgets d’investissements publics.

Diplomatie parallèle

L’Istiqlal se veut un acteur influent dans le domaine de la diplomatie parallèle. Nizar Baraka  a mentionné l’action de son parti au niveau des organisations internationales importantes.
Dans ces enceintes, il défend les intérêts du Maroc et l’intégrité territoriale. Le secrétaire général a rappelé ses derniers périples à Budapest  et à Madrid pour les réunions annuelles de l’Internationale démocratique du centre et l’Union démocratique internationale. Il a eu des entretiens avec Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol, sur des questions d’intérêts régional et bilatéral, sans omettre d’aborder la question de l’accord de pêche.

 

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